Correspondance, 19 avril
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votre disposition, bien aise de trouver cette occasion d( vous donner une preuve de mon estime et de vous ètn utile1. »
Aux rapports que lui adresse son ministre de l’intérieui relativement à l’encouragement des lettres (car cela étail alors du ressort du ministre de l’intérieur), il répond par des observations pleines de sens. Il ne veut point instituer d’bis- ; toriographes officiels ; « il y en a eu ; ils n’ont rien fait pour la France, ni pour l’histoire... ; car il est reçu qu’un his- I torien est un juge qui doit être l’organe de la postérité, el 1 que l’on exige de lui tant de qualités, tant de perfections qu’il est difficile de croire qu’une bonne histoire puisse se : commander ». — Pour des raisons analogues, il ne veut pas instituer de poètes lauréats ou césaréens : une pareille créa- . tion, pense-t-il, éviterait difficilement « le ridicule que le Français saisit avec tant de malignité ». Serait-elle d’ailleurs efficace ? « Corneille a-t-il jamais reçu de grandes faveurs de la cour? Celles qui ont été accordées à Racine ont-elles inspiré ses chefs-d’œuvre ? » Tout au plus pourrait-on attacher quelques poètes au Théâtre-Français, avec un titre honorable, j des pensions ; ou établir auprès de Paris une sorte de Port- j Royal, une maison de retraite exclusivement laïque pour quelques hommes de lettres; ou bien encore demander à: quelqu’une des classes de l’Institut, comme autrefois Richelieu à l’Académie française, au sujet du Cid, la critique rai-i sonnée, judicieuse, impartiale, de tel ouvrage heureux et déjà populaire : ce serait le moyen de distinguer par un suffrage nouveau une œuvre de valeur, d’exciter autour d’elle la curiosité et les réflexions de tous, de susciter par là « un mouvement propre à épurer le goût et la langue ». Lue telle direction, de telles discussions seraient en ce moment particulièrement avantageuses ; car, comme dans les premières années du xvne siècle, quand s’élaboraient les règles classiques, « il y a une grande division dans les opinions litté- u raires ; pour sortir de cette anarchie, il faut rétablir dans leurs droits l’usage et le bon goût ». — Aux temps héroïques) j
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lu romantisme, quelque vingt ans après, Napoléon se serait-il contenté de sa place au parterre ?
Son ministre de l’intérieur lui a proposé d’établir une 'cole spéciale de littérature et d’histoire au Collège de France. L’Empereur ne comprend pas ce qu’on peut entendre par jne école spéciale de littérature: « On veut enseigner l’élojuence? On veut enseigner la poésie? Mais qu’y a-t-il de dus à montrer en éloquence et en poésie que ce que tout eune homme a appris dans sa rhétorique?... Selon ma iropre expérience, les cours de littérature n’apprennent rien le plus que ce qu’on sait à l’âge de quatorze ans. Corneille ;t Racine n’en savaient pas plus qu’un bon écolier de rhétoiquc... Le talent de créer est, dans la littérature comme dans a musique, un don individuel ; le goût et le génie ne se >euvent apprendre. »
Mais il concevait assez bien l’importance d’une école spéiale de géographie. « Si, dans un point central tel que ’aris, il existait plusieurs professeurs de géographie qui lussent rassembler les connaissances éparses, les comparer, ?cs épurer, qu’on fût dans le cas de les consulter avec sécuité pour être mieux instruit des faits et des choses, ce serait me bonne et utile institution. » Et il imagine la création de ualre chaires de géographie pour les quatre parties du aonde : ce serait comme une sorte de « bureau de l’Euope, de l’Asie, de l’Afrique, de l’Amérique », où l’on urait sous la main tous les renseignements les plus exacts.
