‹ La Podopathie Des TranchéesChapitre 5 sur 19 · DÉFINITION · texte numérisé non relu

DÉFINITION

Prétentieux d'allure, le mot de Podopathie des Tranchées dénomme, avec netteté, exactitude et concision, une série d'accidents survenus aux pieds des soldats après un séjour prolongé dans la boue des tranchées pendant l'hiver 1914-1915.

Les caractères spéciaux, bien définis, faciles à observer, à tendance endémique, de l’état Poids créé, dant l’appellation condensée et nouvelle.

Le «Mal de Pieds des Tranchées » attirerait partrop l’attention sur l'élément douleur; la « Maladie des Tranchées », vague, imprécise à souhait, pourrait être revendiquée par la diarrhée des tranchées ; un titre plus long atténuerait la notion d'unité et de os qui fait le seul intérêt de ce travail.

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SYMPTOMATOLOGIE

La Podopathie des Tranchées présente deux modalités: l'une, qualifiée de la forme grave, comprend quatre pério- ” des dites d'œdème, d’asphyxie, de nécrobiose, de cicatrisation ; l’autre, appelée forme légère, ne compte qu’une période tique. une période algide, une |périque terminale ou de guérison. i

A. — Forme grave.

19 Période d’œdème. — Le soldat qui se présente à la wisite raconte que depuis huit, dix jours et même plus, il -se trouve dans une tranchée boueuse. La persistance des pluies, le voisinage de l’ennemi empêchent l'enlèvement de la boue plus ou moins épaisse qui monte parfois jusqu’à mi-jambe. [1 vous apprend également que les mouvements destinés à combattre l'influence du froid sont forcément limités dans ce couloir artificiel et se résument æn un balancement latéral quasi méthodique du tronc par soulèvement alternatif des pieds. Ses souliers, qu'il n’a pas quittés, sont remplis d’eau boueuse dans laquelle ses pieds, qui lui semblent plus pesants, barbotent et macèrent.

Le jour de la relève, des douleurs assez vives aux talons l’incitent à marcheren équinisme léger. Arrivé au <antonnement, il se déchausse avant de se coucher, mais il ne peut dormir, car, à une sensation d’onglée presque continue s’ajoutentdu prurit,des crisesdouloureuseslocali-

séesaux talons,augmentées en nombre et en intensité par la chaleur des couvertures. Le matin, les pieds gonflés, il ne peut mettre ses souliers ; la marche le fait souffrir.

A l’empâtement des jointures, s’ajoute une fluxion du dos du pied intéressant les ligaments, les synoviales, les tendons, les muscles ; la peau est rouge, luisante ; les veines superficielles dilatées ; la pression ne laisse pas de godet mais est légèrement douloureuse; la température locale est augmentée.

29 Période d’asphyxie. — Le lendemain, le malade accuse les mêmes douleurs paroxystiques thermiques et nocturnes : la marche occasionne un mal profond au talon; l’onglée s'accentue; une sensation de doigt mort s’établit; l’œdème est aussi prononcé, mais la tache congestive est d’un rouge moins vif s’effaçant à la pression, les orteils, livides par stase, prennent parfois une coloration violacée presque noire; la sensibilité tactile est diminuée, presque abolie au gros orteil ; le contact d’un objet chaud ou froid n'est perçu qu'après un retard marqué ; la chaleur prolongée est intolérée et provoque ou augmente l'intensité des crises. |

39 Période de gangrène. — Puis, la souffrance devient plus vive, continue ; la coloration violacée s'établit nettement ; des phlyctènes apparaissent et laissent écouler un liquide séro-sanguinolent d’aspect vineux; les orteils noircissent ; un sillon sépare la partie nécrosée de la peau moins malade; des eschares se forment superficiellement.

4 Période de cicatrisation. — Enfin, à la suite d’un traitement approprié, les phlyctènes disparaissent, les eschares tombent ; les douleurs spontanées et provoquées par la marche persistent encore très longtemps ; la sensi-

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bilité tactile ne revient qu’à la longue ; le gonflement disparaît; il ne reste qu’une peau fine ayant une coloration normale et parfois des cicatrices parcheminées, mais cette peau a besoin d’être raffermie pour supporter sans inconvénient le frottement de la chaussure.

Quelquefois la gangrène se montre moins bénigne ; les doigts s’amputent spontanément ou nécessitent une intervention pour arrêter les progrès de la mortification.

B. — Forme légère.

19 Période trophique. — Le plus souvent, les symptômes sont moins accusés ; un œdème blanc léger, peu étendu, n’occupant parfois que la région des orteils, disparaissant assez rapidement, précède les douleurs ; le gonflement peut même faire défaut; les orteils noircissent, leur peau devient luisante, l’anesthésie s’établit.

2 Période algide. — Dans ces deux cas, la douleur apparaît tardivement, douleur ayant toujours ces caractères spéciaux de paroxysmes nocturne et thermique. La marche dans certains cas et chez le même individu amène tantôt un soulagement, tantôt un réveil de la souffrance. Certains malades éprouvent une sensation de bien-être, peuvent marcher sans peine et tout à coup souffrent et boitent sans que ce changement brusque trouve d’explication raisonnable. é

D'autres éprouvent au début d’une marche, pendant les premiers kilomètres, des souffrancesaiguës auxqueiles fait suite une sensation inespérée de soulagement presque complet. ,

3° Période terminale. — Puis, tout rentre dans l’ordre assez rapidement ; la sensibilité à la piqûre, seule, nese rétablit que tardivement.

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