SCENE IT
ROBESPIERRE seul.
Héroïque jeune homme ! ô sage avant le temps ! Que ne ressemblent-ils , nos plats représentants , A ce hardi penseur dont le cœur me seconde ! Nous pouvons, à nous deux, réformer le vieux monde. Réformer!., en est-il temps encore? le mal N'a-t-il pas envahi tout pacte social?
Le Contrat de Rousseau , sublime théorie , A nos législateurs semble une rêverie , Une religion qui n'a pas de croyants. De ses dogmes abstraits ils sont impatients , Et le peuple gémit, et la patrie expire!.. — Pour tout régénérer, fallait-il tout détruire?.. C'en est fait ! le problème est par moi résolu. Le relatif pâlit aux bords de l'absolu, Et l'absolu suprême est la règle de l'Être ; C'est sa loi, son essence et la ligne du Maître. L'homme , frêle roseau , n'est rien ; l'humanité Seule a des droits sacrés ; le Tout illimité Enferme biens et maux dans ses flancs redoutables.
Tous les gouvernements , tous ! ont été coupables , Et tous ont dû périr. En fonder un nouveau Est une tâche ardue !.. Il fallait un niveau . . . Dans une sombre nuit éclate la lumière; J'immole... et quand mon œil se reporte en arrière , J'interroge, inquiet... — Nul n'est-il innocent? — Où trouverai-je un gué dans ce fleuve de sang ?
0 faiblesse ! à mon tour de moi-même je doute. Danton, Danton me hait : s'il me barrait la route ! On connaît son audace , et le peuple a dans lui Assez d'aveugle foi pour lui prêter appui. C'est son arrêt de mort!.. Que la France étonnée Frémisse ! (Bas.) il grossira la prochaine fournée. (Haut.) L'intérêt général avant tout : mon devoir Est de fonder enfin l'unité du pouvoir. L'unité du pouvoir ! c'est mon rêve !