POÉSIE HUMORISTIQUE
poète lui-même qui s'introduit dans son sujet, sa tâche consiste principalement à refouler tout ce qui tend à obtenir ou paraît avoir une valeur indépendante et une forme fixe dans le monde extérieur, à l'éclipser et Teffacer par la puissance de ses idées propres, par des éclairs d'imagination et des conceptions frappantes. Par là, le caractère indépendant de l'idée, l'accord nécessaire de la forme et de l'idée, qui dérive de la nature de ridée même, sont anéantis, et la représentation n'est plus qu'un jeu de l'imagination, qui combine à son gré les objets, altère et bouleverse leurs rapports, un dévergondage de l'esprit qui s'agite en tous sens et se met à la torture pour trouver des conceptions extraordinaires auxquelles l'auteur se laisse aller et sacrifie son sujet. L'illusion naturelle en ceci est de s'imaginer qu'il est très-facile de faire des plaisanteries et des jeux d'esprit ^ur soi-même et sur tout ce qui se présente, et il n'est pas rare que le lecteur se laisse séduire en effet par la forme humoristique. Mais il arrive souvent aussi que l'humour est fade et insignifiant, lorsque le poète se laisse aller au caprice de ses idées et à des plaisanteries qui se succèdent sans suite ni liaison, et où les objets les plus hétérogènes sont rapprochés avec une bizarrerie calculée pour produire de l'effet. Plusieurs nations sont indulgentes pour cette espèce d'humour; d'autres sont plus sévères. Chez les Français, en général, le genre humoristique fait peu fortune. Chez nous, il réussit davantage ; nous sommes plus tolérants contre ce qui s'écarte du vrai. Ainsi, Jean-Paul, par exemple, est un humo-
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riste très-goûté, et cependant plus que tous les autres il cherche à produire de l'effet par des rapprochements bizarres entre les objets les plus éloignés. Il sème au hasard, il entasse pèle-méle des idées qui n*ont de rapport que dans son imagination. Le fond du récit et la marche des événements est ce qu'il y a de moins intéressant dans ses romans ; la chose principale, ce sont toujours les traits et les saillies dont ils sont parsemés. Le sujet n'est qu'une occasion pour l'auteur de déployer sa verve humoristique et de faire briller son esprit. Mais une pareille suite de conceptions, enfantées par le caprice, fatigue bientôt, surtout si nous essayons de pénétrer avec nos propres idées dans ces combinaisons presque indéchiffrables qui se^sont accidentellement offertes à l'esprit du poète. Chez Jean-Paul en particulier, les métaphores, les saillies, les plaisanteries s'entre-choquent et se détruisent ; c'est une explosion continuelle dont on est ébloui. Mais ce qui doit se détruire doit auparavant s'être développé et avoir été préparé. D'un autre côté, l'humour, lorsque le poète manque de fond et n'est pas inspiré par une connaissance profonde de la réalité, tombe facilement dans le sentimental et la fausse sensibilité, ce dont Jean-Paul fournit également l'exemple.
Le véritable humour qui veut se tenir éloigné de cette excroissance de Fart, doit, par conséquent, joindre à une grande richesse d'imagination beaucoup de sens et de profondeur d'esprit, afin de développer ce qui parait purement arbitraire, comme réellement plein de