WEBER
Weber (Charles-Marie-Frédéric-Auguste, baron de), est né le 18 décembre 1786, à Eutin dans le duché de Holstein, et mort à Londres le 5 juin 1826. Il a donc vécu 40 ans. Son existence comprend deux périodes bien distinctes ; car 1l n'a joui de sa grande réputation que pendant les dix dernières années de sa vie. La première a été des plus accidentées. Ses parents vivaient dans la retraite et le retenaient près d'eux sans qu’il püt subir l'influence du contact des enfants de son âge. Cet isolement l’avait rendu méditatif de bonne heure et avait fait naître en lui un certain sentiment d’orgueil et de fierté. Son temps était partagé entre la peinture, la gravure et la musique. Mais comme son père transportait sa résidence tantôt d’un côté tantôt d’un autre, les fréquents changements de maitre qui résultaient de cette instabilité devaient nécessairement entraver ses progrès. Cependant il rencontra en 1796, à l’âge de 10 ans, un bon professeur dans Heuschel de Hildburghausen, qui sut reconnaitre
en lui un goût remarquable pour l’art musical. Dès ce moment, ses parents ne négligèrent rien pour développer ses bonnes dispositions. Ils allèrent s'établir à Saltzbourg et le mirent entre les mains de Michel Haydn qui, bien que maitre habile, était néanmoins trop sévère et trop sérieux pour le jeune Weber. Celui-ci se laissa diriger par son instinct. Ses premiers essais furent marqués par la publication de six petites fugues pour le clavecin. À 12 ans, il passa à Munich, où il recut des lecons de chant de Valesi; il devint aussi pour la composition élève de Kalcher, organiste de la chapelle royale. C'est à cet excellent maître qu'il dut ses plus grands progrès, ainsi qu’il le reconnut luimême plus tard. Weber composa sous ses yeux un premier opéra intitulé : /a Force de l'amour et du vin, ainsi qu'une messe, plusieurs sonates de piano, des trios de violon et des chansons allemandes. Mais ce n'étaient là que des essais imparfaits dont il fit justice en les jetant au feu dès que son talent lui permit de les juger avec maturité.
Vers la fin de 1799, à 13 ans, le jeune Weber se passionne tout à coup pour la lithographie dont les premiers procédés venaient d’être pu-
bliés. Il demande à son père de se transporter à Freyberg, où 1l trouvera plus de ressources pour les applications de cet art. Mais bientôt, s’apercevant que cette nouvelle occupation l’absorbe ettend à amortir ses facultés musicales, il revient à la musique avec ardeur et écrit l'opéra de la Fille des bois, qui est représenté à Munich en novembre 1800, obtient 14 représentations à Vienne, est traduit en Bohème pour le théâtre de Prague et mis en scène à Saint-Pétersbourg. Weber n'avait alors que 1% ans. Il devait être sensible à ce premier succès. Cependant il fut choqué lui-même des imperfections de son travail, qu'il refit complétement après quelques années, quand son éducation musicale fut plus avancée. En 18014, il se rend à Salzbourg avec sa famille et écrit un opéra-comique: Pierre Schmoll et ses voisins, dont l'ouverture seule est connue. En 1802, son père lui fait faire un voyage à Hambourg et dans le Holstein par Leipzig. À cette époque, le jeune Weber était déjà d’un caractèreirrésolu et indécis en raison même de son penchant à la méditation, et les objections d’un docteur en médecine contribuèrent encore à augmenter chez lui cette disposition d'esprit. Les doutes
qui l’obsédaient le poussèrent à des études profondes, et il chercha à les dissiper en remontant aux principes philosophiques et naturels qu'il prit pour base de sa doctrine. En 1803, Weber se trouve à Vienne, où il devient pendant deux ans l’élève favori de l'abbé Vogler.A la fin de 1804, il accepte la direction de la musique du théâtre de Breslau. Il retouche dans cette ville plusieurs de ses anciens ouvrages et apprend à diriger l'orchestre et les chœurs. En 1806, le prince Eugène de \Wurtemberg, amateur passionné, l'invite à venir se fixer près - de lui en Silésie. Weber écrit là 2 symphonies, des cantates et autres morceaux ; puis 1l cherche à voyager pour donner des concerts. Mais les événements de guerre le forcent à renoncer à ses projets et 1l accepte l'asile qui lui est offert à Stuttgard par le prince Louis de Wurtemberg. C'est là qu’il écrit l’opéra connu sous le nom de Sylvana, le drame du Premier Son, ainsi que plusieurs ouvertures, chœurs et morceaux de piano. En 1809, il se rend près de l'abbé Vogler à Darmstadt, où commence sa liaison intime avec Meyerbeer. Il écrit en 1810 Abou-Hassan pour le théâtre du grand-duc. Au printemps de 1814, il va à Francfort pour faire