Il voudrait aussi une école spéciale d’histoire, dotée de ombreuses chaires. Il y aurait d’abord un cours de biblioraphie, où les jeunes gens, « au lieu d’employer des mois s’égarer dans des lectures insuffisantes ou dignes de peu de onfiance, seraient aussitôt dirigés vers les meilleurs ouvrages, t arriveraient plus facilement, plus promptement, à une îeillcure instruction ». Il y aurait un cours d’histoire de la ■gislation, où le professeur aurait à remonter jusqu’aux omains, et à descendre de là, en parcourant successivement ■s différents règnes des rois de France, jusqu’au Consulat, m ferait aussi l’histoire de l’art militaire français. Mais pici surtout à quoi tient Napoléon : « Ce serait une impor-
tante obligation des professeurs de l’école spéciale d’enseigner l’histoire des époques qui se rapprochent de nous. Aucun historien n’arrive jusqu’à nos jours ; il y a toujours pour un homme de vingt-cinq ans un intervalle de cinquante années qui ont précédé sa naissance sur lesquelles il n’y a point d’histoire... Toute notre jeunesse trouve plus de facilité pour apprendre les guerres puniques que pour connaître la guerre d’Amérique qui a eu lieu en 1788. » C’est là une lacune fort regrettable que l’Empereur veut combler. Il ne paraît pas d’ailleurs que toutes ces réflexions aient abouti à quelque institution définitive.
Napoléon eut sur l’éducation des filles des idées beaucoup moins libérales ; il eut évidemment pour les femmes une médiocre estime : le bonhomme Chrysale avait exprimé à peu près le tout de l’instruction que l’Empereur leur juge convenable.
Il fonde en ce temps-là la maison d’Écouen pour les filles des membres de la Légion d’honneur. Il ne veut pas qu’elle ressemble à l’ancien établissement de Saint-Cyr, « où l’on' élevait mal les demoiselles... Rien de plus mal conçu, de plus; condamnable, que de faire monter les jeunes filles sur un j théâtre et d’exciter leur émulation par des distinctions de classes. Il ne faut point d’émulation entre elles ; il ne faut pas éveiller leurs passions, et mettre enjeu la vanité qui est la plus active des passions du sexe » .
Leur nourriture ne saurait être trop simple : de la soupe, ! du bouilli, et une petite entrée ; rien de plus ; il faut d’ailleurs qu’elles fassent elles-mêmes leur pain. Leur habillement sera très ordinaire, fait de matières très communes ; on pourra suivre la mode, « sauf que l’on couvrira les bras et que l’on adoptera les modifications qui conviennent à la pudeur ».
Il faut avant tout leur enseigner la religion dans toute sa sévérité ; elle est « le plus sûr garant pour les mères et pour les maris, à cause de la faiblesse du cerveau des femmes, de la mobilité de leurs idées ». C’est, on le voit, une religion bien particulière, une sorte de garde-folles, une façon de police ; aussi bien, même en signant le Concordat, n’attribuat-il jamais à la religion un rôle bien différent.
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Il faut ensuite apprendre aux élèves à cliifl’rer, à écrire, afin qu’elles sachent l’orthographe, se borner en physique à ce qui est nécessaire pour prévenir une crasse ignorance et une stupide superstition, leur faire un « léger » cours d’histoire naturelle, de botanique ; « et encore tout cela peut-il avoir des inconvénients ».
En général, il faut les occuper toutes, pendant les trois quarts de la journée, à des ouvrages manuels, bas, chemises, broderies. « Je voudrais qu’une jeune fille sortant d’Ecouen sût travailler ses robes, raccommoder les vêtements de son mari, faire la layette de ses enfants, procurer des douceurs à sa petite famille, soigner son mari et ses enfants lorsqu’ils sont malades '. » — En résumé, de la religion, pour qu elle ne songe pas à sortir de sa maison ou de l’église, de l’adresse à se servir de ses dix doigts, — telles sont les conditions nécessaires et suffisantes de l’éducation d’une femme selon le cœur de Napoléon.