‹ La politique expérimentale (volume 2)Chapitre 26 sur 146 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'expérimentation, telle que CLAUDE BERNARD l'eXPOSE POUR LA PHYSIOLOGIE, EST UN ÉLÉMENT INDISPENSABLE DE LA MÉ- THODE A SUIVRE EN POLITIQUE.

Dans un ouvrage qui porte l'empreinte du génie (1), Claude Bernard trace les règles de la méthode qui convient aux sciences biologiques. Il le fait avec une ampleur et une élévation de vues qui ne sont égalées que par la précision et la pureté de son langage. Les principes qu'il pose sont regardés par lui comme le fondement essentiel des études médicales. Il les présente sous mille aspects divers; il y revient dans tous ses livres, ne croyant jamais avoir insisté suffisamment sur des vérités trop méconnues. Hors des règles qu'il indique, aucun progrès, suivant lui, n'est possible, et il est bon juge. On ne peut lui reprocher, comme il le fait à l'égard de Bacon, avec une sévérité ex-? cessive, que sa méthode ne lui a servi de rien, qu'elle est demeurée stérile entre ses mains. Claude Bernard a tous les droits à recommander les procédés qu'il décrit avec un talent si magistral; car ces procédés lont conduit à des découvertes importantes, et, chose bien rare, ces découvertes sont entrées de piano dans le temple de la science ; leur valeur n'a jamais été sérieusement contestée.

Résumons en peu de mots, d'après l'auteur, l'esprit et les caractères de la méthode.

(1) IniroducHon à V élude de la médecine expérimentale»

Tout phénomène a une cause, une cause naturelle. Si cette cause cesse d'agir, le phénomène disparaît; si elle revient, le phénomène se reproduit nécessairement. Dans des conditions identiques le phénomène est identique; quand les conditions changent, le phénomène change aussi. G*est ce que Claude Bernard appelle le déterminisme des phénomènes.

La relation déterminée entre deux phénomènes est une loi naturelle. Cette loi est complète quand elle fixe numériquement les relations d'intensité entre l'effet et la caûse^ comme, par exemple, la loi de la pesanteur qui indique que les espaces, parcourus par un corps tombant libre* ment dans le vide, sont proportionnels aux carrés des temps écoulés depuis le commencement de la chute. Plus les phénomènes sont complexes, plus de telles équations sont difficiles à établir; Tétude qualitative des phénomènes précède ordinairement leur étude quantitative»

La connaissance des lois naturelles est le but que se proposent les diverses sciences. Le vrai savant sait que les causes premières, ainsi que la réalité objective des choses, lui seront à jamais cachées, et il ne cherche à connaître que des relations.

Pour parvenir à cette connaissance, le savant doit avoir l'esprit douteur. Il doit douter de lui-même et de ses interprétations ; il ne doit considérer les principes desquels il part, de même que les conclusions auxquelles il arrive, que comme des vérités relatives. Il doit être prêt à renoncer à toute idée préconçue, si le résultat de ses recherches lui est contraire. Son esprit doit être passif en face de la nature ; il ne doit conserver inébranlable qu'une seule conviction, c'est le déterminisme des phénomènes.

Préparé par cette disposition salutaire^ le savant observe les faits. L'observation suffit à l'astronome, les phéno-

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