QUATUORS DE RIES POUR PIANO, VIOLON, ALTO ET VIOLONCELLE
(OEuvre 13, dédié à S. A. le prince de Lobkowitz). — Adagio. 6/8. En fa mineur. Sorte de prélude d’un caractère grave, conduisant à un A/legro en #4 temps, agité, plaintif.
Andantino. 2/4. En fa majeur. Accent affectueux.
Rondo allegretto. 2 temps. En fa mineur. Accent plaintif et suppliant. Modulation en fa majeur d'un accent de mélancolie affectueuse et fugue ramenant au motif en fa mineur. Prestissimo d’un accent agité.
* (Œuvre 17, dédié à S. A. M“ le prince Ferdinand Kinsky). — Allegro. À temps. En ma pb.
Noble. Modulation en ut majeur d'un accent doux et pénétrant. Accent plaintif, agité, dramatique, dans la reprise avant de revenir au motif de l’Al/egro.
Adagio mesto. 3/4. En la h mineur. Accent de tristesse.
Rondo allegro moderato. 2 temps. En mx bp. Gracieux et brillant.
SPOR
Spohr (Louis) est né le 5 avril 1784 à Brunswick, et mort à Cassel en 1859. Son père, docteur en médecine, vint habiter Seesen pour y exercer sa profession. Il était grand amateur de musique et jouait très-bien de la flûte. Sa mère était aussi une claveciniste de talent. On donnait souvent chez eux des concerts de société auxquels l'enfant n'était pas indifférent, et ce fut là l’origine de son goût décidé pour la musique. Son père, voulant encourager ses bonnes dispositions, l’envoya à Brunswick pour étudier le violon avec Mancourt, de la chapelle du prince, et ses progrès furent si rapides qu'à 12 ans il débutait à la cour dans un concerto de sa composition. Le duc de Brunswick, qui lui-même avait beaucoup aimé le violon dans sa jeunesse, s'intéressa à luiet l’atlacha à sa chapelle en 1798. Le jeune Spohr devient bientôt élève de Eck, qui était à cette époque le violoniste le plus renommé de l’Allemagne. En 1802, il accompagne son maitre en Russie avec la permission du due, et après dixhuit mois de séjour à Saint-Pétershourg et à
LA POÉSIE DE LA MUSIQUE. 335 Moscou, il revient à Brunswick, où 1l se prépare pour un nouveau voyage en Saxe et en Prusse.
Spohr n'a encore que 20 ans et se fait déjà applaudir comme violoniste et comme eompositeur. En 1805, 1l accepte, avec le consentement de son protecteur, la place de maitre de concert à la cour de Gotha. Bientôt il épouse la fille d'un musicien et d'une cantatrice du théâtre de cette ville, M'!° Dorothée Scheidler, qui passait alors pour la plus forte harpiste de l'Allemagne. En 1807, il fait un voyage avec elle et se fait remarquer à Vienne par son exécution brillante et par le mérite de ses compositions. À partir de ce moment, sa réputation va chaque année en grandissant. En 1813, on lui offre la place de chef d'orchestre du théâtre de Vienne, dont ilremplit les fonctions pendant quatre ans. C’est à cette époque qu'il écrivit l'opéra de Faust, dont on ne joua que l'ouverture. Les difficultés qu'il éprouva pour obtenir la mise en scène de cet opéra le décidèrent à quitter le théâtre en 1816. Deux ans après, le même ôpéra fut joué avec succès à Francfort et à Vienne. Spohr fait ensuite un voyage en Îtalie avec sa femme et donne des concerts à Milan et à Venise, où il joue, en février
1817, une symphonie concertante avec Paganini. Puis il visite Florence, Rome, Naples, et revient en Allemagne en traversant Bâle et Carlsruhe. À Francfort, on lui offre à la fois les fonctions de maître de chapelle et la direction du théâtre. C’est à cette époque (1818) qu'il montre la plus grande activité pour la composition. Il vient à Paris au commencement de 1819 et n'y produit pas une grande impression. Fétis l’entendit alors jouer ses quatuors chez Rodolphe Kreutzer, professeur au Conservatoire. Dogmatique et sentencieux, Spohr faisait consister dans la forme le principal mérite de l'art, tandis que Fétis, ardent et passionné, mettait l'inspiration au-dessus de tout. C'est là que le violoniste allemand entendit pour la première fois les quintettes de Boccherini, qui ne lui inspirèrent que du mépris, précisément paree qu'il envisageait cette musique à ‘un point de vue trop étroit. La même année, Spohr se rend à Londres et se fait chaleureusement applaudir aux concerts de la Société philharmonique. En 1822, il devient maître de chapelle à la cour du duc de Hesse-Cassel. Son influence est pendant longtemps prépondérante en Allemagne. Il dirige les grandes fêtes musicales à Halberstad
(1828-1835), à Nordhausen (1829), à Norvick (1839), à Aix-la-Chapelle (1840), à Lucerne (4841), à Manchester (1843), à Brunswick (1844), à Bonn (1845), lors de l'inauguration de la statue de Beethoven.
