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I. — La révolution du 31 mai 1807 à Constantinople

L’enthousiasme excité à Constantinople au mois de mars par la victoire remportée sur les vknglais ne dura pas longtemps. Les Turcs retombèrent aussitôt dans leur mollesse et dans Pimpuissance que Sébastiani jugeait inguérissable. Ils n’avaient pas soutenu davantage leur ardeur belliqueuse jadis, après leur succès de Saint-Jean-d’Acre sur Bonaparte.

D’ailleurs le récent triomphe n’était pas dû aux janis-

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saires ; ils y avaient très peu contribué. L’honneur en reve liait aux yamaks-tabiéli, ou assistants des batteries, qui avaient été organisés d’urgence pour le service des canons de la défense, au sultan Sélim lui-même qui s’était occupé personnellement de la direction des opérations, mais surtout aux officiers français et à l’ambassadeur. C’était comme une victoire française, du moins une victoire du nouveau régime, qui excitait depuis plusieurs années tant de colères parmi certaines classes de la population musulmane, jusque dans l’entourage du sultan.

Les janissaires en étaient plus jaloux que fiers ; ils sentaient que les derniers événements refaisaient le prestige et l'autorité du gouvernement qu’ils détestaient ; ils craignaient que cela ne remît en faveur les idées de réforme militaire et le nizam-djedid. Ils étaient encouragés dans ces sentiments par les ulémas. Ensemble, ils continuèrent leurs menées séditieuses; ensemble, ils reformèrent le parti de l’opposition.

Ils prirent plaisir, parce qu’ils y avaient intérêt, à assombrir encore le tableau de la situation de l’Empire et de l’Islam, à atténuer les effets des succès obtenus. Les Anglais avaient été repoussés ; mais ils étaient venus en petit nombre, et le mérite n’était pas grand de les avoir forcés à la retraite ; on n’avait même pas su les arrêter aux Dardanelles ; et cela ne les avait pas empêchés de descendre en Egypte, de s’emparer d’Alexandrie, de reprendre ailleurs le démembrement de l’Empire ; leurs vaisseaux étaient toujours tout près, d’accord avec les Russes maîtres de Ténédos, et ils ne tenaient qu’à eux de reprendre bientôt avec des forces nouvelles la route des Dardanelles et du Bosphore.

Ils dirent les continuels progrès des Russes, leur installation peut-être définitive dans la Moldavie, leur poussée sur la Valachie, leur entente avec les Serbes qui reprenaient les armes, enlevaient aux Turcs leurs dernières forteresses du Danube et de la Save. Qu’avait-on fait pour défendre de ce côté l’intégrité de l’empire ? Quand pourrait-on reprendre les provinces perdues, réprimer les insurrections audacieuses des rayas ?

Et à quoi donc servait l'amitié prétendue de Napoléon

pour le sultan ? A rien. Elle était peut-être elle-même le plus grand danger qui pût menacer l’Islam. Ils ne partageaient nullement la confiance que le gouvernement ottoman accor dait à la France. Ils redoutaient les secrets desseins de l’Empereur. Us rappelaient les victoires qu’il avait autrefois remportées sur les Turcs aux Pyramides, au Mont Tliabor, les entreprises qu’il avait conçues contre la Porte et contre l’Islam ? Etait-il possible qu’il eut depuis renoncé à toutes ses ambitions anciennes, maintenant qu’il était devenucomme le maître de l’Europe? Evidemment l’amitié qu’il témoignait à la Porte était une ruse de guerre ; il n’avait pu la vaincre de front, par les armes ; il l’enveloppait et l’endormait d’intrigues. Ils montraient l’armée du général Marmont en Dalmatie, prête à descendre au Danube inférieur, ou même sur Constantinople pour y achever la destruction de l’Empire, au moins pour en renverser les vieilles institutions. Us supportaient avec impatience la présence des nombreux olliciers français de l’ambassade, devenus comme les chefs militaires du sérail ; ils apprenaient avec colère la prochaine arrivée dei Goo canonniers français envoyés par Marmont ; ils annonçaient la lente occupation des pays musulmans par l’inlluence mortelle de l’empereur des Français. Sans doute il promettait de rendre au sultan la Crimée, de rétablir son autorité dans la mer Noire. Les janissaires soutenaient qu’il fallait se défier de ces avances, que Napoléon travaillait plus pour luimême que pour la cause de l’Islam ; ils redoutaient ses présents.

