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a voulu, dans ces derniers temps, faire le silence. Quelc[ues faits singuliers sont à ma connaissance personnelle; des hommes voulaient parler, qu'on a essayé de détourner de ce dessein, ou bien à qui Ton a interdit la parole, quand on a cru pouvoir le faire. Un homme poUlique turc a été menacé d'expulsion, quelques jours après son arrivée en France, pour la raison que ce nos relations avec le gouvernement de S. M. Ottomane »
ne nous permettent pas de laisser attaquer ce gouvernement. Et ce Turc a exprimé son étonnement d'entendre une pareille déclaration « dans la capitale de la démocratie française ». Officiellement, dans une des plus grandes villes de France, on a fait taire un homme considérable qui, arrivant d'Orient, voulait raconter ce qu'il avait vu de ses yeux, et déplorer la diminution de notre crédit et de notre honneur en ces pays. Le mot a conspiration du silence » a été prononcé, il y a quelques jours, par M. Albert Vandal, devant un auditoire qui l'applaudissait à outrance, et paraissait étonné
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et ravi d'entendre parler librement d'un sujet dont la gravité commence à être comprise par tout le monde.
Ainsi, de quelque côté qu'on se tourne, on retrouve la même consigne, le même geste, celui du doigt sur la bouche : Chut !
Voilà, pour revenir à notre propos, une mauvaise méthode, dangereuse, et qui aggrave l'anomalie dont je parlais. J'y veux insister encore : dès qu'il n'y a pas d'opinion publique en politique étrangère, pas de courant national, pas de politique nationale avérée, un pouvoir énorme est conféré à un ministère, et, dans ce ministère, à un ministre. Je ne sais pas dans quelle mesure un ministre des Affaires étrangères communique avec ses collègues et avec M. le Président de la République. J'ai seulement entendu dire que M. Casimir- Perier était réduit à apprendre la politique étrangère dans les journaux, ce qui supposerait qu'il n'en savait pas grand chose par le ministre, ni par les délibérations du Conseil des
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ministres. Dès lors, comme le ministre des Affaires étrangères ne s'explique guère devant notre parlement si discret, il peut suivre ses idées personnelles. J*ai "entendu des ministres des Affaires étrangères se servir du terme ce nia politique )), et comme je pensais, en entendant ce mot, que les ministres se succédèrent nombreux au quai d'Orsay, depuis un quart de siècle, je ne pus, chaque fois, m'empêcher de me demander comment notre politique a été conduite, si chacun d'eux a eu « sa » politique.
Réfléchissons bien ici : la chose en vaut la peine. Lorsqu'il s'agit de constituer un cabinet et de rédiger la ce déclaration », la politique étrangère ne tient guère de place dans ces opérations. On est quitte sur ce sujet tout de suite, grâce à la formule : maintenir la paix. Et le minisire a carte blanche. Est-ce qu'à la réflexion cela ne donne pas le vertige ? Et ne voilà-t-il pas une étrange abdication de tous ?
Or notre pays a le choix entre des politiques très différentes, et il sentira bien un jour la