Spobr avait perdu sa première femme à Cassel, le 9 novembre 1834, et s'était remarié quelque temps après. Sa seconde femme, née à Rudolstadt, était aussi une pianiste distinguée, qui s’est fait entendre à Berlin et à Francfort.
En 1843,le savant artiste fit un second séjour à Paris en se rendant en Angleterre et vit Auber, Halévy et Habeneck. Comme il exprimait le regret de ne pas être connu du public français, Habeneck voulut lui prouver le contraire en faisant jouer sa 4° symphonie (/« Consécration de la musique) par l'orchestre du Conservatoire. Mais il était seul auditeur etla vérité est qu'après avoir mis cette symphonie en répétition, on n'avait pas osé la faire entendre aux habitués des concerts.
Spohr est encore appelé à Londres en 1852 pour organiser la mise en scène de Faust et diriger les concerts de la Société philharmonique. Quoique âgé de 68 ans, son impulsion était toujours des plus correctes et des plus rhythmées.
Il s’est éteint à Cassel le 22 novembre 1859, à 75 ans. Son talent et son honorabilité lui avaient attiré d'universelles sympathies. Spohr était un violoniste très-remarquable, qui avait poussé l’étude de son instrument jusqu'à ses dernières limites et qui a fait école en Allemagne. Beaucoup de ses élèves sont devenus des artistes distingués. C'était aussi un très-savant musicien etun travailleur des plus consciencieux et des plus ordonnés. Seulement il était calme et froid et voyait trop la forme en négligeant l'expression de la pensée. Sa musique est souvent très-compliquée, très-chromatique et ne produit pas un effet en rapport avec les difficultés qui s'y trouvent. Elle manque souvent de contrastes, d’oppositions, ce qui tend à luiimprimer un certain caractère de monotonie et d'uniformité. Elle est à la vérité pleine de savantes combinaisons; les modulations y sont nombreuses, amenées avec beaucoup d'art et de science harmonique; les mélodies y sont même souvent heureuses; mais elle présente dans son ensemble quelque chose de traîinant qui finit par fatiguer. En un mot, elle ne renferme point de ces éclairs de génie qui touchent, qui émeuvent ou qui frappent en excitant l'admira-
LA POÉSIE DE LA MUSIQUE. 339 tion et l'enthousiasme. Son caractère est en général doux, vague et rêveur, souvent brillant dans les traits, mais sans une grande expression. Elle fait le même effet qu'une jolie tête entourée de toute espèce d’ornements, mais dont les yeux ne refléteraient aucun sentiment, aucune passion. Ïl suffit d'être en possession d'un bon mécanisme pour bien l’exécuter, sans qu'il soit besoin de sentir profondément, comme lorsqu'il s’agit de rendre avec tout leur accent les pensées des grands maîtres de l’art. Enfin le premier violon a souvent un rôle prépondérant, tandis que les autres parties sont réduites à de simples accompagnements. Voilà pourquoi Spohr est si négligé à Paris, pourquoi on ouvre si rarement ses quatuors el ses quintettes. Néanmoins les violonistes doivent aimer à dire quelquefois l’un de ses morceaux de musique de chambre, qui présentent souvent de l'intérêt par les formules brillantes et variées qu'ils renferment.
L'œuvre de Spohr est très-considérable et comprend environ 160 composilions dont 9 opéras, 4 oratorios, des messes solennelles, 10 symphonies, 4 ouvertures, 33 quatuors, # doubles quatuors, 1 sextuor, 7 quintettes, 1 nonetto,
4 ottetto, des duos pour 2 violons, 15 concertos de violon, 1 quintette (piano et instruments à vent) écrit pour sa première femme, 1 quintette (piano et instruments à cordes), 1 septuor (2d.), 5 trios (d.), 3 duos (piano et violon), des sonates (harpe et violon), des fantaisies pour harpe, 3 cahiers de morceaux de salon pour piano, ete. Nous citerons quelques-uns de ses duos, trios, quatuors et quintettes.
QUATUORS DE SPOHR POUR DEUX VIOLONS.,.ALTO ET BASSE (Extrait).
N° 6 (œuvre 27). — Allegro moderato, 4 temps, en sol mineur, finissant en so! majeur. Accent noble.
Adagio. 4 temps. En m?h, avec modulation en sol. Accent affectueux.
Menuetto allegretto. 3/4. En sol mineur. Accent
Finale vivace. 6/8. En sol. Accent gracieux et léger.
* N°8 (œuvre 29). — Allegro. 3/4. En ut. Accent gracieux. à Adagio. 3/4. En fa. Mélancolie affectueuse.
