‹ La Politique Orientale de NapoléonChapitre 48 sur 201 · I.ES ANGLAIS A ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

I.ES ANGLAIS A ALEXANDRIE

publique en Angleterre était très mécontente de l'affaire d’Egypte, de cette « parodie de la campagne de Bonaparte».

Les pourparlers engagés à Vlexandrie aboutirent vite. Le \\ septembre, la garnison anglaise fut embarquée. Le i5, avant son départ, l’amiral Hallowel eut une entrevue cordiale avec Méhémet, et les vaisseaux anglais firent voile au couchant. Le 16, le pacha fil dans Vlexandrie une entrée triomphale au bruit de l’artillerie des forts. Le succès était considérable pour lui ; il était désormais « intronisé dans la politique du monde1 ».

Napoléon eût pu fonder de grands desseins sur ces événements. Il y songea. Mais les révolutions de Constantinople et le traité de Tilsit compromirent l’influence française auprès de la Porte. D’ailleurs, Méhémet- \ I i eût peut-être été rebelle à l’intervention de la France comme à celle de l'Angleterre. La lutte de la France et de l’Angleterre fut détournée à l’ouest par les affaires d’Espagne.

Les Anglais demeurèrent les maîtres de la Méditerranée. Ils avaient en Sicile une sorte de quartier général de leurs forces • c'est là qu’ils avaient formé l’expédition de Constantinople, qu’ils avaient embarqué les troupes du général Fraser destinées à l’Egypte ; c’est de là qu’ils surveillaient toutes les côtes méridionales de l’empire napoléonien. Leurs vaisseaux évoluaient à l’aise de Gibraltar à Vlexandrie, paraissaient devant Toulon, devant Gênes, devant Trieste, tantôt de conserve avec les quelques vaisseaux russes, plus souvent seuls ; car ils n’aimaient pas à partager les bénéfices de leurs entreprises ; ils préféraient en partager les risques.

Ils avaient été impuissants contre les provinces de l’empire ottoman, à Constantinople comme à Vlexandrie. Il faut dire qu’ils n’y avaient pas porté des efforts considérables. Ils ne voulaient pas mécontenter la Porte; ils ne rompirent point formellement avec elle, dans l’espérance de reconquérir bientôt une plus grande influence auprès d’elle. Ils craignaient de commettre contre l’empire ottoman quelque chose d'irréparable. S’ils s’emparaient de quelque territoire turc, ne

i. P. Mouriez, 1, p. 297.

serait-ce pas inviter Napoléon à prendre quelque territoire équivalent? Ils curent peur, eux aussi, de donner le signal du démembrement. Ils préférèrent, comme Napoléon, dominer la Porte que d’en partager les dépouilles.

Leur présence sur les côtes ottomanes était comme un 1 continuel conseil de prudence à l’adresse de l’Empereur. Qui sait ce qu’il aurait fait de l’empire turc, s’il avait pu écarter les Anglais de la Méditerranée? Tant qu’ils furent là, et ils y lurent pendant tout son règne, il ne se prêta pas au démembrement de [l’empire ottoman, dans la crainte qu’ils n’en prissent les meilleurs morceaux. Et, comme eux, il proclama le dogme intangible de l’intégrité de l’empire du sultan. Ni d’un côté ni de l’autre ce n’était pure générosité.

Ainsi, en 1807, la situation de l’Orient s’établissait telle [ qu’elle devait rester, presque sans changement, jusqu’à la j fin de l’Empire. Au nord, vers le Danube, les Russes,, installés en Moldavie, tendaient la main et des secours aux J Serbes. Au sud, dans la Méditerranée, les Anglais surveillaient tout ce qui s’y passait et empêchaient qu’il s’y passât rien de décisif. Au centre, les Français, delà côte adriatique et de la Dalmatie, poussaient alors leur influence jusqu’à Constantinople et soutenaient la faiblesse du sultan. La Russie, l’Angleterre, la France avaient le même intérêt à ce que la Porte échappât à l’une et à l’autre ; ainsi déjà la plus grande force de la Turquie était faite des convoitises rivales que sa faiblesse excitait entre les grandes puissances chrétiennes.

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