‹ La poésie de Jean AicardChapitre 75 sur 112 · LE VIOLON · texte numérisé non relu

LE VIOLON

Quand l'humble violon, sous la main qui l'anime, Frémit, tremble, tressaille, et bondit en accords. Vous n'y pensez jamais, que son âme sublime Use ineffablement les fibres de son corps!

Vous rêvez; vous suivez les sons, chemins du rêve, Dont le caprice errant va, vient, tourne et s'enfuit, Monte comme la vague et se brise, — ou s'enlève Comme un oiseau de flamme en essor dans la nuit !

Vous rêvez' Cependant, lui, l'instrument magique Où bat comme du sang l'harmonie aux grands flots, Il sent bien qu'il se meurt, en donnant sa musique Faite avec de sa vie expirante en sanglots.

N'importe; vous voulez l'entendre? il n'est plus libre; Il s'abandonne au dieu des amours éplorés. Et c'est pour vous qu'il chante et qu'il meurt, c: qu'il vibre Et qu'il voudra mourir tant que vous le voudrez.

Parfois, dans le torrent d'accords qui le secoue, Ecoutez!... une corde a cassé brusquement! Mais voici que pressé plus fort contre la joue Il chante et pleure encor, le fragile instrument.

Et moi j'entends souvent, mystérieuse et frêle, Rompre et crier en moi, quand je chante mes vers, Une fibre profonde, — étrange chanterelle Dont l'adieu m'avertit des forces que je perds.

Mais quand tombe ma voix, mon regret la prolonge!

Et désespérément de moi-même vainqueur,

Je donne tout l'accord de la vie et du songe

En écrasant l'archet que j'ai mis sur mon cœur.

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