I. — Le secret de Napoléon
Napoléon fixa encore une fois la fortune par un grand coup d’épée. Il fit écraser assez facilement les « Vendées » de l'Allemagne, délivra la Bavière de l’invasion autrichienne par la campagne des cinq jours, fut un moment contenu à Essling par l’archiduc Charles, fut abandonné par les Russes, mais trancha le débat par l’éclatante victoire de Wagram.
Le traité de Vienne (i4 octobre 1809) fut encore marqué des préoccupations orientales de Napoléon. Non seulement il enleva à l’empereur d’Autriche la Galicie occidentale qui fut annexée au grand-duché , de Varsovie, Braunau, Salzbourg et le district de l’Inn qui furent donnés au roi de Bavière et par là englobés dans la Confédération du Rhin. Mais surtout il réunit directement à l’empire français toutes les provinces autrichiennes du sud-ouest, le cercle de Villach en Carinthie, toute la Carniole, Goeritz, le comté de Montefalcone, Trieste, Raguse, Fiumc, toute la Croatie civile et militaire ; tous ces pays formèrent avec la Dalmatie le gouvernement des Provinces Illyriennes.
Cela compensait, aux confins de l’empire ottoman, les avantages que la convention d’Erfurt avait assurés au gouvernement russe sur le Danube inférieur ; cela rétablissait l’équilibre balkanique entre la France et la Russie, d’autant mieux qu’à la même date les armées russes étaient tenues en échec devant les forteresses turques du Danube.
L’avenir paraissait donc de nouveau dégagé devant Napoléon ; Wagram pouvait être aussi riche qu’ Austerlitz en résultats. Pourtant l’empire napoléonien ne fit pas d’autres progrès vers l’est ; le traité de Vienne marque en ce sens son extrême extension. Aussi bien, que l’on jette un regard sur la carte politique de l’Europe à ce moment, le spectacle est imposant, surtout si l’on enferme dans une même limite tous les Etats directement ou indirectement soumis à la domination de Napoléon depuis le grand-duché de Varsovie et la Confédération du Rhin au nord jusqu’à l’Italie et aux provinces Illyriennes