PREFACE. XXV
les prit d'abord sous sa protection : puis , quand il les eut bien humiliés , il les abandonna et montra la république prête à sombrer entre l'écueil du « modérantisme » et celui de l'exagération.
« Cependant Danton gardait le silence. On le provoquait, on le désignait comme le chef de la conspiration ; ses amis pliaient , succombaient sous le nombre , et Danton ne se montrait pas. Après les avoir si bien inspirés, n'était-ce pas le moment d'agir à son tour , de faire tonner à la tribune cette voix mâle et puissante qui remuait les multitudes, comme la tempête remue les flots? Non. Danton était fatalement condamné au mutisme et à l'attente. A moins de se compromettre contre des adversaires subalternes, il ne lui était pas permis d'attaquer. Tout au plus pouvait-il se défendre. C'est ici que ce fatal passé qui l'avait si bien servi en maintes rencontres , se retournant tout à coup contre lui, enveloppa le géant dans mille nœuds inextricables et le livra à ses ennemis, enchaîné, paralysé, impuissant.
« Le silence de Danton, c'était son supplice qui commençait ; c'était son arrêt de mort prononcé par sa propre conscience. Que fût-il venu dire à cette tribune où on lui reproche de n'être pas monté ? à cette tribune encore retentissante de ses appels à la fureur? Accuser l'atrocité des jugements? — il avait fait voter le tribunal révolutionnaire ; flétrir la corruption des hébertistes ? — il avait encore aux mains l'or delà Belgique; blâmer la dictature des comités?
— leur organisation était son ouvrage ; dénoncer les folles promesses des nouveaux tribuns aux classes indigentes?
— il avait fait décréter les quarante sous par jour accordés aux sectionnaires ; attaquer la Terreur, enfin ? — il avail accepté, sinon préparé Septembre.
« Septembre était, pour la seconde fois, l'écueil où venait se briser sa fortune.
« Toutes ces abominations, tous ces excès de pouvoir, tous ces écarts d'esprits dévoyés, il avait, en pactisant avec eux