SCÈNE IX
LA BARONNE, L'INCONNU, essuyant son chapeau CtuM a'il ItaK tremp* par
la pluie,
LA BARONNE, au • omble do l'enùarraj.
Mon Dieu, monsieur, je vous ai fait venir parce que... parce que... parce qu'il a fait un grand orage la nuit dernière; le vent soufflait avec violence, il a brisé tous mes carreaux... et je suis dans la nécessité absolue, immédiate de les faire remettre.
l'inconnu.
En sorte que vous m'avez pris pour un vitrier?
LA BARONNE
Oui, monsieur, pour un vitrier... Vous comprenez... à distance... Je vois bien que je me suis trompée. l'inconnu.
Un peu, oui, madame, car je suis militaire.
LA BARONNE
Ah! monsieur est...
l'inconnu.
Je regrette beaucoup, madame, de n'être pas vitrier.
LA BARONNE
En vérité, monsieur, je suis toute confuse... Je suis profondément désolée d'avoir pu commettre une erreur.. .je voudrais pouvoir... je ne sais quelle réparation... l'inconnu.
Vous ne m'en devez aucune, madame, et si vous vouliez seulement être assez obligeante pour me prêter un parapluie pour me rendre jusqu'à l'embarcadère, c'est moi qui me nuirais ici en reste de reconnaissance.
LA HAHONXK, contrariée.
(a pin,) Il s'en irail déjàl (iimt.) Ouoi, vous n'attendu monsieur, que celte forte ondée soit passée? Vous vous aventureriez par celte boue à travers des tlieinius... des chemins impossibles... f
* l.'lNenNNr.
QtUOd on a passé six mois dans les tranchées de Sébastopol, marcher pendant une demi-heure sur Le sable un peu humide de la Touraine qui sèche en un clin d '«ni, ce n'est pas la une
grosse affaire. Ainsi, madame, si vous vouliez avoir la bonté de me prêter un parapluie...
LA BARONNE, contrariée.
(a pari.) Il partirait tout de suite! (n,mi.) Ah! vous étiez, monsieur, au siège de Sëbastopol? Quelle superbe campagnel l'inconnu.
Très-dure, madame.
LA BARONNE
Vous serviez dans l'infanterie? Une bien belle armel
l'inconnu.
Non, madame.
LA BARONNE
Dans la cavalerie?... Une bien belle arme aussi 1
l'inconnu.
Dans le génie, madame.
LA BARONNE
La plus belle des armes !
l'inconnu.
Mon Dieu, le premier parapluie venu !
LA BARONNE, ■ part.
Ne laissons pas tomber la cou versai ion! (mm.) En sorte, monsieur, que vous avez eu la gloire de vous trouver à la bataille... à cette fameuse bataille dont on a tant parlé... où ce fameux général...
l'inconnu.
Bosquet?
Bosquetl
l'inconnu.
Vous voulez parler de l'Aima ou d'Inkermann?
LA BARONNE
C'est cela, d'Inkermann !
L'iNTONM'.
Non, machine, non, je n'ai pas eu l'honneur d'assister à ces deux grandes batailles; je suis arrivé Irop tard sur le théâtre de la guerre. — Comme je vous disais, madame, le moindre parapluie..,
LA BARONNE, i part.
Comment le retenir? comment? (Haut) (eu* « à droite «t eppeiie.)
Anflelm6l .. (Anselme, Tenant de la droite, t'approche de U baronne.) Puisque
monsieur veut absolument se remellre eu route, allez cher-
12 LA l'LLlE
cher un parapluie pour monsieur, (rus à Anselme.) Il n'y a pas un seul parapluie dans le château, enlendez-vous?
(Anselme salue el se retire par la gar.chc.) L INCONNU, à qui la baronne indique un siège qu'il tefu-e courtoisement du geito.
Mon Dieu, madame, je suis pressé de me remettre en route parce que j'ai peur de ne pas me trouver à l'embarcadère du chemin de fer au moment où quelques amis que j'attends arriveront; puis, en prolongeant ma présence chez vous, je craindrais d'être indiscret, et cela ne remettrait pas vos carreaux.
LA BAHONNE.
Je puis vous rassurer, monsieur, sur votre rendez-vous; le premier convoi, que j'attends aussi, n'arrivera que dans trois heures; ainsi... En sorte, disiez-vous, que vous avez fait celle belle campagne de Crimée?
L'iNCONND, I part.
F.lle y tient : c'est la veuve de quelque officier... une jeune veuve !...
LA BARONNE
Et vous n'avez jamais été blessé?
l'inconnu.
Pardon, madame, deux fois, et assez grièvement, pendant que nous établissions la troisième parallèle.
LA BARONNE, avec une lurprisc mêlée de joie.
Ahl vous vous trouviez à la troisième parallèle?
L'INCONNU, a pari.
Qu'est-ce que cela peut lui faire?
LA BARONNE, même accent.
Comme cela se rencontre! j'ai toujours désiré connaître quelque militaire assez bon pour m 'apprendre ce qu'on entend par une parallèle.
l'inconnu.
Si je pouvais satisfaire voire curiosité, madame...
LA BARONNE
Tant de complaisance I
l'inconnu.
Trop heureux, madame, pendant qu'on est allé mo chercher un parapluie, de vous dire ce que c.V.-t qu'une parallèle.
LA HAIIONNK.
Que de grâces! Je saurai enfin... Veuillez alors, je vous prie, tous asseoir un instant.
(Elle passe a droite pour ulTiir un ai^gu & V inconnu.)
L INCONNU, en allant occuper le liège.
(a part.) Elle est charmante, mais son originalité...
LA BARONNE, s'assejaiil à gauche, à part.
Il n'est ni bien ni mal, mais il va s'asseoir, c'est l'essentiel. — Ah ! il est assis.
L INCONNU, d'un ton un peu doctoral et avec une précision millaire.
Une parallèle, madame, est une ligne d'attaque et de défense tracée sur le terrain qu'occupent les assiégeants, dans le but de s'avancer par des tranchées ou chemins couverts vers la place assiégée.
LA BARONNE
C'est charmant !
l'inconnu.
Ces tranchées sont creusées sur trois lignes et reliées entre elles par d'autres tranchées en zigs-zags.
LA BARONNE
Toujours charmant !
l'inconnu.
La profondeur de chaque tranchée est d'un mètre, et sa largeur varie entre un et trois moires.
LA BARONNE
De plus en plus charmant l
l'inconnu.
Il y a six principales manières de pratiquer les Iranchées : à la sape simple, à la sape volante, à la sape pleine, a la sape demi-pleine, à la sape double, à la sape demi-double. Saisissez-vous, madame?
LA BARONNE
Si je saisis! mais ce que vous m'apprenez là est intéressant au possible. Vous disiez que l'un compte trenle- six sortes de tapes.
l'inconnu.
Six, madame.
LA BARONNE, confine, se reprenant.
Six.
l'inconnu.
La sape simple, la sape volante, la sape pleinp, la sape demipleine, la sape double, la sape demi-double. Maintenant, définissons nettement les sapes.
LA BARONNE, carrément.
C'est cela, définissons nettement les sapes.
l'inconnu.
On appelle sape simple...