GRAND QUATUOR DE WEBER POUR PIANO, VIOLON
ALTO ET VIOLONCELLE (OEuvre 5).
Allegro. 4 temps. En si b. Dramatique; accents tour à tour passionné, énergique, plaintif et suppliant.
Adagio ma non troppo. 4 temps. En mt b. Dramatique, suppliant. Prù moto e con fuoco. Agitation, effroi ; accent du désespoir.
Menuetto allegro. 3/4. En sol mineur. Trio en st b. Accent gracieux.
Finale presto. 2 temps. En stp. Vif, gracieux, brillant.
FESCA
Fesca (Frédéric-Ernest) est né à Magdebourg le 15 février 1789, et mort à Carlsruhe le 24 mai 1826, à 37 ans. Son père, secrétaire de la municipalité, avait du talent sur le piano et le violoncelle, et sa mère était une ancienne
cantatrice de la chambre de la duchesse de Courlande. L'enfant se trouva donc enveloppé dès son berceau par une atmosphère musicale dont il devait nécessairement ressentir l’influence. En effet, à 4 ans, il répétait déjà les chants de sa mère et mettait les doigts sur le piano. Cinq ans plus tard, il recevait ses premières lecons de violon de Lohse, premier violon du théâtre de Magdebourg. Bien qu’à celte époque les compositions de Pleyel fussent en vogue le jeune Fesca manifestait un goût plus prononcé pour la musique d'Haydn et de Mozart. À 11 ans, il jouait avec succès un solo de violon dans un concert donné par la sœur de samère, etilavait l’occasion d'exercer son talent naissant dans les réunions musicales de Ia loge des francs-maçons. Les premières lecons d'harmonie lui furent données par Zaccharia, professeur de musique d’une école de Magdebourg, et celles de contre-point et de composition par Pitterlin, directeur de musique du théâtre. Malheureusement, ce dernier vint à mourir en 1804, très-regretté de son élève, alors âgé de 15 ans. L'année suivante, Fesca va continuer ses études à Leipzig sous la direction d'un maitre estimé, Auguste Eberhardt Muller. Il étudie
spécialement les œuvres de musique religieuse et se perfectionne sur son instrument avec les conseils de Mathæi, directeur des concerts de Leipzig. Muller le guide dans ses premières compositions, notamment dans un concerto de violon qu'il exécute en 1805 avec Le plus grand succès. Le duc d’Oldenbourg l’entend dans un concert en janvier 1806 et lui offre une place dans sa chapelle, que Fesca s’empresse d’accepter pour ne plus être à charge à ses parents, dont la famille était assez nombreuse. Mais bientôt une visite qu’il vient faire à sa mère souffrante lui donne l’occasion d’être connu du duc de Bellune, qui le fait entrer à la chapelle et à l'Opéra de Cassel, alors capitale du nouveau royaume de Westphalie et où abondaient des talents de premier ordre. Là il peut entendre souvent de bonne musique et faire de nouveaux progrès. C’est à Cassel que se passent ses plus heureuses années, bien qu'il y ressente les premières atteintes du mal qui devait l'emporter plus tard. Il y compose ses T premiers quatuors et ses 2 premières symphonies dont la publication imprévue excite à la fois la surprise et l'intérêt. Fesca, très-habile violoniste,
avait surtout écrit ces compositions en vue de
faire briller son talent d'exécution; aussi la partie de premier violon y est-elle très-travaillée. Après la dissolution du royaume de Westphalie, ilse rend à Vienne en janvier 1814, près de son frère, et y publie les 3 premières livraisons de ses quatuors. Bientôt il est nommé violon solo du grand-duc de Bade à Carlsruhe, puis maître des concerts en 1815. C’est dans cette résidence qu'il compose avec le plus d'activité quatuors et quintettes, opéras, ouvertures, chorals et morceaux de musique religieuse. Il écrit le psaume 15 (op. 25) pendant une longue et douloureuse maladie qui avait mis ses jours en danger. Celui n° 103 (op. 26) lui était inspiré par la reconnaissance de sa guérison miraculeuse à la suite de fréquentes hémorragies qui avaient aussi failli l'enlever à l’âge de 32 ans. Cependant, sa maladie de poitrine ne lui laissant pas d’espoir, il tombe dans une profonde mélancolie et ne veut plus recevoir que quelques amis intimes. Les eaux d'Ems, qu'il prit en 1825, parurent le ranimer au point qu'il put encore écrire une ouverture pour l'orchestre et son dernier quatuor de flûte, Mais l'oppression et la toux firent des progrès rapides, et il succombait le 24 mai
1826, à8 heures du soir. « Je n’y vois plus, » furent ses dernières paroles. Il se fit mettre sur son séaut, leva les mains jointes en priant et rendit le dernier soupir. L’autopsie permit de constater chez lui un tel état de consomption qu'on ne comprenait pas qu'il ait pu vivre encore aussi longtemps. Ses amis, en témoignage d'affection, chantèrent sur sa tombe son De profundis arrangé à 4 voix.
Fesca avait une figure douce et belle, mais une faible constitution. Il était aimable, modeste, d'un caractère sérieux et réfléchi, et d’une sensibilité extrême, avec un penchant à la mélancolie par suite de la maladie qui le consumait. Ces traits distinctifs de son naturel se retrouvent dans sa musique, qui a généralement un accent affectueux et triste. On y rencontre souvent beaucoup de modulations ainsi que des traits brillants pour le violon, comme dans celle de Spohr. Mais elle trahit à chaque pas la faiblesse et la mélancolie de son auteur. Il semble qu'il fasse incessamment des efforts pour chasser les pensées qui assombrissent son âme, et quand il parvient à saisir une idée riante, cette idée reste toujours enveloppée comme par un nuage qui l'empêche de prendre son
essor et de revêtir des formes animées et pétillantes, telles que celles qui peuvent éclore sous l'influence d’une chaleur et d’une lumière vivifiantes. Outre la maladie dont il était atteint, il avait des chagrins domestiques qui venaient encore ajouter à ses souffrances. Ses mélodies sont souvent empreintes de la sensibilité nerveuse qui dominait tout son être. Xlles sont élégantes, gracieuses ou tendres, avecune teinte de mélancolie ou de tristesse. Son harmonie estséduisante, mais un peu languissante et sans beaucoup de contrastes pour en faire ressortir les effets. Toutefois on jouera de temps en temps Fesca avec plaisir, en raison de son accent expressif particulier et de l'intérêt que présentent les tournures caractéristiques de ses phrases. Outre ses quatuors et quintettes pour instruments à cordes ou pour flûte, il a laissé 3 symphonies, 2 ouvertures, 2 opéras, 3 psaumes, des morceaux pour cor el un assez grand nombre de chansons allemandes. Nous passerons en revue quelques-uns de ses quatuors et quintettes.