DANTON. ROBESPIERRE
DANTON
Une plaie en mon cœur est prête à se rouvrir... Nous fûmes , nous les chefs , cruels , impitoyables , Confondant pêle-mêle innocents et coupables , Et parmi les horreurs parodiant la loi. Ah ! sans doute il fallait au loin porter l'effroi Et des envahisseurs repousser la fortune; Mais il fallait aussi combattre la Commune , Enchaîner les fureurs des brûlants Jacobins , Et sans peur arracher la hache aux assassins. Nous ne l'avons pas fait, et la voix des victimes Sort du fond des tombeaux , vengeresse des crimes , Clamant qu'elles ont eu pour juges des bourreaux. Tout s'enchaîne : aujourd'hui compte les échafauds ; Affreux épouvantails de nos places publiques, Ils font par les forfaits douter des républiques.
Non ! le patriotisme en moi n'a pas fléchi ; Mais aux champs j'ai vécu , j'ai beaucoup réfléchi , Et je viens , oubliant l'imprudente menace Qui de la raison froide a tantôt pris la place , Je viens le proposer un politique accord , Robespierre : il est temps de suspendre la mort ; D'arrêter en son cours l'implacable justice, Chaque jour exercée à voter le supplice ; De rassurer les bons, d'effrayer les pervers; Halte enfin!.. S'agit-il de créer des déserts, D'ajouter sans repos le meurtre à la ruine , Et de battre monnaie avec la guillotine? La France , épouvantée , à la sécurité Aspire, et veut encor l'ordre et la liberté. Unissons nos efforts , renaisse l'espérance ! Assez de sang ! rendons un décret de clémence.
ROBESPIERRE
Sans détour , j'attendais cette conclusion Gomme trait entre nous de la désunion. Législateur aveugle , imprudent politique , Comment, sans la Terreur, fonder la République? Des révolutions les sublimes aspects Sont à tous les regards voilés par les suspects :