Ici., ici., César Berthicr à Ali-pacha, 24 février
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l’exportation des denrées de l’Albanie pour les Iles ; il avait •envoyé un agent à Malte auprès des Anglais. Tout cela étail d’autant plus grave que cela concordait avec l’attentat d’Antivari et paraissait indiquer un système concerté entre quelques autorités ottomanes1.
Ces réclamations du gouvernement français, le passage des officiers français à Antivari, l’arrivée de l’amiral Gantheaume à Corfou, la confusion que quelques-uns faisaient du général César Berthier avec son frère Alexandre Berthier, le chef de l’état-major de Napoléon, et la croyance ainsi fortifiée que l’Empereur préparait à Corfou une grande opération militaire, enfin les ambitions des pachas d’ Vlbanie intéressées à la diffusion de ces bruits vrais et faux, tout cela ■entretenait dans ces régions une continuelle et très vive émotion contre les Français. Des bouches du Danube aux Sepl- I les, les Turcs se croyaient et se sentaient enserrés dans le cercle d’une gigantesque entreprise franco-russe et se débattaient contre une invasion suprême qu’ils croyaient prochaine.
Ali-pacha, particulièrement inquiet parce qu’il voyait ses propres desseins noyés dans des conceptions plus grandioses, entretenait contre le gouvernement français un vaste système d’intrigues et de mensonges. Cela résulte d’un mémoire de Julien Bessières, commissaire impérial dans les îles Ioniennes2. Ali fait venir de Malte un graveur anglais pour contrefaire le sceau du ministère français des relations extérieures et la griffe de M. de Champagny, le sceau de l’ambassadeur de France à Constantinople, celui de Marmont avec sa griffe, le sceau et une grille du général Donzelot, nommé gouverneur des îles Ioniennes en remplacement de César Berthier, le sceau des consuls de France à Scutari, à Janina. 11 envoie ces sceaux aux pachas voisins pour qu'ils puissent violer le secret des correspondances françaises ; si ces correspondances ne sont pas suffisamment intéressantes,
1. AIT. étr. Corr. de Turquie, Champagny à Mubib-efl’endi, copie dans une dépêche de Champagny, 11 mai 1808, de Bayonne.
2. A(T. étr. Turquie, Mémoires et Documents, i8oo-i8i3, Mémoire de Julien Bessicrcs, daté de Corfou, 20 septembre 1808, fos 2/19-274.
il on fabrique d’autres, y expose tout au long les projets prétendus d’un prochain partage de l’empire ottoman entre la France et la Russie, les expédie sous les sceaux français au divan de Constantinople, aux chefs des janissaires. Il n’est pas surprenant que Sébastiani ail rencontré parfois des difficultés auprès delà Porte, surtout si l’on considère que les personnages qu’Ali trompait ne demandaient qu’à être trompés et prenaient soin de ne pas s’en apercevoir.
Dès le lendemain de Tilsit, le pacha avait congédié sans honneurs et dénués de tout les canonniers français que l’Empereur lui avait envoyés pour défendre son pachalik contre les Russes. Le consul de France fut entouré d’espions; ses dépêches furent interceptées et violées continuellement; il fut réduit à s’enfermer dans sa maison pour ne pas être insulté dans la rue. À l’arrivée des Français dans les Sepl-Iles, tous les ports de l’Albanie furent fermés.
Tout au contraire les meilleures relations s’établirent aussitôt entre le pacha et les Anglais. A la fin de 1807, Ali envoie à Malte un marchand, Janny de Calavrila, pour inviter les Anglais à former une entreprise contre les Sept-Iles. En janvier 1808, le major anglais Leke arrive en Albanie ; il a de nombreux entretiens avec le pacha et signe avec lui une convention d’alliance : l’Angleterre paiera à Ali la solde de 10000 Albanais, destinés à agir contre les des; après la conquête et l’expulsion des Français, Parga, Sainte-Maure et Ithaque appartiendront au « vizir » et il lui sera donné en outre un subside pour réunir les pachas de la Roumélie au parti de l’Angleterre et entraîner les ministres de la Porte dans une guerre contre la France. Le pacha se rend alors à Prevesa avec le major Leke ; des vaisseaux anglais y apportent des canons, des munitions, de l’argent. Leke s’embarque pour Malte (avril 1808).