Us gémissaient chaque jour plus amèrement que le sultan ne put se défendre des chrétiens que par des chrétiens, qu’il ne fût plus le maître chez lui, que la Porte ne fût plus qu’une proie disputée entre les convoitises européennes.

Il y avaiL sans doute quelque sincérité et même quelque clairvoyance dans ces haines.

Ces plaintes étaient entendues parmi la population musul mane de Constantinople ; car elles étaient fondées en quelque manière. Et les janissaires étaient toujours, auprès des musulmans les plus fanatiques, une force morale considérable. Il était nécessaire de les briser, puisqu’ils étaient devenus impuis

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sants à la défense de l’Empire et qu’ils étaient seulement assez forts pour empêcher toute réforme. Mais cela devait être très long et difficile ; un seul règne n’y pouvait pas suffire. Ils étaient populaires, parce qu'ils avaient été les conquérants de la glorieuse époque des Mahomet 11 et des Soliman le Grand, parce qu’ils avaient été longtemps le fléau des infidèles, les invincibles guerriers d’Allah. La grandeur de l’Empire paraissait attachée à leur propre grandeur, à leur existence même. Ils étaient fidèlement soutenus par les docteurs de l’Islam, les vénérés ulémas, impeccables interprètes de la loi du Coran. Ils représentaient avec eux le passé glorieux par contraste avec les misères et les menaces du temps présent.

L’Arabie était aux mains des AN ahahites, maîtres des villes saintes ; les pèlerinages étaient arrêtés sur les routes de la Syrie1 ; on ne pouvait plus aller prier sur le tombeau du prophète, n’étail-ce pas le signe qu Nllali avait retiré sa protection à ses plus fidèles serviteurs d’autrefois, qu’il était irrité contre les Turcs P Et quelle autre cause fallait il cherchera sa colère que la trahison du Padischali, qui ne savait pas défendre les frontières de l’Islam, qui ne savait pas se défendre des pernicieux conseils des infidèles?

Le mécontentement était ainsi général. Les peuples n’ont pas coutume de s’en prendre à eux-mêmes de leurs malheurs. Il leur faut personnifier les responsabilités; il leur arrive, ailleurs même qu’en Turquie, d’être injustes. Sélim III en fil l’expérience. Il fut la victime de la révolution à la fois militaire et religieuse où les musulmans pensèrent retremper d’énergie de l’Islam.

C’était au fond une manifestation de l’ancien régime ottoman, de ce qu’on pourrait appeler déjà le parti des Vieux- Turcs. A bien des égards d’ailleurs, l’histoire intérieure de la Turquie au xixe siècle a été la lutte entre l'ancien régime et la révolution nécessaire, entre les privilèges anciens et les nouveautés de toutes sortes ; et cette querelle même ne s’est pas i terminée avec le siècle.

i. AIT. étr. Corr. de Turquie : Sébasliani à Talleyrand, icr juin 1807.

Napoléon était en Pologne depuis le commencement de l’hiver ; il n’attendait que le retour de la belle saison pour pousser une attaque décisive sur la frontière russe. Sébastiani pressait le sultan de faire un grand effort sur le Danube, de rejeter les Russes de la Moldavie au delà du Dniestr, d’envahir la Russie méridionale, de reprendre la Crimée, de marcher avec l’Empereur sur les capitales du tsar.

