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LE MARIAGE EN ANGLETERRE

« En Angleterre, à l’exception des quakers et des juifs, qui, selon leurs dogmes religieux, doivent, pour être aptes à se marier, justifier qu’ils font partie de la Société des amis, ou bien qu’ils professent le judaïsme, les parties peuvent adopter telles formes de mariage qu’elles jugent convenables, aucune déclaration de foi , aucune observance de rites particuliers n’étant requises. Les mariages peuvent être célébrés selon les formes civiles, selon les formes religieuses ou selon les deux formes. Il y a quatre manières différentes de contracter légalement : 1° par la voie habituelle, c’est-à-dire licence donnée par l’archevêque ou son suppléant, selon les rites de l’église d’Angleterre; 2° sur publication de bans, selon les rites; 3° par certificats sans ces bans; ,4-o enfin, les mariages peuvent être contractés dans quelque lieu consacré au

culte, ou dans le bureau du fonctionnaire préposé à l’inscription. « (Lava, Droit anglais, t. i, Mariages.)

Ce n'est que depuis le Pr janvier \ 810 qu’un bill a déclaré (pie les mariages célébrés à Gretna-Green cesseraient d'être considérés comme valablement contractés.

Pendant plus d’un siècle, une famille de forgerons, du nom de Boniface, avait exercé dans ce village la profession facile et lucrative de marieurs. Le récit suivant donnera une idée des mariages consacrés par le forgeron Boniface. Le 6 novembre 1845, deux jeunes gens arrivèrent à Gretna : l’un était capitaine dans la garde royale; l’autre était une jeune tille qui n’avait pu déterminer ses parents à consentir à son mariage, et qui n’avait pas encore l'âge voulu pour leur faire les sommations légales. Lorsque le capitaine Ibbetson et lady Adèle Villiers arrivèrent à Gretna, le forgeron pontife présidait un banquet auquel assistaient des ingénieurs occupés à faire des tracés dans ce pays. Un message secret ayant été remis au président, il se leva brusquement de table et monta au salon où l'attendaient ces deux visiteurs. Interrogé par le capitaine, qui lui demanda s’il célébrait des mariages, le poqtife déclara qu’il était dans l’habitude de le faire depuis des années, et qu’il continuerait, à moins qu’il n’en fût empêché par lord Brougham, qui, l’année précédente, avait tenté de s’attaquer à son privilège.

Boniface, ayant demandé la permission de se retirer quelques instants, reparut bientôt en costume.

Lady Adèle Villiers, interrogée sur ses prénoms, éprouva quelque embarras : elle ne se rappelait que trois prénoms et croyait en avoir d’autres. « Peu importe, dit Boniface, tous les prénoms ne sont pas nécessaires, témoin le prince de Capoue, marié par mon ministère ; il avait une kyrielle de seize prénoms; il ne s’en rappela que la moitié, ce qui ne m’empêcha pas de le marier. »

Les postillons de Carlisle, qui avaient l’habitude de servir de témoins dans cette occasion (c’était leur privilège), furent mandés au salon.

Les deux futurs déclarèrent qu’ils étaient célibataires tous deux, et qu’ils étaient venus à Gretna librement et spontanément, sans aucune contrainte. Boniface, se tournant vers le capitaine : « Prenez-vous cette femme pour votre femme légitime?

« — Oui. »

Boniface, reprenant : « Vous la prenez pour vivre suivant les commandements de Dieu, dans le saint état du mariage? Vous promettez de l’aimer et de la secourir, de la chérir en santé comme en maladie, et, négligeant toutes autres femmes, de lui rester fidèle tant que vous vivrez tous deux? »

Le capitaine prêta ce serment avec le plus grand empressement, et fit une protestation des plus vives à lady Adèle Villiers.

Lady Adèle ayant fait des réponses et promesses identiques, le capitaine passa l’anneau de mariage au doigt de lady Adèle Villiers, et Boniface dit d’un ton solennel : « Attendu que cet homme et cette femme ont consenti devant Dieu et les témoins à être mari et femme, en recevant cet anneau, je déclare qu’ils sont unis en la présence de Dieu et des témoins. «

Il a été dressé acte dudit mariage sous cette rubrique et sur feuille imprimée :

ROYAUME d'ÉCOSSE , COÛTÉ l>E DCMFR1KS , P \ ROI SSE DK G K ET > A .

« Certifions à tous ceux qui les présentes verront, que Charles Parke Tbbetson, de la paroisse de Saint-Pancras , eomte de, Middlcsex, et Adela-Corisanda Villiers, de la paroisse de Saint-Georges, à Londres, comté de Middlesex, ici présents, et déclarant être tous deux célibataires, ont été maries aujourd’hui conformément aux lois de l'Église d’ Angle terre et aux lois de l’Écosse.

u U. ml acte, à Gretna-Hall, ce 6 novembre 1843 » (Suivent les signatures.)

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