‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 107 sur 180 · D D DL DD D · texte numérisé non relu

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une inscription latine. Le malheureux Boleslas IT, obligé de fuir de sa patrie, mourut à l'étranger. Le corps de Mieezyslas LLL, occupé de s’affermir sur le trône, reposait à Kalisz, dans l'église Saint-Paul qu'il fonda. Cette église. n'existe plus.

Pour donner une idée précise des cérémonies funèbres des rois de la race des Piasts, il faudrait sans doute parler de celles de chaque roi; mais, comme ce travail sortirait des limites que nous nous sommes imposées, nous nous bornerons à rapporter, d’après Naruszewicz, les funérailles de Kasimir le Grand.

. SIL. — Funérailles de Kasimir le Grand.

. Le cortége était ouvert par quatre chars funèbres, attelés de quatre chevaux couverts de drap noir; quarante chevaliers vêtus de manteaux de pourpre suivaient, onze portant les drapeaux des onze duchés, un autre, celui de Pologne. Venait ensuite, sur un cheval magnifiquement harnaché, un cavalier revêtu de la robe royale, et représentant la personne de Kasimir. Il était suivi de six cents hommes rangés deux à deux, qui portaient de grands cierges; à leur suite étaient les corbeilles renfermant les riches présents destinés aux églises ; enfin le nouveau monarque en grand deuil, accompagné des princes, des archevêques, fermait la marche. Le convoi funèbre s'arrêta d’abord dans l'église de Saint-François, puis de la Sainte-Trinité et de Notre-Dame. A ces églises furent remis deux pièces d’écarlate, des coussins tissus en or, deux pièces de drap de Bruxelles de différentes couleurs. Pendant la célébration de la messe, outre une aumône considérable en cierges et en argent, deux hommes portant deux urnes en argent, remplies de gros de Prague (monnaie du siècle), s'approchèrent de l’autel,et, au moment de l'offertorium, y déposèrent ces offrandes. Le trésorier de la couronne jeta à droite et à gauche les étoffes et l'argent que contenaient les corbeilles. Outre ces dons qui témoignaient de la munificence du défunt, on mit sur le maitre-autel, pour l'entretien de l'église, deux pièces d'étoffe en soie rouge tissue de fils d'or, et deux pièces de drap fin. Le référendaire et le sous-trésorier présentèrent aussi leurs offrandes; elles consistaient en deux vases d'argent ciselés, une nappe et une serviette. Vint ensuite le tour des officiers de table de la cour,qui don-

nèrent quatre grands plats d'argent; celui du grand veneur et Sous-veneur, présentant deux vases du même métal. Les offrandes se terminèrent par celles du grand écuyer, qui présenta le cheval favori du roi défunt, qui portait un cavalier ainsi que les drapeaux. Durant cette distribution, à chaque autel où étaient célébrées des messes, on déposait des gros de Prague, et quand, suivant l'ancienne coutume, on brisa les drapgaux, les lamentations du peuple furent telles, qu’on aurait dit que la patrie allait avec son roi s’ensevelir dans le tombeau !

SIL. — Funérailles des grands-ducs de Litvanie.

Pendant que la Pologne chrétienne, sous le règne de Kasimir le Grand, entrait à grands pas dans les progrès de la civilisation occidentale, Ia Litvanie était encore païenne. Belliqueuse, et en guerre continuelle avec ses voisins, les obsèques de ses ducs portent un caractère tout spécial, Mais, depuis la grande ère de Jagellon, les funérailles des grands-ducs furent célébrées à peu près de la même manière que celles des rois de Pologne, et les corps embaumés étaient conservés dans les tombeaux de Wilna, résidence des grands-ducs.

Pour donner au lecteur une idée de la pompe que l'on déployait à l'occasion de la sépulture des grands-ducs avant le christianisme, nous allons mettre sous ses yeux la traduction d’un passage d’une vieille chronique, qui raconte la cérémonie funèbre de Gédymin, grand-due, père d'Olgerd, contemporain de Kasimir le Grand.