Il était difficile au sultan d’envoyer de nombreuses troupes au nord. 11 n’était pas sûr des janissaires. Les pachas n’agissaient qu’à leur gré. Cependant, le printemps venu, le divan décida de faire partir pour Choumla et Galatz la plus grande partie des troupes de Roumélie. Le grand-vizir lui-même, Ibrahim-pacha, en devait prendre le commandement, pour donner aux opérations, jusque-là lentes et désordonnées, une unité de direction et une efficacité plus décisives.

Au mois d’avril 1807, le grand-vizir passa à Constantinople la revue générale des janissaires qui allaient partir. La Porte préférait mobiliser les janissaires plutôt que les nizams: le sultan redoutait les premiers, n’avait de confiance qu’aux régiments qu’il avait créés, dont l’institution était son œuvre favorite. Les quelques orlas de janissaires qui restèrent aux environs de la capitale n’ignorèrent peut-être pas ce calcul.

Quelques jours après, le grand-vizir partit pour l’année. Il emmena avec lui les principaux ministres, mêmelereis-effendi.

II convient peut-être d’estimer, d’après cet important déploiement de forces et cette activité personnelle des principaux fonctionnaires, que le gouvernement ottoman avait la ferme intention d’agir selon les instructions de Napoléon. 11 apparaît que Sélim III répondit, dans la mesure du possible, à l’appel de l’empereur, et que, si l’ambassadeur turc auprèsj de Napoléon ne se décida point à signer alors avec le gouvernement français un traité d’alliance formelle, il n’accomplil point, sans doute pour des raisons personnelles, toute la pensée de son souverain. Il y avait beaucoup d'indiscipline et même de trahison dans l’entourage du sultan Sélim.

Le grand- vizir et ses compagnons furent remplacés à Cons tantinople par des suppléants ou caïmacans. Le caïmacai du grand-vizir fut Mousta-pacha, que Sélim croyait dévoué.

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mais qui était un ennemi personnel de deux conseillers intimes du sultan, lbrahim-efTendi, ancien kiaya-bey, et 1 1 acl j i Ibrahim-cffcndi, ancien intendant général du nizam. En ce temps-là aussi mourut le mupliti; il fut remplacé par le cadi de Roumélie, un secret ennemi, comme la plupart des ulémas, des réformes et de Sélim.

Le départ de l’armée et du grand-vizir avait laissé la place aux pires ennemis du sultan, sans qu’il s’en doutât. Le mupliti et le caïmacan du grand-vizir organisèrent aussitôt leur complot.

Pendant l’hiver précédent, au moment de l’alerte causée par l’attaque des Anglais, le gouvernement avait appelé d’Asie Mineure des aventuriers, surtoutdes Lazcs, qui avaient été employés au service des batteries du Bosphore et des Dardanelles. On les appelait les yamaks-tabiéli ou auxiliaires des batteries. Les Anglais repoussés, on les avait gardés près de Constantinople, au nombre d’environ 2 000 hommes. Sélim espérait les fondre peu à peu dans le nizam et profiter pour cela de l’éloignement de la plus grande partie des janissaires. Le caïmacan parut entrer dans ce dessein. Mais il fit en réalité tous ses efforts pour le traverser et pour y fonder le succès de sa trahison. Les janissaires demeurés à Constantinople entrèrent en rapports avec les yamaks, les excitèrent contre les projets du sultan : si méprisants d’ordinaire pour les auxiliaires, ils les encouragèrent à se joindre à eux, leur dirent les privilèges séculaires dont ils jouissaient, dont Sélim voulait les dépouiller, exaltèrent leur fanatisme musulman contre le nizam-djedid, d’invention européenne, lièrent amitié avec eux L

Le 25 mai, le caïmacan, paraissant l’exécuteur des plus chères pensées du sultan, envoie un des olliciers du sérail, .Mahmoud-elfendi, aux yamaks des châteaux du Bosphore,

1. Cf. surtout pour les Révolutions de Constantinople, Ottokar K Schlechta-YVssehrd, ancien premier secrétaire à l’ambassade im pédale de Constantinople, agent diplomatique à Bucharest : Die Revoutionen in Constantinopel in den Jahren 1807, uiul 1808. Etude sur l’hisoire de la réforme eu Turquie, surtout d’après des sources orientales. — Vienne, 1882.

