‹ La pluralité des existences de l'âme [microform], conforme à la doctrine de la pluralité des mondes;Chapitre 84 sur 181 · SA MISSION · texte numérisé non relu

SA MISSION

Le sublime esprit d'Origône voulut entreprendre une lâche trop grande à cette époque; il essaya de confondre les sectes manichéennes, de justifier la Providence, d'expliquer l'origine du mal et de révéler la loi de la destinée. Efforts inutiles î téméraires pensées ! le genre humain n'était pas préparé à de telles vérités. Le Christ avait gardé un prudent silence sur la formidable question de l'origine du mal, sur les modes de la vie future; il annonça seulement, pour encourager les bons et effrayer les méchants, des récompenses et des punitions auxquelles il donna la redoutable consécration de l'éternité. Le Christ ne pouvait livrer aux hommes la vérité absolue ; l'absolu devient relatif lorsqu'il descend dans l'humanité : ce que le Messie n'avait pas fait, un homme l'osa; i! l'osa aux premiers siècles de TÉglise, sans qu'aucune évolution nouvelle du genre humain pût justifier l'audace de cette tentative. Il devait nécessairement échouer ; la société ignorait à cette époque la loi de l'initiation et du progrès qui lui est depuis peu connue'; son éducation n'était pas assez ayancée. Le Christ n'eût pas été compris du vulgaire, il n'en parla donc pas; mais Origène avait une tout autre mission : il représentait, par la volonté de Dieu, cet impatient écolier de la quatrième ou de la cinquième classe qui, ûer d'être le premier de tous ses condisciples, s'érigerait en professeur de rhétorique ou de philosophie. Les autres élèves ne le comprendraient pas et condamneraient ses pensées; quant à lui, il poursuivrait sa tâche. Pour ex-

1. Pour comprendre la loi du progrès, il fallait que l'humanilé traversât divdTàes phases qui pussent servir de termes à la comparaison. La théorie du progrès n'est môme encore qu'à son enfance : nous n'en avons que les premiers éléments ; nous commençons nos éludes sur ce point.

SON SYSTÈME

SON SYSTÈME

pliquer la création du monde, où régnent le mal physique et le mal moral, Origène suppose que l'union des ùmes aux corps est une punition^; il ne comprenait pas la nécessité de l'initiation et la laborieuse conquête du progrés. Citons un passage de saint Augustin : « Les ûmes ont péché « en s'éloignant de leur créateur; échelonnées du ciel à la

1. Les causes de la différence des conditions proviennent, selon Origène, d'exislenccs antérieures. « Quoniam juslitia débet crealoris « in omnibus apparere, » par la raison que la justice du Créateur doit paraître en toutes choses. {Deprincipiis, lib. II, cap. ix, art. 7 .) (( Mens « corruens facta est anima. » L'esprit déchu a été fait âme, cl l'àme réparée redeviendra pur esprit. (Cap. VII, art. 3.) Le monde, en effet, se compose de créatures intelligentes dans les états les plus divers. Quel autre motif donner à son existence que la diversité de la diute de ces êtres qui ont eu un point de départ commun? Avant que les créatures descendissent aux lieux inférieurs, et échangeassent l'invisible contre le visible, en se revêtant de corps lourds et épais, elles jouissaient au sein de Dieu d'une béatitude sans trouble et d'un repos constant. Dieu leur fil des corps conformes à leur condition et proportionnés au degré de leur chute; c'est ainsi que fut fabriqué le monde visible. (Lib. III, cap. y, art. 4.) « Diversi motus et varia; volunlalcs « diversuni acci|àunt stalum, id est, ut angcli homines, vel dîcmones, « et rursum ex hîs homines vel angeli fiant. Grandis negligentia; atque « desidiœ est in tantum unumquemque diflïuere atque evacuari, ut « ad vilia veniens, irrationabiliura jumentorum possil crasso corpori « alligari. » (Lib. III, cap. v, art. 4.) « Les divers mouvements et ies diverses volontés reçoivent des états divers, de telle sorte que les anges deviennent des hommes ou des anges, ou des démons, et les démons redeviennent des hommes ou des anges, et telle peut être la défaillance et la chute où la négligence et la paresse entraînent chaque créature, que, tombée dans le vice, elle soit enchaînée au corps grossier des bêtes privées de raison. » Rufin, disciple d'Origènc, traducteur latin de ses œuvres, n'avait donc pas entièrement rejeté les antiques errements de la métempsycose. Il admettait toutefois un grand principe, c'est que l'élévation à un rang supérieur est accordée à chacun. « Per singulos « in omneset ab omnibus in singulos. . (Lib. I, cap. vi, art. 3.) « De chacun en tous et de tous en chacun... « Mais il laissait même après l'arrivée au but la possibilité delà chute.

« terre à divers intervalles, suivant la diversité de leurs € crimes, elles ont mérité différentes chaînes corporelles : « tel est le monde, telle est la cause de la création du «■ monde; selon Origène,. ce n'est point la production d'un « bien, mais la répression d'un mal. Ici Origène encourt « une juste censure; lisez les livres des Principes^ voilà ce € qu'il pense, voilà ce qu'il écrilr. En vérité, mon étonne- « ment est au-dessus de toute expression. Quoi ! un homme « si savant, si profondément versé dans les saintes lettres, « ne voit pas combien cette opinion répugne à l'autorité € formelle de l'Ecriture, qui ajoute après chaque création « particulière : et Dieu vit que cela était bon... Avant son « péché môme, l'homme est revêtu d'un corps d'argile ^ » Après des purifications successives, les âmes revêtues de substances élhérées , rentrent au sein de Dieu; mais comme Dieu seul est immuable, les âmes, pour de nouvelles fautes, se détachent encore de la divinité et reviennent dans les corps, soumises à de nouvelles purifications et à de nouvelles vies, et cela sans repos et sans fin ^.

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