L*EXPÉRIMENTATION SCIENTIFIQUE
mènes célestes étant les plus simples de ceux qui se présentent à notre vue (1). D^ailleurs, nous ne pouvons que les observer ; il nous serait impossible d'agir sur eux. Le physicien^ le chimiste, le biologiste peuvent, au contraire, faire varier par des expériences les phénomènes qu'ils étudient.
C'est Y expérimentation qui complète la méthode scien* ti&que. Elle est d'autant plus nécessaire que les sciences sont plus compliquées, que l'observation y présente des difficultés plus grandes. Le savant complet ne sépare pas l'observation de la pratique expérimentale.
i^ 11 constate Un fait, c'est l'observation.
2® A propos de ce fait, une idée naît dans son esprit ; c'est l'hypothèse.
3^ En vue de cette idée, il combine et réalise les condi* tiens nécessaires à la production du fait observé ; c'est l'expérience, c'est-à-dire la vérification de Thypothcse.
4** De cette expérience résultent de nouveaux phénomènes qu'il faut observer.
L'expérience n'est qu'une observation provoquée et servant de contrôle à l'observation déjà faite. Elle est indispensable à toutes les sciences actives (l'astronomie, la géologie ne sont que des sciences passives^ ; elle nous fournit le seul critérium que nous possédions de la vérité.
a La méthode expérimentale, dit Claude Bernard, n'est point primitive et naturelle à l'homme ; ce n'est qu'après avoir erré longtemps dans les discussions théologiques et scolastiques qu'il a fini par reconnaître la stérilité de ses
(1] Ces phénomèoes se réduisent à des circonstaoces de nombre, d'étendue et de mouvement; le son, la chaleur, la lumière, Téleotricité, les affinités chimiques n*ont rien à y voir. L astronomie physique, qui se propose des recherches plus complexes, en est à sa naissance.
efforts dans cette voie. L'homme s* aperçut alors qu^il ne peut dicter de lois à la nature, parce qu'il ne possède pa» en lui-même ia connaissance et le critérium des chose» extérieures, et il comprit que, pour arriver à la vérité, il doit, au contraire, étudier les lois naturelles et soumettre ses idées à Texpérience, c'est-à-dire au critérium de» faits (1). »
11 peut arriver que le savant n'ait aucune observation pour le diriger dans ses recherches. Eki ce cas, il institue une expérience, en vue de provoquer une première obser-
(1) tt II y a trois classes d'hommes. Les uns vont de Vidée au fait; ce sont les platonidtns. Ils subordonnent les faits à l'idée; ils cherchent la conûrmation de leurs idées, prennent ce qui les confirme, négligent ce qui leur est opposé. Ces hommes sont très nombreux. — D'autres hommes sont ariitotélicims. Ils vont du fait ou de l'observation à l'idée; mais ils dépassent ordinairement le: fait d'observation; ils en tirent des conclusions ou des conséquences inexactes, par le raisonnement post hoc, êrgo propter hoc. Les platoniciens et les aristotéliciens sont donc exposés à Terreur, et ils y tombent presque inévitablement. — La troisième classe d'hommes^ qui sont rares et dont je vise.ii augmenter le nombre, ce sont ceux qui, allant tantôt de Tidée au fait, tantôt du fait à Tidée, ne cherchent qu'une chose : lier, cimenter le fait et Tidée d'une manière indissoluble par le déterminisme rigoureux et par une critique de toutes les causes d'erreur qu'il s'agit d'éliminer. Cest ce déterminisme scientifique qui constitue toute une philosophie scientifique. Les savants [qui sont platoniciens ou aristotéliciens ont toujours besoin d'une théorie à priori ou à posteriori. Moi, je n'en ai pas besoin; je me repose sur la doctrine de la nécessité du lien entre le fait et Tidée, entre le phénomène et ses conditions. Ce lien, qui n'est que le rapport, est absolu (le relatif seul est absolu), et c'est cet absolu qu'il faut trouver, parce qu'il nous donne la connaissance certaine et les moyens d'action sur les phénomènes. Il n'y a pas de cause immédiate des phénomènes, car il n'y a que des transformations, des apparitions de phénomènes dans des conditions déterminées. » (Claude Bernard, notes inédiUi communiquées par M. d'Ârsonval, professeur suppléant au Collège de France.)