PORPHYRE
selle «. Tout entière à la pensée, l'âme n'a pas non plus besoin de faire un retour sur elle-même pour se connaître. Elle se pense en pensant l'intelligible dont elle a pris la forme et avec lequel elle s'est identifiée : d'un côté, par le regard qu'elle jette sur toutes choses, elle s'embrasse elle-même dans l'intuition de toutes choses; d'un autre côté, par le regard qu'elle jette sur elle-même, elle embrasse toutes choses dans cette intuition. C'est de la même manière qu'elle connaît les autres âmes «.
« Dans cet état, l'âme jouit de la vraie béatitude. Elle possède en effet la vie parfaite et véritable qui consiste dans l'acte de l'intelligence». Elle est complètement libre, puisque, désormais indépendante des choses étrangères à sa nature., elle s'appartient à elle-même et exerce son activité en elle-même. Elle jouit alors d'une vie véritablement conforme à sa volonté; car la volonté ne tend qu'au bien *, et, par l'intelligence, l'âme reçoit du Bien absolu la forme qui la rend semblable à lui. Arrivée ainsi au but suprême auquel aspirait son amour, l'âme s'unit d'une manière ineffable à celui dont tous les êtres reçoivent leur perfection, et cette union, qui l'absorbe et la ravit, comfele tous ses vœux *. »
On le voit par ces citations, Plotin, malgré sa valeur philosophique, ne s*élait pas encore affranchi de la croyance fausse à une métempsycose animale : ce que fit Porphyre, un des néoplatoniciens, qui essaya d'accommoder cette idée avec la philosophie de son maître. Admettant comme un fait démontré rhypothôse platonicienne de la réminiscence, il enseigne que nous avons déjà existé dans une vie antérieure , que nous y avons commis des fautes , et que c'est pour les expier que nous sommes revêtus d'un corps,
1. Tome II, p. 290-291. — 2. Tome II, p. 299-300, 339-399. — 3. Tome l*r, p. 75. 4, Xome I^r, p. 79, 97. — S.Tomel", p. 109; lome H, p. 234, 235, 244, 408, 470.
POnPHYRH.
Selon que noire conduite passée a été plus ou moins coupable , l'enveloppe qui recouvre notre âme est plus ou moins matérielle. Ainsi les uns sont unis à un corps aérien» les autres à un corps humain; et s'ils supportent cette épreuve avec résignation, en remplissant exactement tous ' les devoirs qu'elle impose , ils remontent par degrés au Dieu suprême, en passant par la condition de héros, de dieu intermédiaire, d'ange, d'archange, etc. C'est, comme on voit, le spiritualisme de Platon étendu indistinclemeni à tous les hommes. Observons, de plus, que Porphyre ne fait pas descendre la métempsycose jusque dans la vie animale, quoiqu'il reconnaisse aux animaux une ûme douée (le sensibilité et de raison.
En regard de cette échelle spirituelle, qui va de l'homme il Dieu, Porphyre nous en montre une autre, qui descend de l'homme à l'enfer, c'est-à-dire au terme extrême de la dégradation et de la souffrance : ce sont les démons malfaisants, ou simplement les démons comme nous les appelons aujourd'hui. Ils sont répandus dans le monde entier, et ce sont eux qui, poursuivant les âmes humaines , les contraignent à rentrer dans un corps lorsqu'elles en sont séparées \ Mais Porphyre, sans s'expliquer aussi bien que les modernes sur la possibilité de l'amélioration de ces Esprits , ne croit pas à l'éternité du mal. Terminons par ^amblique ;
« Examinons, dit-il, par quels êtres est accompli chacun de ces trois actes, le jugement, le châtiment et la purification des times.
« Si Ton en croit la plupart des Pythagoriciens et des Platotticiens, c'est par les âmes particulières elles-mêmes que ces-
1. Voy z Diciionnaire des sciences philosophiques, au mot Porphyre,
JAMBLK^UE.
actes sont accomplis, mais, selon ceux de ces philosophes qui ont le mieux étudié la question, c'est par les âmes universelles et parfaites, par l'Ame universelle qui préside à l'ordre de l'univers, par l'intelligence royale qui donne au monde entier toute sa beauté; selon les anciens, c'est par les dieux visibles (les astres), principalement parle soleil, par les principes démiurgiques invisibles, par tous les genres d'êtres supérieurs, les héios, les démons, les anges et les dieux qui président eux-mêmes à la constitution de Tunivers.
« Quel est le but en vue duquel ces êtres réalisent ces actes?
« Le but du jugement est d'affranchir de tout mélange la pureté des hommes vertueux, de distinguer la perfection de ceux qui ont une beauté accomplie en les séparant autant que possible de toute imperfection, enfin d'exalter au plus haut degré l'excellence des âmes supérieures, excellence dont rien d'inférieur ne saurait •approcher.
« Le but du châtiment est de faire prévaloir le bien sur le mal, de réprimer le vice, de le détruire et de l'anéantir, de réaliser pour tous une égalité conforme au mérite *. Au lieu de suivre à cet égard la doctrine des anciens, certains philosophes croient que l'utdité de la peine consiste à établir l'égalité en infligeant i.n châtiment aussi grand ou plus grand que la faute; d'autres, à soumettre le coupable à la loi du talion; d'autres encore à corriger le vice, etc.: car il y a sur ce point une grande diversité d'opinions parmi les pythagoriciens et les platoniciens.
« Quant à la purification, elle a pour but de délivrer l'âme des c'io^es étrangères, de lui rendre son essence propre, de lui donner la perfection, la plénitude, l'indépendance», de lui faciliter son retour au principe qui l'a engendrée ', de conduire les