LES PROORÈS PARTIELS. SOS
opposé au rivage, et par conséquent à Tabri des loups, la seule ouverture donnant accès au dehors.
Combien de hordes sauvages ne nous offrent pas l'équivalent de ces cités lacustres construites avec tant d'intelligence, de prévoyance et de tact par de simples rongeurs! Il en est ainsi pour les Boschimans « errant en familles, en petits groupes, en troupeaux humains dans les forêts et les steppes de l'Afrique australe. Sans agriculture, sans animaux domestiques, ils vivent de chasse ou de maraude, croquant au besoin des racines, des larves de fourmis» des sauterelles, gîtant dans des grottes naturelles ou dans des trous creusés en terre (1). »
« A la Nouvelle-Calédonie, les relations sexuelles sont curieuses par leur brutalité même. Elles n'ont guère lieu la nuit, car les hommes et les femmes dorment dans des cases distinctes. C'est d'ordinaire le jour, dans les fourrés, que rhomme et la femme s'unissent, more caninOy comme disent les théologiens. Selon 0. Beccari, des coutumes analogues existent aussi chez les Papous de la Nouvelle- Guinée (2). »
Dans la Nouvelle-Guinée, les amours des oiseaux sont plus touchantes que celles des hommes. UAmblyomis inomata est un passereau de la taille d'un merle, portant, comme l'indique son nom latin, une livrée modeste, de couleur brune. D'après ce que Beccari a vu de ses propres yeux et ce que lui ont raconté les indigènes, l'amblyornis choisit, quand le besoin génésique se fait sentir, une petite clairière, au sol parfaitement uni, au centre de laquelle s'élève un arbrisseau de 1"',20 de hauteur environ. Autour de cet arbrisseau, qui servira d'axe à l'édifice, et de manière à en masquer la base, l'oiseau entasse une
(1] Ch. Letournbau, la Sociologie, p. 435, (2) Ibid., p. 315.
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certaine quantité de mousse, puis il enfonce dans le sol, en les inclinant, des rameaux empruntés à une plante qui vit en parasite sur les branches. Ces rameaux, qui continuent à végéter et qui gardent leur verdure pendant assez longtemps, sont assez rapprochés l'un de Tautre pour former les parois d'une hutte conique, dont les dimensions peuvent être évaluées à 50 centimètres de hauteur sur i mètre de diamètre. Sur un côté ils s'écartent légèrement pour former une ouverture donnant accès dans la cabane; en avant de cette porte s'étend une belle pelouse faite de mousse soigneusement rapportée. Les éléments de cette pelouse, Toiseau va les chercher touffe par touffe à une certaine distance, et il les débarrasse avec son bec de toute pierre, de tout morceau de bois, de toute herbe étrangère qui en altérerait la netteté. Puis, sur ce tapis de verdure^ Tambl^fornis sème des fruits violets de gaiH:inia et des fleurs de v<icciniumy qu'il va cueillir aux environs et qu'il renouvelle aussitôt qu^ils sont flétris. En un mot, il dessine devant sa cabane un véritable parterre et Tentretient avec un zèle qui justifie le nom de tukankoban (oiseau jardinier), donné à l'amblyornis par les chasseurs malais (i).
Mais c'est tout simplement de l'instinct, me dira-t-on, en employant un de ces mots trompeurs qu'on répète d'autant plus volontiers que le sens en reste plus obscur. Quels rapports les instincts des animaux ont-ils avec la direction des sociétés humaines? « L'instinct, ajoutent les amateurs d'explications faciles, est un don primordial des espèces animales, tandis qu'un don plus élevé, Tintelligence, a été départi à l'homme. Les animaux agissent en
(1) M. J. OiisiKLE^T^V Architecture dM oiseaux. Conférence faite à la Sorbonne le 10 mars 1888.