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pour leur porter des uniformes du nizam et les inviter à s’en vêtir.

Mahmoud arrive à la batterie de Roumely-Cavack. Il ne redoute rien ; il se persuade cpie les auxiliaires seront fiers d'être admis à la dignité de troupes régulières ; il leur présente la décision de Sélim connue une récompense des services qu'ils ont rendus antérieurement.

11 est accueilli par des murmures. Il croit n’avoir pas été compris ; il insiste ; il ordonne. Les yamaks se jettent sur lui, le saisissent un moment, vont le tuer. Il est arraché de leurs mains par les quelques nizams qui l’ont accompagné. Il fuit, se cache à Buyuk-déré, prend une barque pour gagner le sérail, est atteint sur le rivage et frappé à mort. L’émeute s’étend tout le long du Bosphore, gagne toutes les garnisons des yamaks. Les nizams partout sont chassés par leurs ennemis plus nombreux. Le commandant des batteries de la côte d’Asie ne peut se faire obéir ; il est massacré par ses soldats.

Le lendemain, 26 mai, Chakir-Bey, Bostandji-bachi ou commandant supérieur du Bosphore, monté sur son grand bateau à seize paires de rameurs, quitte la Corne d’Or pour aller assurer l’ordre, faire rentrer les mutins dans le devoir. Il est accueilli à coups de canons devant Buyuk-déré et recule.

Les nizams, devant la poursuite, se sont concentrés à Constantinople, autour du sérail. Le caïmacan a instruit Sélim de ces événements ; mais il les a présentés comme insignifiants ; il tranquillise le sultan : il ne s’agit que d’une échauffourée, qui provient d’un malentendu facile à dissiper ; Mahmoud a sans doute été très maladroit ; il se charge de maintenir partout le calme ; il y suffira de quelques heures.

Cependant les émissaires des janissaires sont mêlés aux yamaks ; ils excitent, ils entretiennent leur irritation : le moment est venu de détruire à jamais les nizams, de restaurer l’ancien état militaire, de rendre ainsi à l’Islam la splendeur que les traîtres conseils des infidèles ont ternie. Ils dis tribuent de grosses sommes, qui viennent on ne sait d’où Les cheikhs et les ulémas parcourent les deux rivages di

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Bosphore, prêchent la bonne cause, donnent à la révolte les •caractères d’une sorte de guerre sainte. Les yamaks, et parmi eux quelques janissaires, se réunissent en tumulte dans la grande vallée de Buyuk-déré ; ils entendent des prédications, ils y répondent par des cris d’enthousiasme ; ils jurent de défendre la religion et les anciennes lois. Ils se donnent un chef, Cabakchi Oglou.

Le 27, Cabakchi entre dans Constantinople à la tête de 600 hommes. Mousta-pacha consigne les nizams dans leurs casernes, sous prétexte d’assurer l’ordre, d’éviter tout conflit. La rue est à l’émeute. Le caïmacan convoque les ministres chez lui. Quelques-uns viennent ; d’autres se méfient, se cachent. Ceux qui viennent sont l’objet de la plus cordiale réception ; on leur sert le café, des gâteaux ; on leur apporte des pipes. Mousta sort. Des bourreaux entrent, égorgent ses invités. 11 n’y a plus de gouvernement.