représenter cet ouvrage, puis à Munich, à Berlin et à Vienne, où il arrive en 1812. Appelé bientôt après à diriger la musique de l'opéra allemand de Prague, 1l fait preuve d’une grande habileté pour la réorganisation de l'orchestre et des chœurs. Pendant 3 ans que durent ces fonctions (1813 à 1815) il écrit la cantate : Combat et Victoire, à l’occasion de la bataille de Waterloo, quelques morceaux de musique instrumentale et des chants de guerre à plusieurs voix qui sont l’origine de sa renommée populaire. Enfin il va fonder un opéra allemand à Dresde (1816)
Jusque-là, les déceptions et les chagrins que Weber avait éprouvés, en se voyant dédaigné malgré le sentiment qu'il avait de sa haute mission comme compositeur, n'avaient fait qu'augmenter son penchant à la mélancolie. Il avait bien été renommé dès son jeune âge comme virtuose pianiste. On admirait son exécution puissante; mais il n'avait encore obtenu aucun succès éclatant qui püt illustrer son nom. Sa musique ne se vendait pas, ses opéras n'étaient accueillis qu'avec froideur, et on peut dire que son élévation date des désastres de notre premier Empire. Quand on entendit ses chants pa-
triotiques répétés en chœur par la jeunesse prussienne qui se soulevait en masse contre la domination francaise, ce fut un enthousiasme indeseriptible qui provoqua bientôt chez le grand artiste la création de plusieurs chefsd'œuvre. Le Freyschütz (le Franc-Archer), écrit à Dresde en 1819 et 1820, fut représenté à Berlin le 18 juin 1821 avec le plus immense succès qu'un opéra allemand ait jamais obtenu. Puis vint le drame de Preciosa. Weber, jusque-là musicien presque obseur, s'élevait tout à coup au rang de premier compositeur dramatique de l'Allemagne. L'opéra de Vienne lui demande la partition d’Ewryanthe, qui parait en 1823. L'année suivante, il est encore chargé de composer un opéra pour le théâtre de Covent-Garden à Londres et il achève Obéron à la fin de 1825. Obligé de se rendre en Angleterre pour diriger la mise en scène de cet opéra, il quitte Dresde le 16 février 1826, accompagné de son ami Furstenau, et souffrant d’une affection de poitrine; c’est avec peine qu'il se sépare de sa femme et de ses enfants, comme s’il avait le pressentiment de ne plus les revoir. Il se dirige par Leipzig, Weimar et Francfort vers Paris, où il arrive le 25 et où il recoit un accueil enthou-
siaste. « Je n’essaierai pas de te décrire, écritil à sa femme, comment on me traite ici. Si Je te rapportais tout ce que me disent les plus grands maitres, le papier lui-même serait forcé d’en rougir. Si mon amour-propre résiste à ce grand choc, j'aurai du bonheur. » Il part le 2 mars et arrive le 6 à Londres, où des bravos frénétiques saluent son apparition au théâtre. Le 12 avril avait lieu la première représentation d'Obéron, dont le succès ne répondit pas à son attente. Le mal qui le consumait, activé par le climat brumeux de Londres, faisait des progrès effrayants. Il s’en plaignait déjà dans une lettre du 17 avril, et le 30 mai il écrivait à sa femme : « Tu ne recevras plus de moi un grand nombre de lettres. Réponds à celle-ci, non à Londres, mais à Francfort, poste restante. Je vois ton étonnement. Je n’irai pas à Paris. Qu'y ferais-je? Je ne puis ni marcher ni parler. Que puis-je faire de mieux que de me diriger tout droit vers mes pénates? » Il avait le projet de diriger une représentation du Freyschütz le 6 juin et de partir le lendemain. Mais sa faiblesse devenait de plus en plus grande et le 2 juin il écrivait d’une main tremblante : « Que Dieu vous bénisse tous et vous conserve en
bonne santé. Que ne suis-je au milieu de vous! » Trois jours après, 1l rendait le dernier soupir.
Weber était avant tout un compositeur dramatique, harmoniste d'instinct, se distinguant par la nouveauté des formes mélodiques et des combinaisons instrumentales. [l a exercé une influence marquée sur l’art musical de son temps. Sa famille donna peut-être trop d’attention à ses premières productions, ce qui l’encouragea à se tenir un peu en dehors des œuvres de ses devanciers. Malgré les conditions désavantageuses où il s’est trouvé dans son enfance, Weber était né musicien et ses compositions montrent comment 1l comprenait son art, comment il le sentait. Il avait un talent naturel et une originalité de pensées qui l’ont aidé à sortir de la foule et à prendre rang parmi les 1llustrations de son époque.
Nous ne considérerons dans ce qui va suivre que ses principales compositions de musique de chambre, qui consistent dans un quatuor, un trio et un duo, pour piano et instruments à cordes.
GRAND DUO DE WEBER POUR PIANO ET CLARINETTE OU VIOLON (OEuvre 48),
Allegro con fuoco. 4 temps. En mi p. Énergie et tendresse. Opposition entre l'accent énergique et l’accent tendre et affectueux. C'est, par exemple, l'énergie que peut donner à un père l’amour de son enfant et les joies de la famille.
Andante con moto. 3/4. En ut mineur. Triste et plaintif, Une modulation en so/ exprime comme une lueur d'espérance.
Rondo allegro. 6/8. En mt b. Bonheur de se revoir. Une modulation en ré b rend bien un sentiment de frayeur à la pensée d’un danger auquel on a échappé.