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La poésie bretonne au XIXe siècle

Le caractère dominant de la race celtique est le mysticisme. A ce point de vue, les Bretons d'aujourd'hui ressemblent à ceux du moyen âge. L'étranger un peu observateur qui assiste aux magnifiques processions de la Fête-Dieu, à Nantes, comme aux Pardons de Sainte-Anne d'Auray ou du Finistère, en est immédiatement frappé.

D'innombrables églises ont été reconstruites en Bretagne, depuis cinquante ans, avec un luxe d'architecture qui rappelle le temps du duc Jean V. Les hommes de 93 avaient rêvé l'anéantissement du catholicisme, mais s'ils revenaient à la vie, ils l'y retrouveraient plus puissant que sous Louis XVL

« Race timide, dit M. Renan, réservée, vivant toute (( en dedans, pesante en apparence, mais sentant

« profondément et portant dans ses instincts reli- « gieux une adorable délicatesse, les Bretons sont « indifférents à l'admiration d'autrui et ne demandent <( qu'une chose, qu'on les laisse chez eux... Jamais « famille humaine n'a vécu plus isolée du monde. » (La Poésie des races celîiques).

Après avoir constaté que la Bretagne « est la con- « trée la plus pittoresque de la France entière », M. Léon Palustre, dans son bel ouvrage sur la Renaissance, fait cette remarque très juste : a Si la Bre- « tagne est un pays à part au point de vue de la na- <( ture, les monuments qu'on y rencontre ne laissent « pas non plus de surprendre par leur aspect tout à « fait singulier. Contrairement à ce que la logique « demande, le principal est généralement négligé <( pour l'accessoire, etdanslaconstruction des églises <( par exemple, on ne semble pas avoir cherché autre « chose qu'un prétexte à lancer dans les airs un « svelte et élégant clocher. »

C'est que le clocher à jour de la Bretagne, qui sonne en quelques heures pour la joie, l'amour et la mort, est le vrai symbole de l'âme celtique rêveuse et mobile, où se succèdent rapidement les sentiments les plus divers, dominés par une aspiration incessante vers l'idéal.

Des monuments funéraires élevés récemment, tels que le tombeau du général de la Moricière sous les voûtes colossales de la cathédrale de Nantes, ceux de saint Yves à Tréguier et du Comte de Chambord à Sainte-Anne d'Auray, sont encore des témoignages de la force du mysticisme dans le peuple breton.

Un autre sentiment profond s'y joint, c'est le sen-

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