MONSIEUR
Au cours de votre récente Présidence du Conseil qui a élé si profitable au parti républicain dont vous { vous élies donné pour tâche de faire disparaitre les À divisions, vous avez signalé votre passage au Minis- | tère des afluires étrangères par une réforme consi- L, dérable et dont personne ne me semble encore avoir WE senti toute l'importance.
: En établissant effectivement, par vos décrets des À mois de Janvier, février et mars 1856, que chacune (des contrées soumises à la protection de la France devait être pourvue d'une organisation et d'un ré-
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gime administratif qui lui fussent appropriés, quind bien méme cette organisation et ce régime dussent étre sans le moindre rapport avec ceux de la Métropole, vous avez introduit dans notre mécanisme gouvernemental une innovation d'un caractère organique, capital et qui est appelée, j'en suis convaincu, à avoir les plus heureuses conséquences pour la pr'ospérité coloniale de notre pays.
Il n'est pas douteux pour moi, Monsieur, que la saine raison et une connaissance approfondie des choses vous ont inspiré en celte circonstance, et que vous avez compris que de moment élait enfin venu de rompre avec des principes jugés de tous les bons esprits comme aussi funestes à la Métropole qu'aux pays coloniaux eu.r-mêmes.
Cependant, si, par fortune, les derniers incidents parlementaires vous laissaient le loisir de jeter les yeux sur l'étude suivante relative à la politique coloniale sous l'ancien régime, et que j'ai pris la liberté de vous dédier, peut-être éprouveriez-vous une certaine surprise en constalant que, dans la réforme que vous avez opérée, vous avez été guidé par des idées absolument identiques à celles du gouvernement de la France d'avant la Révolution.
En malière coloniale, en effet, ce qui caractérisa l'ancien régime, ce fut deux préoccupations dont il ne parait jamais avoir été abandonné : la première, que les colonies ne fussent en aucun cas une charge quelconque pour la mère patrie, et la seconde que
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celle-ci eût toujours, au contraire, dans ses possessions exotiques autant de sources d'avantages et de revenus .
A moins d'être aveugle, il est bien certain, Monsieur, que ce sont à ces mêmes préoccupalions que vous avez cherché à donner satisfaction avec votre système touchant l'organisation et l'administration des pays de protectorats.
Mais ce qui vous semblera probablement encore plus singulier, si vous voulez bien feuilleter les documents sur lesquels je me suis appuyé pour cel ouvrage, ce sera de reconnaitre que ce système présente, en dernière analyse, les plus étroits liens de parenté avec la façon dont l'ancien régime entendit constamment l'organisation ct l'administration des colonies.
Or cela seul, Monsieur, me donne le droit de vous prédire que l'expérience sera des plus favorables à votre réforme.
Car, S'il est une chose qu'il n'est pas permis
à d'ignorer, c'est qu'en fait de fondation de colonies,
. l'ancien régime était réellement passé maitre. On en
a du reste la preuve dans les résullats vraiment ecr-
… lraordinaires auxquels il arriva sous ce rapport,
résultats, en effet, dont il n'y a pas de partie du globe qui n'offre aujourd'hui encore des vestiges
} plus ou moins importants.
En terminant, permetles-moi de former le vœu que tous ceux qui vous succéderont au quai d'Orsay
respectent religieusement votre réforme et, s'ils venaient à toucher au système des protectorats dont vous éles l'auteur, que ce ne soil jamais qu'en vue de lui apporter tous les développements que le cours des choses et la pratique leur auront fait juger nécessair'es.
Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance des sentiments les plus respectueux et les plus dévoués de votre trés obéissant serviteur,
Louis PAU LIAT,
Paris, le 11 janvier 1887,
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