‹ La poésie décadente devant la sciences psychiatriousChapitre 20 sur 25 · ENVOI · texte numérisé non relu

ENVOI

Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuict !

Je suis paillard, la paillarde me suit.

Lequel vault mieux, chascun bien s'entresuit. L'ung l'autre vault : c'est à mon chat mon rat. Ordure amons, ordure nous afîuyt.

Nous defTuyons honneur, il nous deffuyt. En ce bourdel où tenons nostre estât,

Mathurin Régnier avait des mœurs guère plus avouables ; de son temps on le qualifiait de

coureur de bourdeaux. Il déclare lui-même qu'il n'a pas

Le jugement de conduire barque en ce ravisse-

[ment ; Au gouffre du plaisir la courante m'emporte ; Vaux ainsi qu'un cheval qui a la bouche forte, J'obéis au caprice.

C'est à lui que nous devons VOde à une vieille maquerelle que voici :

Esprit errant, âme idolastre, Corps vérole, couvert d'emplastre.

Aveuglé d'un lascif bandeau ; Grande nymphe à la harlequine, Qui s'est brisé toute l'eschine Dessus le pavé d'un bordeau !

Je veux que partout on t'appelle Louve, chienne et ourse cruelle, Tant deçà que delà les monts ; Je veux que de plus on ajoute :

Voilà le grand diable qui joute Contre l'enfer et les démons.

Je veux qu'on crie emmy la rue :

Peuple, gardez-vous de la grue.

Qui destruit tous les esguillons, Demandant si c'est aventure Ou bien un efTet de nature.

Que d'accoucher des ardillons.

De cent dont elle fut ormée.

Et puis, pour en estre animée,

On la frotla de vif-argent :

Le fer fut première matière, Mais meilleure en fut la dernière Qui ût son cul si diligent.

Depuis, honorant son lignage, Elle fit voir un beau ménage D'ardeur et d'impudicitez ; Et puis, par l'excès de «es flammes, Elle a produit filles et femmes Au champ de ses lubricitez.

"Vieille sans dent, grande hallebarde.

Vieux baril à mettre moutarde, Grand moriau, vieux pot cassé.

Plaque de lit, corne à lanterne, Manche de lut, corps de guiterne.

Que n'es-tu déjà in pace ?

Vous tous qui, malins de nature.

En désirez voir la peinture.

Allez-vous-en chez le bourreau ; Car, s'il n'est touché d'inconstance.

Il la fait voir à la potence Ou dans la salle du bordeau.

Autre temps autres mœurs, dira-t-on sans doute. Cependant il y a de nos jours des individus de mœurs presque aussi inavouables et qui se piquent de poésie, avec le talent en moins, il est vrai. Villon et Mathurin Régnier ont laissé des disciples. Tous les soirs on peut voir et entendre dans le sous-sol de certains cafés des boulevards et ce, au su et au vu de la police, un

poète au nez de travers, glabre et pâle, à la face asymétrique, fendue d'une large bouche ricanante et qui ne vomit que l'ordure. Entre onze heures et deux heures du matin, il dit devant des putains pâmées et des bourgeoises vicieuses venues là pour l'entendre, des poésies dans le genre de celle-ci qui s'intitule : Le maquereau amoureux.

J'viens d'taper sur ma gonzesse;

J'te viens d'iui r filer un tabac !

Faut que je la mette un peu à la redresse !

Faut pas qu'elle se foute de son mac !

Puis, c'te femme-là, elle m'dégoûte ;

Faut toujours qu'elle m'cause du turbin.

Nom de Dieu ! qu'est-ce qu'elle veut que ça m'foute,

Pourvu que les miches soient rupins !

Lorsqu'elle m'aboule d'ia galette.

Faut toujours qu'elle m'dise d'où qu'ça vient. C'est pas pour rien que j'porte un' casquette. Pourquoi qu'elle me l'dit ? Je l'sais bien.

De ce dégoût, j'vas vous dire la cause.

Si nous nous cognons tous les deux, Ah ! faut pas chercher autre chose, Rigolez pas 1 J'suis amoureux.

Oh! mais, pincé de la belle manière !

Il y a d'ça environ un mois.

Et c'est la fille d'ma portière.

Je deviens pâle chaque fois que j'Ia vois.

Elle est si bath avec ses mirettes Grand' comme ça! On peut s'voir dedans.

Avec ça, de jolies risettes Montrant tout l'éclat de ses dents.

Mais ce qui m'turlupinc, c'qui m'agace, C'est voir rehtrer mon veau de rapport

Qui turbine sur l'trottoir d'en face.

Oh î c'te rosse-là, j'y en veux à mort !

Chaque fois que j'descends chez la p'tite Afin d'iui faire un brin la cour.

Via l'autre qui ranquille au plus vite :

On ne peut pas travailler dans l'jour.

