Maurice Sève, né vers 1510, élève
Leur pied mesme s'est venu pi-endre
Au filé qu'ilz ont voulu tendre.
Car il ne fault pour leur respondre
D'autres escriptz à les confondre,
Que ceulx là mesnies qu'ilz ont faicts,
Tant sont grossiers et imparfaicts :
Imparfaicts en sens et mesures,
En vocables et en césures.
Au jugement des plus fameux.
Non pas des ignorans, connue eulx.
L'un est un vieulx resveur normand '
Si goulu, friant, et gourmand
De la peau du povre latin.
Qu'il l'escorche comme vin mastin.
L'aultre un Huet de sotte grâce.
Lequel voulut voiler la place
De l'absent : mais le demandeur
Eust affaire à un entendeur-.
O le Huet en bel arroy
Pour entrer en chambre de roy!
Ce Huet et Sagon se jouent, Par escript l'ung l'aultre se louent.
Et semblent (tant ils s'entreflattent) Deux vieils asnes qui s'ent regrattent.
Or des bestes que j'ay suz dictes, Sagon, tu n'es des plus petites :
Combien que Sagon soit un mot.
Et le nom d'un petit marmot.
Et sçaches qu'entre tant de choses, Sottement en tes dicts encloses, Ce villain mot de concluer M'a faict d'ahan le front suer.
Au reste, de tes escriptures, n ne fault vingt, ne cent ratures Pour les corriger. Combien doncq?
Seulement une tout du long.
Aussy Monsieur •' en tient tel conte.
Que de sonner il auroit honte
1. Sagon lui-même, né à Rouen. requête, la place de valet de chambre
2. La Hneterie avait demandé à du roi, occupée par Marot. François l'-"'', qui ne fit pas droit à sa 3, C'est ilarot lui-même que son valet désisrne ainsi.
CLEMENT iMAROT.
Contre ta rude cornemuse Sa doulcc lyre : et puis sa muse.
Parmi les princes allaiclée.
Ne veull point estre valetée.
Hercules feit il nulz elTorts Sinon encontre les plus forts ?
Pensez qu'à Ambres ' bien séerroit, Ou à Ganis, qui les verroit Combattre en ordre et équipage, L'ung un valet et l'aultre un page.
J'ay pour toy trop de résistance :
Encore ay je paour qu'il me tance, Dont je t'escribs : car il sçayt bien Que trop pour toy je sçay de bien.
Vray est qu'il avoit un valet Qui s'appelloit Nihil valel -, A qui compai'er on t'eust peu :
Toutesfois il estoit ung peu Plus plaisant à vcoir que tu n'es :
Mais non pas du tout si punais-^
Il avoit bien tes yeulx de rane ', Et si estoit filz d'un Marrane-", Comme tu es. Au demourant.
Ainsy vedel et ignoiant.
Sinon qu'il sçavoit mieulx limer Les vers qu'il faisoit imprimer.
Tu penses que c'est cestuy-là.
Qui au lict de Monsieur alla.
Et feit de sa bourse mitaine".
Et va, va ta fièvre quarlaine; Comparer ne fy veulx, ne doy :
Il valloit mieulx cent fois que toy.
Mais viens ça, qui t'a meu" à dire Mal de mon maistre en si grant'ire.^
1. Le chevalier d'Ambres. — ■ Canis par les Français aux Espagnols, qui, était réputé pour sa bravoure. a3'aut été longtemps mêlés aux Maures,
2. Nihil valet, signifie littéralement avaient adopté leurs mœurs.
bon à rien. 6. Allusion au talet de Gascogne qui