POUR ARISTE ET POUR CALIBAN
Je liens à in excuser auprès des catholiques royalistes, el des catholiques tout court, d'avoir abordé ce sujet.
Les rapports de l'Église et de l'Êlat doivent se régler entre la hiérarchie des fidèles el le souverain. Je ne me crois pas le souverain et je ne suis pas un fidèle. Le catholique royaliste qui se demandera ce que je viens faire chez lui comprendra que la faute en est à notre siècle qui s'est mis à l'envers. Si le siècle était à l'endroit, ce n'est pas de la politique religieuse que j'écrirais. Il n'y aurait pas lieu d'en écrire. Mes idées, mes efforts constants, ces pages même sont le signe de mon regret.
Par exemple, les catholiques opposés aux royalistes, les catholiques démocrates, libéraux el républicains, feront bien de ne prendre aucune part d'excuses qui ne sont pas pour eux. Ils allégueront en vain mon incompétence. Et la leur?
X PRÉFACE
De par leur loi, de par leurs Constitutions, ils ont perdu le droit de m'inierdire de parler sur aucun sujet. Celui-ci est à eux sans doute, mais comme à tout le monde : res nullius. Ne m'ont-ils pas redit qu'en ma qualité d'électeur, j'étais le souverain?
En ma qualité de souverain, le même souci qui exige que je surveille ma politique extérieure, ma politique intérieure, ma politique militaire, ma politique sociale et ma politique fiscale me presse de surveiller ma politique religieuse. La qualité de roi m'ouvre toutes les portes et défend qu'on m'en ferme aucune. Elle autorise V indiscrétion et elle l'impose : si même je lardais à publier ces feuilles, le personnel de la démocratie et du libéralisme aurait peut-être le devoir de venir faire émeute sous ma fenêtre pour me les réclamer avec des piques et des torches, et des clameurs, à peine plus confuses que son esprit. Ses théoriciens rêvent de vole obligatoire : serait-il moins obligatoire d'opiner que de voler, en démocratie?
L'initiateur de la démocratie athénienne édicla des peines sévères contre les mauvais citoyens qui négligeaient de se faire inscrire au contrôle d'une faction. Je règne, donc j'opine, et j'opine en Romain : plaise à nos démocrates et à nos libéraux de recevoir ce petit livre avec
PRÉFACE XI
le respect qu'ils lui doivent, en tout cas, sans ctonnement. Leurs principes provoquant les premiers venus à des actes de politique religieuse, en voilà un. C'est, s'il leur plaît, mon Concordat.
— Mais vous êtes païen...
— Quand je serais Guèbre ou Parsi, en serais-je moins souverain?
— Mais vous vous mêlez de nos questions de théologie...
— Je ne fais jamais de théologie. Mais, quand vos amis les libéraux-radicaux et vos protestants démocraies accusent la politique théologique de V Église de conspirer contre l'État, je montre qu'elle est au contraire sa bienfaitrice. Et c'est mon droit de citoyen. Et c'est mon devoir d'honnête homme ou de bon Français.
En commençant par faire mon excuse à Arisle, je devais refuser ces politesses à Caliban. Traitement inégal, mais le comble de la justice.