Cabakchi se rend à la caserne des janissaires. 11 leur présente ses yamaks : « Voilà, dit-il, des enfants du corps !» 11 les invite à l’accompagner. 7 à 800 le suivent. Il va à la caserne des galiondjis ou marins. Le capitan-pacha est absent. Il les harangue : il exprime son indignation contre les institutions du présent règne, contre les desseins avoués du sultan, contre l’influence funeste des chrétiens : « Encore un peu de temps, dit-il, et nous n’aurons plus pour nous commander que des chrétiens ou des juifs. » 200 marins le suivent. 11 va à Top-Hané, la caserne des artilleurs ou topchis. Leur \ chef a été récemment destitué; la succession est disputée; il n’y a pas de commandement. 11 leur promet une solde plus grosse, aux dépens des nizams dont on va se défaire. 11 invoque et les prie d’invoquer avec lui le vénéré patron des janissaires, Iladj i-Bek tachi , dont on va reprendre les instructions sacrées. Cet appel est entendu : les portes s'ouvrent ; les artilleurs reçoivent les auxiliaires dans leurs bras, versent des larmes de joie ; l’allégresse est universelle.

Vraiment beaucoup des insurgés crurent à la renaissance glorieuse de l’Islam, par la destruction de toutes les nouveautés, par le retour aux anciennes coutumes, contemporaines des jours de victoire.

Driault. — Napoléon. i3

À la tète de plus de 2 000 hommes, Cabakchi-Oglou arrive sur la grande place de l’Etmeïdan. Le moment est; solennel. O11 apporte des casernes les casons, les marmites sacrées, qui sont le symbole delà fidélité au sultan, le signe que les janissaires consentent à être nourris par lui, à le vénérer comme leur père. On les renverse : c’est le signe de la rupture de toute obéissance. Elles sont rangées en cercle autour de Cabakchi. 11 adresse à ses hommes ses instructions suprêmes : « Arrachons, s’écrie-t-il, du sein des Osmanlis cette faction impure qui avait résolu de détruire le corps invincible des janissaires et de rendre les musulmans semblables aux infidèles. Abolissons les nizams. Punissons les traîtres. »

Il lit une liste de proscrits, que lui a envoyée lecaïmacan. A chaque nom qu'il prononce, la populace exprime une joie féroce. Des assassins se détachent pour exécuter l’ordre de Cabakchi. D’heure en heure, ce jour-là et le lendemain, les têtes s’alignèrent aux pieds du chef. Ibrahim-eflendi s’était réfugié chez un juif, avec une cassette remplie de bijoux. Pour garder la cassette, le juif le livra. On lui arracha le cœur, que la foule mangea : sa tête coupée fut portée en triomphe par la ville, autour des murailles du sérail. Hadji- Ibrahim-effendi, caché dans l’égout d’une maison de campagne, fut trahi par un domestique. Ahmed bey fut coupé en morceaux, que les meurtriers se partagèrent et mangèrent. Le secrétaire intime du sultan, retiré dans la maison d’un chrétien, tomba du toit dans la rue, se brisa sur le pavé, fut décapité. Chakir-bey est demeuré dans le sérail. Les janissaires se présentent devant la Sublime Porte, demandant sa tête. Sélim ne veut pas le laisser aller. Chakir veut se livrer, pense sauver le sultan, apaiser l’émeute en se sacrifiant : « Meurs donc, mon enfant, dit Sélim ; que la bénédiction du ciel t’accompagne. » Il est décapité ; sa tête est jetée sur la place par un créneau, portée à Cabakchi.

Ainsi périrent encore Inglis-Mahmoud-effendi (Mahmoud l’Anglais), ancien ambassadeur à Londres, le secrétaire d’Etat Ricap-Sélim-effendi, un riche douanier Hasanico, accusé de concussions, Capan-Haïpi, directeur des magasins de blé.

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Le 29 mai, dix-Sèpt têtes coupées étaient rangées devant les marmites. Il n’y avait plus de ministère. Le sultan céda ; il publia ce jour-là un hatti-chérif, par lequel il supprimait totalement l’institution du nizam-djedid. Les janissaires triomphaient.

Cela ne suffisait pas à Cabakchi-Oglou. Le terme nécessaire de la révolution était la chute de Sélim, le seul auteur responsable de tout ce que la Révolution détruisait. La restauration de l’Islam ne pouvait être assurée tant que Sélim régnait.

