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D'après la Gazelle de France des 8 et 9 février

250 DÉFENSE POLITIQUE D'iNTÉRÊTS RELIGIEUX

tache, Saint-Roch, Saint-François-Xavier, Sainte- Clotilde, Saint- Pierre du Gros -Caillou, voilà donc désormais des noms de batailles. Batailles engagées par les plus pacifiques des hommes et par des troupes que l'on préjugeait, d'après leurs états de service, d'une mollesse et d'une passivité infinies. « Un miracle », me disait quelqu'un qui croyait les bien connaître. En bon ami, il les jugeait aussi défavorablement que possible. Sa surprise est d'autant plus forte. Mais, soyons-en persuadés, la surprise du Gouvernement n'est pas moindre, car je mettrais la main au feu que le Gouvernement n'a pas encore compris. Le grand ahuri ces dernières journées, n'en doutons pas, c'est M. Maurice Rouvier.

Son prédécesseur, M. Combes, se fût attendu à quelque chose. Il eût pris ou tenté de prendre des précautions dictées par une certaine expérience de la vie religieuse et du monde ecclésiastique. Un ancien préfet comme M. Bourgeois, un avocat ayant plaidé toute sorte de causes comme M. Waldeck-Rousseau, auraient pu être er. garde. Mais M. Rouvier ne sait véritablement que la Bourse. Il n'a, en énergie comme en intelligence, que ce que savent en montrer les gens d'affaires. On l'a vu entrer au quai d'Orsay en liquidateur de la France après le honteux départ de M. Delcassé.

Il en sortira, la tête haute, le cœur satisfait, une fois la liquidation matériellement consommée. Ce loup-cervier a fait preuve de la naïveté d'un petit agneau. Il n'a pas vu qu'il se heurterait à la combinaison des deux plus grandes forces humaines, la foi religieuse et le sentiment de la propriété. Divisé en autant de cas qu'il y avait d'églises et presque de fidèles, ce problème s'est par là même tout d'un coup hérissé d'une multitude infinie de complications. Cette « formalité sans importance », cette cérémonie administrative d'un aspect tout abstrait et qui, en fait, par elle-même, ne réalisait, matériellement, aucune diminution du trésor des églises, il a suffi d'en esquisser le premier geste pour que tous les fidèles se sentissent anxieux. N'ont résisté par l;i force matérielle que les énergiques, d'ailleurs en grand nombre : mais le désir de la résistance, même le sentiment qu'il fallait résister, est apparu distinct chez tous. Des plus modérés aux plus vifs, l'opinion catholique a été unanime. C'est un de ces faits qu'il convient d'enregistrer avant que de pousser plus loin. Et le noter ne suffit pas. Il faut le comprendre.

Se plaint-on de manque d'égards? Les journaux républicains sont bien plaisants à lire sur ce sujet, surtout nos grands amis des Débats et du Temps. Ces messieurs énumèrent toutes les pré-

contions et toutes les délicatesses, toutes les mesures de courtoisie et les grâces de protocole dont les agents du fisc et ceux de la police ont enveloppé leur bouquet. « Nous n'avons pas pu vous blesser : « toutes ces choses montrent que nous n'en avons « eu la moindre intention . » Je recommande cette argumentation aux assassins qui ont le cœur un peu tendre. Le vrai est qu'en attendant l'arbitre impartial ou le médecin il n'y a qu'un bon juge d'une blessure, c'est le blessé. Les cas de simulation ou d'exagération existent, mais la preuve en incombe à ceux qui les allèguent. Tant que la preuve n'est pas faite, et on ne la fait guère ici, les cris, les protestations, les révoltes, surtout quand on les paye au prix de la liberté et du sang, constituent la preuve suffisante et certaine des violences inhérentes à la conception et à l'exécution de la loi. — Nous l'avons amendée. — Pas assez. — Adoucie. — Nous souffrons encore. — Réduite à son minimum de méchanceté. — Ce minimum consiste toujours en quelque chose qui nous fait mal et à quoi nous n'avons aucun motif naturel ni surnaturel de nous résigner : à preuve nos cris et nos coups.

On devrait en croire des témoins pareils, des témoins — en grec, des martyrs — qui acceptent les conséquences du témoignage. Cette révolte unanime de nos catholiques français, révolte qui s'étend de la sphère de nos amis, M. Roger Lambelin, le baron de Fonscolombes, Auguste Roussel, jusqu'à des républicains et des démocrates comme M. Pierre Veuillot et M. François

Vcuillot, ils n'en perçoivent pas la cause commune, qui est unique aussi. Cette cause, c'est un simple manque de confiance. En voyant l'État annoncer son intention d'inventorier, les catholiques français n'ont plus été sûrs de rien, sinon que, tous, tous, tous, ils se méfiaient de l'État ! De M. Lambelin à M. Pierre Veuillot, de la marquise de Mac-Mahon à la baronne Reille, les catholiques français se méfient de l'État français. Voilà, à proprement parler, le tuf de leur résistance. C'est ce qui explique tout. C'est l'état d'esprit fondamental des intéressés.