Menuetto un poco allegretto. 3/4. En ut mineur. Accent sombre. Trio en ut majeur. Opposition; accent gracieux.
Finale vivace. 3/4. En ut. Accent vifet gracieux.
LÉ
* N°9 (même œuvre). — Allegro. 4 temps. En fa mineur. Energie opposée à la grâce et au brillant.
Secherzo vivace. 3/4. En fa mineur. Vif et léger. Trio en fa majeur. Simple et gracieux.
Adagio. 3/4. En ré b. Accent affectueux.
Finale allegro. 2/4, En fa mineur. Agité.
N° 10 (œuvre 30). — Allegro. 3/4. En la. Gra- Cieux. | |
Adagio. 9/8. En fa. Rêverie.
Menuetto allegretto. 3/4. En la mineur. Gracieux. Trio en {a majeur. Brillant.
Finale moderato 3/4, en la, d’un accent calme alternant avec un Vévace en la mineur, d’un accent agité.
N° 11 (œuvre 43). — Allegro. 4 temps. En mn. Brillant. |
Adagio. 3/4. En mi mineur. Rêverie.
Tempo di menuetto un poco vivace. 3/4. En me, Coquetterie, élégance,
* N° 12 (œuvre 45). — Allegro. 4 temps. En ut. Accent calme. Traits brillants. |
Scherzo vivace. 3/4. En ut mineur. Accent suppliant. Trio en ut majeur. Opposition; accent vif et gracieux.
Andante grazioso. 2/4. En la b. Affectueux, caressant.
Finale presto. 3/4. En ut. Gracieux badinage.
* N° 13 (même œuvre). — Allegro vivace. 6/4. En mi mineur,se terminant en nm? majeur. Douceur, affection, enjouement.
Larghetto. 2/4. En ut. Accent religieux:
Menuetto moderato.3/%. En sol. Trio en m2? mineur, Gracieux.
Finale vivace. À temps. En mx muneur, avec terminaison en 72 majeur. Gracieux et suppliant,
* No 14 (même œuvre) — Adagio 3/4, en lab, d’un accent plaintif, passant à un A/legra vivace en fa, affectueux et suppliant,.
Adagio. 3/4. En st pb. Accent religieux.
Scherzo presto. 3/4. En fa, avec modulations en la bet en fa mineur. Grâce et gaieté en opposition avec l’agitation et la tristesse.
Finale vivace. 2/4. En fa. Gracieux et brillant.
N°15 (œuvre 58). — Allegro vivace. 3/4, En mi b. Noblesse et distinction.
Adagio. 4 temps. En {a b. Religieux.
Scherzo. 3/4. En ut mineur. Trio en ut majeur. Gracieux.
Rondo vivace. A temps. En mé pb. Même accent.
N°17 (même œuvre). — Allegro. 6/8. En sol.
Gracieux.
Menuetto moderato. 3/4. En mt bp. Même accent.
Adagio molto, # temps, en so/ mineur, passant à un A/legro, 2 temps, en so/, Même accent,
‘ N°49 (œuvre 68). — A/legro moderata. % temps, En a. Brillant.
Larghetto. 6/8. En /a. Noble,
Rondo allegretto. 2/4. En la. Gracieux et brillant.
N° 20 (œuvre 74). — Allegro vivace 6/4, en la
mineur, se terminant en la majeur. Brillant.
Larghetto con moto. 9/8. En fa. Sujet tiré d’un passage de l’Adagio du 4° quintette de Mozart en sol mineur. Affectueux. |
Scherzo. 3/4. En la mineur. Vague.
BRondo allegretto. 2/4. En la. Gracieux.
N° 21 (même œuvre). — Allegro vivace, 3/1.
En 52 pb. Gracieux.
Larghetto. 6/8. En sol mineur. Plaintif. Modulation en so/mageur, d'un accent affectueux.
Allegretto con variazioni. 2/4. En si b. Affectueux. Réminiscence de l’Andante du septuor de Beethoven.
l'inale allegretto. 2/4. En si b mineur. Affectueux.
N° 22 (même œuvre). — Allegro 3/2, en ré nuneur, finissant en ré majeur. Vague,
Adagio. 4 temps. En /a. Affectueux.
Scherzo vivace. 3/4. En ré mineur. Trio en ré majeur. Vague.
Finale presto. 2 temps. En ré. Animé.
N°93 (œuvre 83). — Allegro moderato. 4 temps. En mx b. Brillant.
Adagio. 3/4. En sv. Affectueux.
A [la polacca. 3/4. En mé b. Gracieux.
N° 26 (œuvre 84). — Finale allegretto. 2/4. En st mineur. Gracieux.
N° 27 (œuvre 93). Court Andante 9/8, en la, passant à un Allegro, même ton. Brillant.
Larghetto. 6/8. En fa. Rêverie.
Rondo allegro. 2/4. En la mineur. Gracieux.