« Le grand-duc Gédymin,étant mort percé d'un coup de feu au siége de Friedbourg (xive siècle), Olgerd, Kieystut et Jawnut, fils du grand-duc, les chevaliers et le peuple conduisirent le corps à Wilna, en chantant des hymnes funèbres en l'honneur du courage et des vertus guerrières de celui qui avait cessé de vivre. Le bûcher était dressé au confluent de Ia Wilenka et de Wiliia. Lorsque la famille du duc fut réunie, le corps, revêtu des somptueux ornements de sa dignité, fut étendu sur le bûcher, où furent entassés ses armes, un couple de faucons, un couple de levriers, son cheval favori et son serviteur le plus fidèle. Aussitôt que le bûcher fut embrasé, les assistants, poussant des cris lamentables, jetèrent au miiieu des flammes des griffes d'ours et de panthères, une partie des trophées de Gédymin, et trois prisonniers allemands couverts de leur

armure. » Ils brülaient un sérviteur, parce que, selon leur grossière croyance, le guerrier conservait ses dignités dans le séjour des morts ; il lui fallait bien ensuite des griffes d'ours pour gravir les montagnes immenses qui le séparaient du ciel.

Revenons aux rois de Pologne.

Dans l'enceinte du château royal de Krakovie, sous les voûtes imposantes de la basilique de Saint-Stanislas, reposaient déjà dans les tombeaux les restes augustes de Boleslas, de Wladislas, de Kasimir le Grand. La famille des Ja- . gellons enrichit encore ce monument qui devait durer des siècles. é

Les cérémonies funèbres variaient suivant les circonstances qui accompagnaient la mort du roi. Le dernier Jagellon, Sigismond-Auguste, en a réglé le premier la pompe (tous les détails en étaient prévus) et depuis tous les rois qui lui succédèrent, à quelques changements près, comme on le verra par la description conservée par Orzelski.

« Lorsque le roi Sigismond Ier fut mort, le corps fut lavé et embaumé avec les parfums les plus précieux. On le revêtit de la chemise mortuaire, on lui mit des bottes éperonnées, une dalmatique blanche, un collier, des gants en soie, et par-dessus des gantelets d'acier, un anneau au doigt, une croix en or suspendue au cou par une chaine en or, une couronne sur sa tête ; on plaça dans ses mains une sphère en or et un sceptre, un glaive au côté gauche. Ainsi vêtu et couvert d’une draperie tissue d'or, le corps fut exposé au public et placé le lendemain dans un riche cereueil. Au-dessus du cercueil une inscription était gravée sur une plaque d’argent. Les dames de la cour placèrent dans le cercueil deux médailles en or à l'effigie de Sigismond. Il fut ensuite porté sur le lit où il avait rendu le dernier soupir. Le lit était tout couvert de velours noir ; des lampes, des flambeaux éclairaient ce triste tableau. Les officiers de la cour gardaient le corps jour et nuit, et des prêtres célébraient successivement des messes. Les dames de la cour et de la noblesse (écrit Bona à Isabelle) visitent le corps avec nous.

Voici l'ordre du convoi de Sigismond-Auguste:

« Une troupe d'enfants ouvrait le cortége. Derrière eux marchaient les couvents avec leurs bannières, les membres du clergé, l'université en robes, les évêques et archevêques avec leurs insignes pontificaux, seize cents pauvres couverts de manteaux noirs, trente drapeaux voilés

f LA POLOGNE.