Voilà pourquoi le ministère Rouvier a eu beau biaiser, se teinter de modération, se ganter de demi-sagesse : on avait pu lui' faire crédit sur des affaires très générales et qui ne touchaient qu'à des questions éloignées ou supposées telles, les unes militaires, les autres maritimes, les autres diplomatiques; mais, quand il s'est agi de sentiment religieux et de propriété religieuse, les hommes animés de ce sentiment, possesseurs légitimes de ces propriétés, n'ont pas eu le courage de faire l'acte de foi en MM. Rouvier et Bienvenu-Martin que leur demandait la légalité. Ils leur consentaient un vague crédit sur les finances ou sur la flotte, sur la troupe ou sur la conférence d'Algésiras. Ici point de crédit. L'intérêt engagé était trop émouvant, et le risque moral était jugé trop fort. Hommes, femmes, les catholiques français ont couru à l'église, et se sont pendus à la cloche; ils ont crié de tous les côtés au voleur.

Chose curieuse, chose admirable et digne d'une attentive méditation : il n'a plus été question du ministère en fonction, ni du ministère passé, on ne s'e«t même plus soucié de rechercher et de maudire ce personnage impersonnel de la loi de Séparation. « On veut dépouiller nos églises», «on veut nous voler notre bien ». Tel a été le cri de tous, et cet on est ici un pronom si considérable qu'il faut se demander de quel nom il tient au juste le lieu. On, ce n'était pas le fonctionnaire chargé d'inventorier. Ce n'était pas non plus son escorte...

L'instinct de la foule, devenue enfin clairvoyante au feu des saintes passions mises en si vif émoi, cet instinct évoquait l'avenir et non 1<" présent, un avenir sans aucun nom de chose ni d'homme, impersonnel, indéfini, et p^r là mêm<i sans garantie, instable, indécis, livré au débile caprice des éléments inertes, les majorités; aux volontés pernicieuses des éléments actifs, les minorités dirigeantes : — On inventorie dans une certaine intention qui peut, qui doit, qui va changer. Aujourd'hui, on parle de nous livrer les églises gratis, demain on reviendra au projet primitif, on nous demandera de payer un loyer. Aprèsdemain on nous confisquera sans plus...

En fait d'avenir, les foules sont aveugles tant qu'il ne s'agit que de leurs intérêts. Mais, dès que la passion s'en mêle, c'est une clairvoyance ar-

A PROPOS DES INVENTAIRES 'Jii»

d«aat@ et magnifique. Ici, l'enthousiasme religieux a rendu le même service, exercé la même fonction que cet intérêt dynastique qui anime les rois, cet intérêt corporatif, cet intérêt local qui éclairent les participants d'un même métier ou les habitants d'un même étroit municipe : la foi de nos catholiques français ne s'est pas laissé berner, ni abuser, ni égarer. — « On veul dépouiller nos églises, on veut nous prendre noire bien. » L'instinct a illuminé les intelligences : il a vu et il a fait voir la menace essentielle du parti et du système républicain, le parti mettant en mouvement le système, le système rendant à ce parti le cent du cent de son mouvement.

On, c'est la République. Non seulement la République d'aujourd'hui, mais la République de l'avenir. Cette République couleur d'aurore, cette République couleur de rose à laquelle leurs discours électoraux font si volontiers confiance, les catholiques ralliés n'ont point espéré en elle; ils ont cessé de croire en elle du jour où ce qu'ils ont de plus cher a été en péril. Ils ont refusé de lui confier le dépôt du trésor de leur sacristie. Gomme le leur a dit Montesquiou dans son ordre du jour admirable, si la logique du Ralliement voulait qu'ils se bornassent à des moyens légaux, à des espoirs électoraux, la puissance instinctive de leur attachement à des choses supérieures leur a défend a de se fier à cette rêverie. Il l'ont jugée trop molle et trop douce devant l'organisation ennemie; ils ont fait pour la religion ce que nous voudrions

leur voir faire pour l'ensemble des autres causes nationales : point de calcul légalitaire, nul sacrifice aux médiocres prudences électorales, mais une tentative de recours à la force, une ébauche d'insurrection !

Voilà l'opportunisme embarrassé. Sans doute, il n'est point de son intérêt d'exciter de telles querelles. Son idée avait été de faire voter une loi de Séparation vaguement amendée, et surtout dont les conséquences désagréables aux catholiques, n'étant ressenties chez ces derniers que dans un certain nombre d'années, pussent être amorties par résignation et accoutumance. Mais la clause de l'inventaire était le point psychologique où M. Emile Combes et les siens attendaient M. Rouvier, qui est aujourd'hui dans la nécessité d'appliquer « la loi » et, en tout cas, de la faire respecter même s'il la tourne. Seulement, voilà les purs gênés à leur tour. Ils ne s'attendaient pas à ce qui surgit. Le fond des âmes, agité par la tourmente, se découvre. Les catholiques ayant revu ce que c'est que la République, la République voit ce que c'est que les catholiques.

Ils ne se nomment pas encore par leur vrai nom, leur nom naturel et net. Les républicains disent cléricaux pour catholiques. Les catholiques disent sectaires pour républicains. Néanmoins, c'est la guerre, et l'on n'aperçoit plus sur quel terrain se fera désormais la paix.

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