‹ La politique coloniale sous l'ancien régime [microforme]Chapitre 29 sur 126 · APPUI CHERCHÉ PAR LOUIS XIII AUPRÈS DU PAPE · texte numérisé non relu

APPUI CHERCHÉ PAR LOUIS XIII AUPRÈS DU PAPE

pape, elles n'en avaient pas moins été introduites dans les chartes dans un but également politique.

Ces clauses, en effet, visaient les protestants dont le roi ne voulait à aucun prix aux colonies; et cela dans la crainte, justifiée par de trop nombreux traits. qu'en raison de leurs affinités religieuses avec les Anglais et les Hollandais, nos mortels ennemis sur mer, ils ne fussent entraînés à nous trahir à leur profit.

Il nous est mpossible, faute de preuves, de savoir si oui ou non la France eut jamais à retirer quelque avantage de la politique que Richelieu crut bon de suivre avec la papauté à propos de nos colonies. Quand on considère cependant qu’en 1632 et 1634 les Espagnols ravageaient encore tous ceux de nos établissements du nouveau moude qui n'étaient pas en sérieux état de défense, on est obligé de convenir que, de 1626 à 1628, époque où Louis XIII et Richelieu accordèrent leur première série de chartes, dont toutes celles qui suivirent, même sous Louis XIV, ne furent que la reproduction, — on est obligé de convenir, disons-nous, que toutes nos tentatives de colonisation au delà de l'Atlantique devaient être regardées alors comme étant, au vu et su de tout le monde, soumises aux plus grandes difficultés.

Non seulement, en effet, les terres où nous pouvions

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avoir l'idée de nous établir étaient en grande partie à découvrir et à explorer; non seulement il nous fallait, pour nous y installer, nous imposer aux indi- “ones ; mais le soin de notre sécurité nous commandait en outre de nous y retrancher fortement, puisque à chaque instant des escadres espagnoles pouvaient venir nous y attaquer, EL nous ne parlons point des dangers qu'à l'aller comme au retour nos navires couraient de tomber sous les coups de ces mêmes cescadres, lesquelles dans ce temps-là, comme on sait, passaient à juste titre pour les plus aguerries et les plus puissantes du monde civilisé.

Si nous résumons done ce qui vient d'être dit, afin de revenir à notre point de départ, dont lobjet était d’avoir une première base de comparaison entre l'ancien régime et le xix° siècle, — après les détails dans lesquels nous venons d'entrer, 1} ne saurait subsister l’ombre d’un doute sur ce fait: qu’au xvie siècle, lorsque l’ancien régime voulut acquérir des colonies dans les Indes occidentales, il se trouva dans des conditions cent fois moins favorables que celles où nous avons été nous-mêmes, lorsqu'il s'est agi pour nous de nous emparer de PAlgérie, de la Cochinchine, du Sénégal où du Tonquin. Car non seulement, avec ces pays, nous n'avons pas eu à aller à laventure et nous savions où nous allions,

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non seulement encore pour les réduire nous possé-

dions des moyens d'action de beaucoup supérieurs

à ceux dont disposaient leurs défenseurs; mais ce

qui est peut-être encore plus décisif, c'est que nous n'avons eu affaire chez eux qu'aux indigènes seuls, sans que la nation la plus forte de l'Europe se déclaràt contre nous, comme au xvr® siècle, et fut prête à nous en disputer la possession.

Si l'on tient à savoir combien l'opposition de l'Espagne devait être alors dangereuse, il n'y a qu'à s'imaginer les difficultés et les obstacles que nous aurions eu à surmonter, si, au xix° siècle, pour l'acquisition de nos colonies, il nous avait fallu lutter directement contre l'Allemagne ou les Anglais.

Étant donné les conditions dans lesquelles se trouva Louis XI, il est elair, S'il avait été imbu de nos idées, qu'il se serait conduit comme nous l'avons fait nous-mêmes, pour se créer des colonies, — Tout aurait été fait aux frais de l'Etatet par l'État lui-même, — Lui, au contraire, partit de ce principe que l'État ne devait rien dépenser et que tout devait être fai! avec les deniers et par l'initiative des particuliers, le gouvernement ne devant intervenir que pour donner des encouragements,

A présent que nous avons mis en lumière les conditions ans lesquelles, au xvuf siècle, notre pays était placé pour se créer des colonies, nous pouvons

aborder délibérément notre sujet.

Etant donc donné que Louis XIE, car il va être

question ici des principes de politique coloniale inaugurés Sous son règne et que ses successeurs ont

adopte ur ainsi dire sans le moindre changement

1. On s'en surera en parcourant, dans notre 3° partie, la Nolice n° 3, pages 184-255, où nous avons reproduit une série le chartes allant de 1626 à 1717.

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