ACTE II, SCÈNE VI I If
GERMAINE, faisant un effort pour se calmer.
Mon Dieu, madame, vous savez bien qui je suis... Et dans un moment pareil, vous me pardonnerez certainement de forcer votre porte. (Fermement.) OÙ est Jacques, madame? Il faut que je le voie.
NERVAL, relevant le mot.
« Il faut ».
ANGÉLIQUE, très calme.
Le médecin défend d'introduire qui que ce soit auprès de mon frère.
GERMAINE
Moi, madame, cette défense ne peut me viser. Ma présence ne lui fera que du bien. (Avec un peu de prière dans la voix.) Je VOUS en prie, madame, je suis sûre qu'il a besoin de moi.
ANGÉLIQUE
Croyez-vous, madame? Vos relations avec Jacques sont, il est vrai, très intimes... Mais... nous lui tenons de près, nous aussi; nous Taimons. Tranquillisez-vous. Il sera bien soigné par
nous. Je vous remercie de l'aide que vous nous proposez.
GERMAINE, étonnée.
Vous ne me refusez pas de me laisser soigner Jacques?
ANGÉLIQUE
Tant que mon frère sera chez moi, madame, je revendique la responsabilité de le soigner, seule. C'est d'ailleurs, je vous le répète, l'ordre formel du médecin. Pas de visites... pas même de lettres qui le troublent : telle est la consigne. (A monsieur Nerval.) N'est-ce pas, mon père?
NERVAL, s' approchant.
Le médecin estime dangereux tout incident de nature à troubler le blessé. Et votre présence, madame, causerait à Jacques une émotion bien naturelle...
ANGÉLIQUE
Que nous sommes fermement résolus à lui épargner.
GERMAINE
Ah! ce n'est pas possible! Vous ne ferez pas cela!
A CT EU, SCÈNE VI llj
ANGÉLIQUE
Je VOUS en prie, madame, pas de bruit... Le blessé est là.
Il est là... (Voix basse et concentrée.) Je VCUxle VOÎr... (Elle essaye de passer et se heurte à Lebrun.) H eSt là et l'on
m'arrête... (Elle appelle.) Jacques!... (A Angélique.) Madame... ayez pitié de moi. Songez que c'est inhumain... qu'il soit là, blessé, et que je ne le voie pas... Pensez, madame, si c'était votre mari et qu'on vous empêche, qu'on vous arrête!...
ANGÉLIQUE, sèchement.
Je VOUS en prie, madame, pas de comparaison... Père, reconduis madame.
(Monsieur Nerval s'avance. Germaine se recule. Lebrun, sur un signe d'Angélique, s'approche à son tour.)
GERMAINE
Jacques!
I l8 LA PLUS FAIBLE