‹ La plume des oiseauxChapitre 91 sur 110 · HE · texte numérisé non relu

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directement de leur pays d’origine, où on élève ces oiseaux

en domesticité, soit par la voie de Londres.

Le Lophophore, en vogue depuis quelques années, nous vient des monts Himalaya où on le trouve jusqu’à 2 ou 3000

mètres d'altitude. C’est à Calcutta qu'est le centre principal

du commerce des plumes de Lophophore. La peau arrive

en Europe parfaitement préparée et bourrée de mousse. Ces

peaux sont dirigées sur Londres où nous les achetons aux ventes mensuelles de Lilliter street. HS

Nous avons indiqué plus haut les pays de provenance des plumes de Nandou.

Quant aux plumes d’Autruche, elles sont expédiées en Europe de la Nubie, de la Barbarie, du Cap de Bonne- Espérance et de l'Afrique occidentale. Elles sont adressées directement à Paris par la voie de Marseille, ou bien elles

y arrivent après y avoir pris la voie de Livourne et de Londres, où les plumassiers les classent avant de les livrer à la consommation en différentes catégories, dont voici la nomenclature : 1° les plumes d’Alep ; 20 les plumes de Benghazy ; 3° les plumes de Barbarie ; 4° les plumes du Cap; 9° les plumes du Sénégal; 60 les plumes de la Mecque ; 70 les plumes de l’Algérie.

La Haute-Égypte, le Kordofan, le Darfour et le Sennaar produisent les plumes dites d'Alep; elles sont fort rares et très recherchées, en raison de la douceur et de la légèreté

de leurs barbes. Portées à Alep où elles sont vendues à des trafiquants juifs, elles nous parviennent, comme nous l’avons dit, par les voies de Livourne et de Marseille,

Alep et Livourne adressent aussi à Paris et à Londres les : plumes de la Tripolitaine. Ce sont elles qui sont connues sous le nom de Benghazy, localité où elles sont apportées par les caravanes. Comme elles sont très belles et fort cher, et que leur valeur le cède à peine à celles dites d'Alep ; elles sont vendues à la pièce.

Les trafiquants Juifs centralisent en Afrique les plumes de Barbarie, provenant de la partie du Sahara contiguë aux . États Barbaresques et au Soudan, notamment des environs de Wedinoon et du cap Bojador où sont recueillis les plus beaux spécimens. Toutes ces plumes sont portées par les caravanes à Mogador, d’où elles sont expédiées à destination . de Livourne et de Marseille.

Les plumes les plus larges et les plus longues qui se trou vent dans le commerce sont les plumes du Cap; elles ont l'inconvénient d'être les moins flexibles. Elles sont expédiées en Angleterre et nulle part ailleurs, par les Républiques d'Orange et du Transwaal. Il en vient aussi du sud du Zambèze, et de Nomagualand et Damaraland dans l'Afrique méridionale.

L'Afrique occidentale nous envoie les plumes du Sénégal,

d’un blanc pur et susceptibles, mieux que d’autres, de

prendre certaines teintures brillantes.

Des déserts de l'Arabie, les caravanes et les pélerins rap-

portent à Alger les plumes de la Mecque, étroites et peu

fournies. On les désigne dans le commerce sous le nom de Jamani. L'Algérie enfin nous fournit les plumes recueillies

dans les différents pares qui y sont installés. Elles ne jouis sent pas d'une grande faveur. Nous ne savons si nos éleveurs algériens ont pu surmonter le découragement qu’ils accusaient dans leurs correspondances datant de 1886. Ce découragement était causé par la baisse sensible qui était survenue dans la valeur des plumes par suite de la grande production du Cap, et aussi par les nombreux insuccès dont la reproduction et l'élevage des jeunes oiseaux avaient été frappés.

Prix des plumes d’'Autruches. — Le prix des plumes d'Autruche varie sensiblement suivant qu'il s’agit de premières, secondes, tierces et bouts de queue. Les plumes sont d’ailleurs vendues, ou avec la peau, ce qui constitue une dépouille entière, ou par lots séparés, ces lots étant formés par les plumes des ailes et de la queue.

