‹ La politique expérimentaleChapitre 31 sur 122 · LA MÉTHODE ET LA DÉMOCRATIE. 8 S · texte numérisé non relu

LA MÉTHODE ET LA DÉMOCRATIE. 8 S

velles sur lesquelles nous glissons diaprés lui, et il conclut en ces termes : « Ghers citoyens, puisque tous devez vous arrêter un jour^ croyez-moi, prenez votre courage à deux mains, et arrêtez-vous tout de suite. »

M. Jules Simon se trompe ; il prend ses désirs pour des réalités. On n'arrête pas la marche d'un peuple; il est sans exemple dans l'histoire des nations civilisées que cette marche ait été arrêtée jamais. Il convient de la hâter, au contraire, en la rendant plus facile et plus douce ; on évite les brusques secousses, les cahots durs, les retours en arrière, non en barrant la route, mais en l'aplanissant et en en jalonnant le tracé.

Gomment M. Jules Simon peut-il croire que tout est fini, que nous possédons les institutions essentielles à l'ordre nouveau qui se manifeste partout avec une force irrésistible?

Get ordre nouveau, c'est la démocratie. « La démocratie, dit M. Schérer, est le résultat d'un développement naturel des sociétés ; elle est un fait, un fait inéluctable, et il est, par conséquent, indigne d'un homme sérieux, quelque sentiment que la démocratie lui inspire, de se flatter qu'on en puisse venir à bout (1).

La démocratie force des citadelles qu'on lui croyait à jamais fermées. G*est ainsi qu'elle réalise chaque jour en Angleterre de nouveaux progrès. Des tories démocrates,

(1) La Démocratie et la France, par E. Schérer, sénateur^ p. 5.

Chateaubriand écrivait dans iea Mémoires Soutre^tombe : « L'Europe court à la démocratie. La France est-elle autre chose qu'une république entravée d'un roi? Les peuples grandis sont hors de page; les princes en ont eu la garde- noble; aujourd'hui les nations arrivées à leur majorité prétendent n'avoir plus besoin de tuteurs. Depuis David jusqu'à notre temps, les rois ont été appelés; les nar lions semblent l'être h leur tour. »

hi APPLICATION DE LA MÉTHODE.

comme lord Randolph Churchill, y prétendent que la reine et la Chambre des lords n'ont d'autre mission que d'enregistrer les vœux du peuple. L'Eglise anglicane s'enrôle,, elle aussi, sous la nouvelle bannière. Quelques-uns de ses membres vont même plus loin qu'on ne les pourrait suivre.

L'éloquent vicaire de Granborough, M. Stubbs, a pro* nonce devant les universités d'Oxford et de Cambridge des^ discours dans lesquels il proclame « que l'égalité politique entraine progressivement l'abolition graduelle des inégalités sociales, que l'Eglise est appelée à soutenir le peupU^

dans ses revendications, que^ tout en reconnaissant

le principe de la propriété individuelle, elle en subordonne l'application à un principe plus élevé qui est le bien-être commun delà famille humaine; qu'il faut réaliser dans la morale le royaume de Dieu ; que le partage des produtts^ du travail, au lieu de dépendre des hasards de la naissance, doit se faire d'un commun accord selon les règles que prescrit l'équité, que le riche qui ne travaille pas, n'a pas le droit de manger (i), »

L'ordre nouveau qui s'impose, nous l'avons appelé le régime industriel {2). Qu'importe le nom d'ailleurs ? C'est aussi l'expression qu'emploie toujours Herbert Spencer. Il constate que partout le régime industriel se substitue peu à peu au régime militaire : celui-ci est caractérisé par le décret ; celui-là par le contrat. En donnant au mot de coopération sa signification la plus large, on peut dire que ce dernier régime est le système de la coopération forcée^ tandis que le premier est le système de la coopération vo-

(1) ChriiC and democracffy by Ch« Will. Stubbs, vicar of Granborou^, London, 1884, eité par M. G. Walbert {Revue dee dmta^ nuMée$,i*^ septembre 1884).

(3) Lois et mceurs républicainei.

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