I. Livre Bleix, 1896, VI, p
organes de la presse européenne, se laissant induire en erreur par des suggestions malveillantes, publient des nouvelles imaginaires et contraires à la vérité.
Le Sultan croyait, par ces manœuvres, empêcher Faccord anglo-franco-russe et éviter la commission internationale. Il est à noter qu'après avoir promis, puisrefusé, puis ajourné l'envoi d'une commission turque, il avait nommé cette commission sur la menace, faite par l'ambassadeur anglais, d'envoyer en Arménie son attaché militaire. Puis le départ de cette commission avait été retardé jusqu'au jour où l'ambassadeur alla proposer à ses collègues de France et de Russie l'adjonclion de délégués européens. Aussitôt la commission turque est en route. L'Angleterre demande que les consuls d'Erzeroum la joignent au passage et l'accompagnent à Mouch, son siège désigné: par l'influence que leur donnent leur titre, leur âge et leurs fonctions, par les moyens que mettent à leur service l'habitude du pays, la compagnie de leurs drogmans et leurs relations personnelles, les consuls pourraient opérer vite et bien. La Russie objecte que son consul est vieux et qu'il vaut mieux pour les trois puissances ne pas prendre en main,
mais seulement surveiller, Fenquête ; au lieu de consuls, elle propose de n'envoyer q[ue des délégués: elle offre le secrétaire de son consulat à Erzeroum, et la France appuie celte proposition. L'Angleterre cède et les délégués nommés reçoivent leurs instructions.
On est à la fin de décembre 1894. La Commission turque, depuis un mois sur les lieux, a pu préparer les voies et remplir les intentions du Maître qui l'a chargée, par le décret de nomination, d'une enquête « sur la conduite criminelle des brigands arméniens S), et qui, d'avance, a envoyé des décorations aux auteurs du massacre.
Les délégués européens arrivent à Mouch en janvier 1896 et y restent six mois. Les difficultés, qu'avait prévues l'Angleterre et que n'auraient pas rencontrées les consuls, se présentent bientôt. Sans drogmans, ils sont à la merci des interprètes officiels : l'ambassadeur anglais leur fait envoyer, presque de force, un drogman. Sans titres bien définis, ils sont molestés par les autorités, qui les accusent presque de trahison et d'excitations à la révolte, et qui finissent par violer leur domi-