Il revient en mai eL ne communique point au pacha de très bonnes nouvelles : l’Angleterre, occupée de mettre la Sicile en état de défense, ne peut en ce moment seconder les projets d’Ali sur les îles Ioniennes. Peut-être faut-il penser que l’Angleterre voulait bien inquiéter les Français îles Sept-Iles, les empêcher d’agir sur l’empire turc, et se
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servir pour cela d’Ali ; mais qu’il ne lui plaisait pas d’établir la domination d’Ali sur les îles ; elle préférait y préparer lentement sa propre installation. On sait qu’elle devait arriver à ses fins quelque temps après. Ali-pacha fut d’abord consterné de ce contretemps; il dut, malgré son impatience, remettre à plus tard la satisfaction de son ambition et se contenter de rendre aussi intenable que possible la situation des Français de Corfou ; les barques de ravitaillement qui allaient de la côte à l’ile furent sans cesse arrêtées et détruites ou livrées aux Vnglais, notamment un jour 4o à 5o barques chargées de vin. Des signaux le long des côtes, à coups de canon dans le jour, avec des feux la nuit, prévenaient les croisières anglaises du passage des barques. Du 20 juin au 6 juillet 1808, 427 bœufs destinés aux Français furent confisqués par le pacha et leurs conducteurs arrêtés ; cinq barcrues de bœufs furent coulées dans le golfe de la ô allona par des bâtiments anglais que les gens d’Ali avaient prévenus. Margariti, caporal dans les chasseurs septinsulaires, fut dans le même temps arrêté et emprisonné, parce que le pacha le soupçonnait d’avoir des lettres pour le consul de France.
Le consul réclama la liberté des prisonniers et notamment de Margariti. \li répondit « qu'il ne reconnaissait pas les habitants des Sept- 1 les pour les sujets de l’empereur des f rançais et qu’il prétendait les traiter en rayas toutes les fois que cela lui conviendrait ». Les Anglais descendaient presque chaque jour à Mética, village sur la côte près de Prevesa ; ils recevaient des habitants ou leur donnaient à leur lourdes repas abondants ; ils débarquaient de la poudre, des boulets, des canons. Le 6 juin, ils y débarquèrent neuf caisses pleines d’argent; le 16, la plus grande partie de ces sommes fut expédiée à Divan-effendi et Marin Oglou, agents d’Ali à Constantinople, pour être distribuée aux membres les plus influents du divan, aux principaux ministères de la Porte.
Ainsi Janina était devenue le centre de l’opposition aux desseins qu’on attribuait au gouvernement français ; Alipacha, soutenu par les Anglais, était le principal agent de
cette hostilité et son action s’étendait tout le long de la côte tle l’Epire et de l’Albanie jusqu’à Constantinople. Il dressait une barrière devant la politique de Napoléon.
De la Grèce à la Dalmatie toutes les provinces turques étaient troublées par les intrigues des ennemis de la Francé et les inquiétudes que causaient les projets de l’Empereur, d’autant plus redoutables qu’ils étaient inconnus. La petite république de Raguse était particulièrement agitée; elle ne cessait de protester contre l’occupation française, faisait appel à la suzeraineté ancienne du sultan ; ses habitants appelaient la France leur mauvais génie et demandaient à se faire Ottomans, même Musulmans'. Elle envoyait un député au pacha de Traunik, se plaignait vivement des Français qui avaient envahi son territoire, abattu les armes de saint Biaise, son vénéré patron, mis sous séquestre le trésor de la République, malgré le protectorat de la Porte1 2. Un sénateur de la petite République, Natali, porta ces réclamations jusqu’à Constantinople et y fut bien accueilli des ministres turcs. Mais Sébastiani exigea son arrestation, qui fut accordée3.
Toute la Bosnie, assiégée en quelque sorte par l’influence française, se croyait la première menacée d’une invasion de l’armée de Marmont et en était toute enfiévrée. Le consul français de Traunik, David, exprime cet état d’esprit dans des dépêches fréquentes et longues. La plupart sont intéressantes ; leur auteur y répète tout ce qu’il entend ; il n’y a pas certes à y ajouter toujours foi ; mais ce commérage est curieux par endroits ; il donne une idée de la situation morale des provinces qui se trouvaient au voisinage de l’empire français. Ecoutons-le un moment.
Le premier pacha de Traunik avec lequel David dès son arrivée se trouva en rapports, Krousseref-Méhémet, était un ami de la France, et il témoigna toujours au consul une franche amitié. Cela ne l’empêcha pas — car il semble bien qu’il était sincère — d’être étonné et mal satisfait de la conclusion de l’alliance franco-russe, et à cette occasion il laissait
1. Alt. ctr. Corr. de Turquie, Dépêche de David, Ier janvier 1808.