Le prix d’une dépouille est de 60 francs à Sebdou. A Géry ville, il est difficile de se procurer une dépouille entière à moins de 80 francs à 100 francs. A Tebessa une peau d'Autruche mâle va jusqu’à 200 francs, celle de la femelle

ne vaut guère que 40 à 50 francs au plus. À Boghar, les

Indigènes vendent aux Juifs, pour 60 à 90 francs, la dépouille

entière du mâle et pour 15 à 20 francs celle de la femelle.

A Laghouat, une belle peau de mâle vaut actuellement de 125 à 150 francs. Deux dépouilles de femelles valent tout au

plus une dépouille de mâle.

Enfin à Tlemcen, on fait la remarque que la dépoville

d’une Autruche qui vaut 10 francs au Sahara, coûte de 40 à

60 francs sur la limite du Tell et que les Juifs la revendent

de 100 à 150 francs. Les plumes provenant des caravanes

venant des Oasis du Nord à destination de Tombouctou, valent en première qualité, 100 francs la livre, en dernière qualité de 30 à 40 francs.

Au Cap, les prix de revient de la plume d’Autruche se sont augmentés dans des proportions considérables, depuis . vingt ans. En 1874, il s’est vendu à Port-Elisabeth seulement, pour 2.912.000 francs de plumes d’Autruches domestiques. La mode s’étant portée, en Europe, vers cet article, il augmenta sensiblement de valeur. Ce qui valait environ 500 francs la livre anglaise (483 grammes), en 1873, vaut, en 1876, de 800 à 875 francs. La première qualité de plumes blanches choisies valait sur place à cette époque 1375 francs la livre, prix moyen; ce qui, rendu à Paris, la portait à 3800 francs le kilogramme, en tenant compte seulement des droits et du fret, La dernière qualité, le gris et noir court, rendu à Paris, valait de 120 à 200 francs le kilogramme. L’exportation des plumes d’Autruche du Cap prend, chaque . année plus d'importance. D’après les notes adressées, en 1883, par M. Lavessère, consul de France au Cap, elle a atteint, en 1881, le chiffre de 87.706 kilogrammes, représentant une valeur de 22.856,025 francs. Autrefois, les produits de cette colonie étaient classés en sixième ordre ; les plumes d'Alep, de Barbarie, de Saint-Louis (Sénégal), d'Egypte et de Mogador, se cotaient à des prix plus élevés sur les marchés de Londres, et elles se vendaient aussi plus facilement. Aujourd’hui, cette classification semble modifiée, et le Cap a pris un rang de beaucoup supérieur à celui qu’il occupait antérieurement. On peut dire actuellement que, sous le rapport de la valeur et de la qualité; les plumes du Cap ne le cèdent guère à aucan produit d’une autre proyenance.

La valeur des plumes d’Autruche provenant de l’Afrique peut être fixée, en moyenne, en chiffres ronds, à 30 millions de francs par an, répartis comme il suit :

Le Gap, ce 16 18 LC tiers: 0e Ne OB0 700 L'Egyple. LS SA portier a AD RUN La: Tripoltaine, 17,0 PRO TERRE Lie, Mar EU LRRR AE, RER TS 564.000 LaiSyrie. 21.56 L'ÉRMAN SOON 160.000 Le Bénégal,:/15 8.460 te 95.500 L'Algérie, |, ee TAN et SSS 30.500

TOTAL servi va * be 180. 00000

Voici maintenant quelques chiffres plus précis se rappor-

tant aux exportations d’un certain nombre de contrées, dans ces dernières années.

En 1885, Tripoli a exporté pour 5.287.000 francs de plumes d’Autruches, dites Benghazy.

En 1884, les exportations de plumes du Cap ont atteint le chiffre de 24.375.000 francs; celles de Natal, 300.000 francs, La même année, l'Afrique septentrionale exportait pour 21 millions de plumes.