Tandis que l'autre est si gentille

Que je m'suis fendu d'un cadeau ;

Je lui ai payé une manbille

Pour mettre par dessus son manteau.

Ah ! il a fallu qu'elle casque, ma salope ;

Pour l'acheter fallait du pognon.

Le soir elle tombait en syncope.

— Eh! feignante, au turbin ou des gnons.

— Pitié, Alphonse, j'sens que j'crève.

— Grève donc, outil de besoin !

Te reposer ? Ça, c'est un rêve !

Veux-tu te patiner, eh ! sagouin !

Ah ! ça, tu te figures donc que je t'aime ?

Mais je n'peux pas t'voir en tableau.

Si je reste avec toi quand même, C'est parce que tu casques, eh ! chameau !

Moi, t'aimer ! Oui, jaime ta galette !

Adorer ta gueule! Ah ! non ! mon œil !

D'abord je r'iuque une môme plus chouette, Pour qui j'casquerais avec orgueil, La fille du portier. Ah ! la gosse !

La blague pas, ou j'te crève, vois-tu.

Fous-moi le camp, bougre de rosse !

Ma femme jalouse! Ah ! Elle est bonne !

J'te défends d'chiner la vertu.

Mais c'que j'gobe l'autre, je vous dis que ça l Chaque fois que j'I'a touche, je frissonne.

Qui sait, j'ai peut-être quéque chose là.

Mais v'ia qu'en descendant mes étages, J'vois dans la loge, nom de Dieu!

Mon béguin, sur Tpieu, sans corsage, Qui s'faisait peloter par un vieux.

Ah l le cochon ! Et c'te momaque Qui s'fait troncher sans souci !

Mais je vois bien : IVieux y casque

Y a donc que des putains ici ?

A c't'âge-là, faut déjà qu'ça sVende !

Avec des yeux si bleus, si doux, Faut encore que ça prêle sa viande !

Sans doute pour acheter quéque bijoux.

Ah ! C'est du propre ! C'est ça la vie !

Y a qu'des salopes, partout, partout.

Moi qui me sentais l'âme ravie.

J'ai plus à c't'heure que du dégoût.

J'i^ntrai alors dans ma cambuse.

Presque pleurant. Oui, j'ai pleuré Comme un crétin, comme une buse.

En r' voyant son visage adoré.

Et l'soir, quand ma bergère

A rappliqué, ah ! j'y en ai foutu

Sur la gueule, sur rvcntre, dans le derrière!

Nom de Dieu !, c'que j'ai cogné dessus !

En voici une autre du même genre, presque sur le même sujet, et que récite un poète du même acabit. Ça s'appelle : Lamentations d'un saltimbanque. Je la reproduis telle qu'elle m'a été remise par Fauteur et j'en respecte scrupuleusement Tortographe.

Ma femme as sa cassée la pomme En esseyant eul'l'grand écart ; Ça m'a fait beaucoup d'peine, car Elle turbinait tout comm'un homme.

Ma sœui% Olimphe la disloquée, Airsa fait ramassée l'atit'soir Qu'ell'faisait l'truc ed'siis Ttrotoir.

Jla r'çrette pas, c'était une toquée.

Et sa p'tit'niomme à St-Lazare ; Aira pas pu s'tircr des pieds , Du bois d'Vincennes où, choses bizarres, Eirtaillait des barbes aux troupiers.

Mon frère, l'hercule de la montagne, Qu'avait un passé plein d'honneur, D'puis l'an dernier il est au bagne Pour détournement ed' mineur.

Eh son p'tit gosse, ePclown, Emile, Un agent d'mœurs Tarquepinça Entrain ed'joué a j'tape dans l'mille Avec un vieux qu'aime ce jeu là.

Mais tout ça j'm'en fous : c'est pleuré ; Y a plus qu'une chose qui m'navre :

C'est qu'mon fils, l'ainé, Gustave, C'te vache là, y s'est fait curé.

Je laisse de côté dans cette étude la question morale, me plaçant simplement au point de vue psychiatrique. Pourtant on me permettra au moins de m'étonner que de pareilles productions soient dites dans des établissements publics, mal fréquentés, il est vrai, succursales de bordels, refuges des filles et des souteneurs, il est vrai encore; mais ces établissements n'en sont pas moins publics, tout le monde peut y entrer et bien des bourgeois et des bourgeoises viennent y chercher des sensations nouvelles. On laisse

même vendre ces productions dans la salle par les auteurs. On y entend tous les soirs le poète glapir d'une voix de rogôme : « Cinquante centimes le maquereau amoureux. Achetez-le, mesdames ! c'est un joli cadeau à faire à un enfant pour sa première communion ! » (sic).

Je remarque seulement. Je n'apprécie pas.

J'espère que d'autres apprécieront. C'est pour cela que je me suis résigné à reproduire ces poésies ordurières qui n'ont rien de commun avec Tart même le plus réaliste.

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