SCENE PREMIERE
TAPEDUR , marchand de chansons. FIERABRAS, marchand
de journaux.
TAPEDUR.
Te voilà, Fierabras.
K1ERABRAS.
Te voilà , Tapedur.
TAPEDUR.
Toi, marchand de journaux.
FIERABRAS
Et toi , chanteur obscur.
Le commerce va-t-il ? Est-ce qu'on chante encore ?
TAPEDUR.
Toujours, on. chante tout : le drapeau tricolore , Les Girondins proscrits , Marat assassiné , Gobel le renégat, Hébert guillotiné ; Mon faiseur a chanté jusqu'à la guillotine.
FIERABRAS
C'est fort !
TAPEDllR.
Il chanterait la peste, la famine, Des peuples insurgés les révolutions , Des trônes abattus les restaurations, Tout lui sourit: sa muse a toujours même zèle, Souple avec tout pouvoir , à tout succès fidèle ; Dès qu'un événement passe , le lendemain Arrive sa chanson, surtout quand il a faim. Toi , Fierabras , vends-tu tes feuilles par centaines ? Fais-tu de ces grands coups , as-tu de ces aubaines Comme je t'en ai vu dans les jours de déblai , Le Vïngt-et-un Janvier et le Trente-et-un Mai , Chers et gais souvenirs de deux bonnes ribottes ?