‹ La poésie de Jean AicardChapitre 33 sur 112 · FILLE OU GARÇON · texte numérisé non relu

FILLE OU GARÇON

Vous vouliez une fille et le ciel vous envoie,

Jeune mère, un petit garçon; Mais quand l'enfant est là, fille ou garçon, la joie

Entre avec lui dans la maison.

Une fille ! Et déjà vos tendresses de femme Lui préparaient les doux conseils...

Puisqu'un garçon vous vient, ne formez pas son âme D'éléments tout à fait pareils.

Les hommes, appelés aux luttes de la vie,

Ont besoin d'être courageux; Vous laisserez ce fils courir à son envie

Les premiers périls d'ans ses jeux.

N'allez pas vous forger d'inutiles chimères

Qui seraient cruelles un jour; Ce n'est que tout petits qu'ils sont vraiment aux mères :

Ils grandissent pour l'autre amour.

Vous avez un garçon : laissez les espérances.

Instruisez-le de votre mieux A n'être pas surpris des plus grandes souffrances

Qui toutes sont faites d'adieux.

Qu'il ne sente pas trop les soins de la famille, Qu'il n'en soit pas comme enchaîné;

N'allez pas lui donner une douceur de fille! C'est un garçon qui vous est né !

Mères, je les connais, ces hommes, quoique braves, Que les mères ont fait trop doux;

Ils sont toujours blessés, cœurs faibles et suaves Où pénètrent les moindres coups;

Et quand vient le moment, sans amis, sans caresses, Oii c'est tout seul qu'or^ doit souffrir,

Ces hommes ont en eux de plaintives tendresses Dont ils achèvent de mourir.

Si vous voulez les voir heureux et les voir vivre.

Mères, ne vous y trompez pas.

Retenez ce conseil triste, mais qu'il faut suivre:

Détachez vos fils de vos bras.

Madame, vous pleurez?... Mais c'est là, nobles femmes,

Le sublime de votre amour, Qu'il faille encor souffrir pour leur créer leurs âmes

Plus que pour leur donner le jour.

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