LA BONTE DE LA FORCE HEUREUSE
Presque toute celte troisième partie se réfère à une année véritablement critique, celle où commença ce que l'on peut appeler l'ère des vérifications : 1906.
De grandes destructions avaient eu lieu auparavant, mais elles étaient fort confuses. En 1906, on a pu distinguer le lien des causes et des effets et en suivre, à l'œil nu, la génération.
Donc, en 1906 (noire ministère des Affaires étrangères étant tombé sur l'injonction de l'Empereur allemand) notre diplomatie, brouillée avec Rome depuis deux ans, est traînée à Algésiras; le Concordai vient d'être aboli; la Séparation déclarée, on commence les inventaires, les élections vont avoir lieu, et, quand leur résultat aura donné toute sécurité au pouvoir, le traître Dreyfus bénéficiera d'une réhabilitation frauduleuse due à la forfaiture
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des plus hauts juges du pays stylés cl subornés par le Gouvernement. Un mouvement d'esprits et de forces date de là.
Ceux qui tiennent l'affaire Dreyfus pour un épisode sans importance ne seront pas plus contents de mon nouveau livre que de ses aînés. Pourtant, ils y verraient plusieurs raisons nouvelles de comprendre que cette grande Affaire a bien été l'âme et, pour ainsi dire, le démon de notre vie publique depuis quinze ans. Toutpuissant sur notre politique extérieure et intérieure, ce démon corrupteur et rénovateur n'aura pas louché moins profondément le monde des esprits. M. Daniel Halévy, qui fit sa partie dans l'émeute dreyfusienne, avoue qu'elle a tendu à détruire la société française. Elle visait aussi l'intelligence européenne. Notre groupe d'Action française s'est formé avec les débris de ce que l'affaire Dreyfus avait détruit de toute part.
Un catholique impartial, M. Ageorges, tient aujourd'hui l'Action française pour le seul groupe d'opposition vraiment puissant. Il l'appelle aussi le point d'arrivée de toute une génération. Mais, en 1906, bien qu'âgée de huit ans, elle n'était encore qu'une sorte d'école militaire, et ses actes d'application pratique débutaient à peine à l'extérieur; beaucoup la
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prenaient pour une simple académie d'intellectuels. Ce n'est donc pas à elle que l'on peut faire honneur des brillantes échauffourées qui marquèrent les premiers mois de 1906. L'honneur en revient à la puissance propre du catholicisme français. Seulement, nos amis s'y couvrirent de gloire, et au premier rang l.
Nos amis furent également les premiers ou les seuls à sentir et à recueillir la leçon de ce mémorable conflit religieux. La fermeté du Siège romain et le courage des catholiques avaient fait reculer l'agresseur. Un ministère en avait été renversé. Le chef du nouveau cabinet, qui pourtant n'était autre que le destructeur Clemenceau, déclara, dès son avènement, qu'il ne se souciait pas d'une guerre civile « poiu' quelques chandeliers d'autel ». Mais peu de temps après on eut la bonhomie de laisser s'accomplir par la douceur ce qui avait été rendu impossible à la violence. Ainsi l'heureux exemple de l'utilité et de la bonté de la force ne porta aucune leçon immédiate. Elle ne fut pus
L. A Paris, sur 1.500 caries obtenues de la Préfecture de police pour visites aux prisonniers des inventaires, il y en eut 1.400 délivrées à des royalistes notoires. Et ce fut une bonne partie de ce noyau qui se retrouva en 1909 aux manifestations contre Thalamas. L'acte le plus brillant de la résistance catholique fut celui de Bernard de Vesins à l'église Saint-Symphorien de Versailles, il fut frappé (avec Joseph de Bosker du Hamel) de la plus forte des condamnations prononcées alors * deux ans de prison.