L'industrie de la plume subit, en ce moment, une crise ….

redoutable, Ainsi, en 1885, une année après une exportation

. de plus de 24 millions de franes, le Cap a exporté seulement

pour 14.761.000 francs, soit une baisse de près de 10 ee lions, exactement 9.614.000 francs.

La quantité des plumes mises en vente et les changements |

de la mode ont fait baisser les prix, dans une énorme pro-

portion. Vers 1883, la livre anglaise de belles plumes du Cap valait près de 1400 francs le kilogramme, et quelques

années auparavant elles étaient cotées de 1600 à 2000 francs:

Une autruche mâle de belle taille donne 200 à 250 grammes de plumes blanches et 1 kilogramme environ de nr: +

noires ef grises.

En Algérie, les plumes d’autruches se vendent à la pièce,

quand il s’agit de plumes blanches des ailes, et par lots assortis ou encore en peaux fraîches. |

En 1885, le Paraguay a exporté 1106 livres de plumes de b

Nandous, valant 1106 piastres, c’est-à-dire 5154 francs. La livre de ce pays équivaut à 494: ,32 de notre système de poids et mesures. Quant à l’Uruguay, il a exporté, la même année 21.696 kilogrammes valant 86.782 piastres; soit 465.151 francs.

Situation de l'industrie des plumes en France. — Lorsque, ces années dernières, les pouvoirs publics firent une enquête sur la situation de l’industrie, du commerce et de l’agriculture en France, sur lesquels régnait une crise qui n’est point encore terminée, MM. Delmart, Laloue et Viol, ‘représentants du Comité des plumes pour parure, furent appelés à donner leur avis sur la situation de leur industrie. A la première question: quel est l’état de l’industrie des plumes pour parure ? M. Laloue répondit que, grâce à la mode qui apprécie beaucoup les plumes, l’industrie des marchands plumassiers était prospère pour le moment. Mais, il fit remarquer que cette prospérité ne devait pas faire perdre de vue que cette industrie française était menacée de voir son commerce d'exportation lui échapper, sinon pour l'article richeet bien soigné, au moins pour l’article courant.

Les Anglais, ajoutait-il, ont acquis une grande prépondérance dans la production et le commerce des plumes brutes, ce qui crée pour eux un énorme avantage. Grâce à l’appui de leur gouvernement, les colons du Cap ont pu donner à l'élevage des autruches une très grande extension, pendant que cette industrie restait presque abandonnée dans nos colonies.

De ce fait, il résulte que nous sommes tributaires des Anglais, et c'est à Londres que‘nous devons nous approvisionner dans les ventes publiques mensuelles qui s'élèvent chacune, pour la plume d’autruche seulement, à plusieurs millions de franes, et ce sans compter les ventes privées déjà très importantes.

L'Amérique, obligée autrefois, comme tous les autres

pays, de s’approvisionner de plumes en France, commence,

surtout pour les plumes d’autruche, à se suffire à elle-même. Nos marchandises, à leur entrée dans ce pays, sont frappées d’un droit excessif et presque prohibitif de 50 pour 100. En raison de cette mesure, nos produits, malgré la supériorité de leur fabrication, ne peuvent rivaliser avec les produits américains.

Cependant nos plumes de fantaisie ont, jusqu’à ce jour,

lutté victorieusement, et quoique augmentées de 50 pour 100

d'impôt; elles ont encore la préférence, malgré les progrès que fait chaque jour la fabrication américaine.

Nous espérons que le gouvernement français pourra, en temps opportun, obtenir pour nos produits un légitime

dégrèvement qui permettra à notre industrie de continuer.

avec ce pays nos opérations commerciales très menacées si.

l'état de choses actuel se perpétue.