Le 3i mai, Cabakclii reparut sur la place de l’Etmeïdan, à la tête de son cortège de rebelles et de fanatiques. Il prononça un violent discours contre le sultan : que les vrais moslems ne pouvaient lui laisser leur confiance, que Dieu l’avait abandonné, qu’il abandonnerait la Turquie elle-même si elle lui demeurait livrée et par lui aux agissements des infidèles. « Au reste, s’écria-t-il, consultons le muphti, l’oracle de la loi, et agissons d'après son fetfa qui nous dira si le sultan Sélim a mérité d’occuper plus longtemps le trône des Osmanlis, ou s’il convient de lui donner à l’instant un successeur. » Le muphti fut amené ; il n’était pas loin. On lui posa cette question : « Tout padischah qui par sa conduite et ses règlements combat les principes religieux consacrés par le Coran mérite-t-il de rester sur le trône? » Le muphti parut consterné ; mais, après des hésitations qui semblèrent douloureuses, comme un violent combat en sa conscience de prêtre inspiré, il déclara préférer à tout l’intérêt de la reli gion et le saint des Osmanlis ; et il prononça son oracle : « Aon ! Dieu sait le meilleur 1 ! »

Le peuple acclama la sentence divine et éclata en cris de colère contre Sélim : « Nous ne voulons plus qu’il soit notre

i. AtT. étr. Turquie, supplément n° 24, 1806-1810. — Juin 1807, Relation de la catastrophe de Sélim lit et élévation au trône de Constantinople de Mustapha IV (Extrait du n° 26 du Royal Dalmate, imprimé à /ara). — Id., id., traduction de la transaction passée entre sultan Mustapha et la milice des janissaires à la suite de la déposition de Sultan Sélim III : i° Acte légal contenant les propositions des janissaires; 2° Ilalti -chérif de Sultan Mustapha.

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souverain ; qu'il soit destitué : il est l’ennemi du peuple.

\ ive le sultan Mustapha ; il fera notre bonheur. » Et Cabakchi proclama la condamnation solennelle : « Par le felfa du muphti, par la volonté des braves janissaires et de tous les Osmanlis, le sultan Sélim, fils du sultan Mustapha, a cessé de régner. Le sultan Mustapha, fils du sultan Abd-ul-IIamid, est devenu le légitime padischah1. »

Sélim 11e put résister. Il fut enfermé, et pour quelques mois on respecta sa vie. Cabakchi-Oglou fut le maître, avec le titre de commandant-général des garnisons du Bosphore. La Révolution avait gagné le Danube; le bruit courut, d’ailleurs faux, que les janissaires avaient massacré le grand-vizir Ibrahimpacha. Le pacha de Routchouk, Mustapha le Rairactar, renonça à attaquer les Russes, et recula sur le Danube. L’offensive préparée par Sélim fut encore compromise.

Le plan de campagne que devait suivre le grand- vizir Ibrahim était l’œuvre du général Sébastiani : il était fait pour inquiéter sérieusement les armées russes des Principautés. L’adjudant-commandant Mériage, envoyé par Napoléon 1 à Widdin, en surveillait et en pressait l’exécution. L’aile droite des Turcs se portait sur Galatz, aux embouchures du Danube ; la plus forte partie de l’armée, franchissant le Danube, devait se porter sur Rucharest et couper la retraite à l’aile droite des Russes, qui, sous le commandement du général Issaëv, menaçait Widdin à l’ouest et tentait de joindre les Serbes révoltés et maîtres de Belgrade. Très inquiets, les Russes du général Michelson avaient commencé l’évacuation de Bucharest.

L’attaque des Turcs fut brisée au centre par l'émeute des janissaires2. Ils reculèrent jusqu’au fleuve, poussés de près par le général Miloradovitch. Issaëv, tranquillisé sur ses corn munications avec le centre, reprit sa marche vers l’ile d’Ostrow, en face de Negotin, près des Portes de fer, pour donner la main à Kara-Georges et aux Serbes. Il y réussit,

1. Juchereau de Saint-Denis, Les Révolutions de Constantinople en 1807 et 1808, II, ch. vi.

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