En cela, Malherbe aurait eu rai- dans ces quatre vers
Et quand les crocheteiirs seront poètes fameux. Alors, sans me fâcher, je parleray comme eux.
Pensent-ils, des plus vieux ofFençant la mémoire. Par le mespris d'autruy s'aquerir de la gloire; Et pour quelque vieux mot estrange ou de travers Prouver qu'ils ont raison de censurer leurs vers.^ (Alors qu'une œuvre brille et d'art et de science, La verve quelquefois s'esgaye en la licence'.)
Il semble en leurs discours hautains et généreux. Que le cheval volant n'ait pissé que pour eux^; Que Phœbus à leur ton accorde sa vielle ; Que la mouche du Grec leurs lèvres emmielle ^ ; Qu'ils ont seuls icy bas trouvé la pie au nit ' : Et que des hauts esprits le leur est le zénit; Que seuls des grands secrets ils ont la cognoissance ; Et disent librement que leur expérience A rafiné les vers fantastiques dhumeur, Ainsi que les Gascons ont fait le point d'honneur; Qu'eux tous seuls du bien dire ont trouvé la méthode, Et que rien n'est parfaict s'il n'est fait à leur mode.
Cependant leur sçavoir ne s'estend seullement Qu'à regratter un mot douteux au jugement. Prendre garde qu'un qui ne heurte une diphtongue"'; Espier si des vers la rime est brève ou longue '', Ou bien si la voyelle, à l'autre s'unissant. Ne rend point à l'oreille un vers trop languissant". Et laissent sur le verd^ le noble de l'ouvrage. Nul esguillon divin n'esleve leur courage; Ils rampent bassement, foibles d'inventions, Et n'osent, peu hardis, tenter les fictions,
1. Cf. Horace, Epître aux Pisons, 4. Proverbe populaire : faire nue