L'Allemagne, de son côté, commence à nous faire sentir sa lourde concurrence. Les prix par trop restreints de leur main-d'œuvre permettent aux Allemands d'établir des articles courants à des prix inférieurs aux nôtres. Ils ont des représentants à Paris et à Londres. Leurs voyageurs visitent, comme les nôtres, presque toute l’Europe et même l’Est de

la France. Ils nous font déjà une sérieuse concurrence, le

plus souvent avec nos propres modèles recopiés.

Quant aux autres pays, bien qu'ils commencent à fabriquer nos articles, ils sont encore, pour la plus grande part de leur consommation, obligés de s’approvisionner chez nous.

En résumé la situation de notre industrie, quoi mena-

cée, est encore excellente.

S'il y a malaise, quelle est son étendue? En raison de la mode qui lui est si favorable, l’industrie des plumes n’a pas

encore eu beaucoup à souffrir du malaise dont se ressentent. d’autres industries. Cela tient surtout à ce que notre consom-

mation est très importante, car, d’autre part, il est très évident que notre commerce d'exportation tend à nous échapper de plus en plus.

Causes principales de la diminution de notre commerce d'exportation. — Les causes principales de la diminution de notre commerce d’exportation, sont :

1° Les droits excessifs qui frappent nos articles à leur entrée en Amérique, lesquels droits sont de 50 pour 100;

20 L'avantage considérable qu'ont sur nous les Anglais, dont nous sommes tributaires pour nos achats de plumes brutes ;

3° Le prix des salaires de nos ouvriers et ouvrières, comparativement à ceux que payent nos concurrents allemands.

En vue de remédier aux inconvénients que nous venons de signaler, le Comité des fabricants de plumes pour parures exprimait les vœux suivants :

19 Que les droits d'entrée de nos produits en Amérique soient, aussitôt que cela sera possible, ramenés à des proportions équitables ;

29 Que par tous les moyens de propagande en notre pouvoir, les ouvriers allemands soient encouragés à demander des salaires plus rémunérateurs pour leur travail, ce qui, en leur facilitant l'existence, rétablirait un peu l’équilibre des prix de revient, et permettrait à notre industrie, sinon de regagner le terrain perdu, au moins de se maintenir dans une situation satisfaisante ;

3° Que l’industrie de l'élevage des autruches soit favorisé dans nos colonies par tous les moyens possibles, et notamment par des concessions de terrain qui, sans créer des privilèges onéreux pour l'Etat, permettraient aux éleveurs de donner de l’extension à leur industrie, ce qui serait très favorable à notre commerce ;

4° Qu'il soit fait tous les efforts possibles pour nous créer

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des débouchés vers l’intérieur de l’Afrique, et pour attirer : dans nos centres français les produits en plume provenant du Soudan. : :

On peut ajouter, avec l’auteur d’un article très nourri. publié dans la Revue britannique, qu’il appartient à notre gouvernement de développer l’industrie du fermage des. autruches en Algérie, par tous les moyens qui sont à sa disposition, soit par des primes, soit par des attributions de terre, comme nous l’avons déjà dit plus haut, soit enfin en aidant au recrutement des autruches sauvages par l’auxiliaire des chefs arabes qui résident dans nos possessions de l'extrême Sud, et qui sont en relations constantes avec les caravanes. | En un mot, le gouvernement doit porter toute sa sollicitude sur cette importante question qui intéresse, à la fois, la prospérité de l’Algérie et celle de la France, aujourd’hui tributaire de l'Angleterre pour un commerce dont nous aurions pu, depuis si longtemps, nous assurer la meilleure . part. En attendant, les plumassiers de Paris, et l'honorable M. Hiélard, membre de la chambre de Commerce, ont chau= dement pris à cœur le développement de cette industrie nouvelle; ils se sont, à diverses reprises, fait rendre compte, dans leurs réunions, des progrès réalisés, et par des sou scriptions et encouragements detous genres, viennent sérieusement en aide à l'initiative privée. {.:

Le tableau ci-après peut donner une idée, en ce qui con=. cerne le trafic des plumes et des dépouilles d'oiseaux, du | commerce de la France, avec les différents pays et avec nos | colonies. |

Commerce spécial de la France

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