ACTE PREMIER. — SCENE II
CLARA
Citoyen , Je viens l'ouvrir un cœur que l'infortune brise , Essayer sur le tien...
DANTON
Sur le mien ?.. Pas de prise !
Désormais, par système, à personne obligé , Je n'oblige personne.
CLARA
Eh bien ! je t'ai jugé Plus grand, plus généreux que tant d'autres : je pense Que la vertu se trouve où je vois l'éloquence. Elles ont un foyer , le cœur.
DANTON
Y songes-tu?
Éloquence , sophisme ! et sophisme , vertu ! Éloquence de qui? vertu de quoi?., sans peine Je crois à la vertu de qui croit à la mienne. Sans souci de la vie , heureux qui , mécréant , Va du néant à l'être et de l'être au néant!
CLARA
L'insensibilité si grande !.. est-ce possible ? Citoyen, tu n'es pas à ce point inflexible. Mon époux en prison gémit; tu peux lever Le redoutable écrou; seul tu peux le sauver ; Robespierre l'a dit : « Que Danton le demande ! »
DANTON
Ah ! je méprise trop Robespierre et sa bande Pour descendre à prier ces faux républicains Par qui la République expire.
CLARA
Tes dédains , Je les approuve ; mais peut-être un grand service Trouverait son salaire en un grand sacrifice : Cette table de bois , je la couvrirais d'or.
DANTON
L'or ne m'importe plus.
CLARA
Que te faut-il encor?
DANTON
Rien... rien!