d’un crêpe funèbre, trente chevaux drapés en noir; trente brancards mortuaires étaient portés chacun par quatre personnes, ils contenaient les vases d'argent et les ornements destinés à être distribués aux églises. Des cavaliers armés de pied en cap portaient le glaive et le bouclier royal, le drapeau de la Pologne et celui du grand-duché renversés. Un gentilhomme, couvert d’une armure brillante, monté sur un chemval agnifique et richement harnaché, représentait la personne du roi défunt, suivi des sénateurs, qui portaient le globe, le sceptre et la couronne, Le corps, enveloppé d’un linceul blanc, était traîné sur un char couvert de velours noir. Autour du corps les officiers de la couronne et les grands dignitaires de la république portaient les cierges ; derrière eux venaient les conseils de la municipalité, les corporations d'ouvriers avec leurs bannières, et le peuple. Aux portes de Krakovie le convoi fut reçu par le clergé, les moines, la noblesse, les envoyés étrangers et mille personnes en deuil. L'usage voulait que des dons fussent offerts à chaque église où entrait le corps; partout des gros de Prague étaient jetés sur les autels et aux pauvres. Le cortége n’entrait pas dans l'église : l'accès n’en était permis qu'aux grands dignitaires et au clergé supérieur. A l'Agnus Da, le cavalier qui représentait le roi mort se laissait tomber de cheval avec un grand bruit. Le drapeau était rompu contre le catafalque; alors le nouveau roi saisissait le bout auquel était attaché le drapeau ét l’élevait vers le ciel. Des gentilshommes entraient à cheval dans l'église et brisaient contre le catafalque la couronne, le sceptre, le glaive, une flèche et une lance, au bruit des canons, au son des trompettes et des cymbales. Les grands maréchaux brisaient leurs bâtons, les chanceliers leurs sceaux, et marquaient ainsi que leurs dignités avaient cessé avec la vie du roi, »

Après la mort de Sigismond-Auguste (1572), la Pologne devenue élective, fière de ses institutions républicaines sous un monarque électif, honora la mémoire de ses rois par des cérémonies solennelles et imposantes. La pompe des funérailles réglée depuis Sigismond fut strictement observée sous l'élection.

En Pologne, quand le roi mourait, tous les ressorts du gouvernement étaient brisés, tous les * pouvoirs cessaient à la fois ; les juges ordinaires n'écoutaient plus les plaintes du peuple. Il sem-

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blait que le roi mort, la république était morte avec lui. Tout le fardeau de l'administration retombait sur le primat archevêque de Gnèzne, et son premier soin était d'envoyer les universaux (Les circulaires) aux palatins et aux chefs de distriets, tant de la Pologne que du grandduché, pour leur annoncer la mort du roi. Le grand trésorier faisait embaumer et placer le corps sur un lit de paradé, où il restait exposé aux regards du peuple, revêtu des ornements royaux, jusqu'à ce que le convoi partit pour Krakovie. l

Les palatins, les castellans et les starostes faisaient immédiatement annoncer la mort du rot dans les villes et les campagnes, et se rendaient aussitôt à la diète de convocation qui précédait celle d'élection. Les tribunaux ordinaires étaient remplacés par des juges qu’on nommait juges de kaptur, c'est-à-dire juges à tête voilée, image sans doute du deuil de la république.

La diète de convocation se tenant comme les autres à Varsovie, était présidée par le primat, Le -ciel du trône était rabaissé, et le fauteuil royal tournait le dos à l'assemblée. Le siége du primat était plus rapproché qu'à l'ordinaire ; une barrière circulaire le séparait des membres de la diète. Là, cette fière noblesse, cette aristocratie républicaine discutait les mesures nécessaires à la sûreté de l'État, et reprochait au roi défunt ses torts envers la nation. Les plus ordinaires de ces torts, qu’on nomme exorbitances, sont la violation des pacta conventa, la dilapidation des revenus, l'excès des impôts, les guerres arbitraires, etc., etc. Ainsi les actes du règne précédent étaient soumis au contrôle des membres de l'assemblée : imitation des jugements que les Egytiens faisaient subir à la mémoire de leurs rois. Les exorbitances étaient ensuite présentées à l'approbation de la diète d'élection, et le nouveau roi devait jurer de ne pas s'en rendre coupable. |

Après l'élection, les conseillers du primat réglaient les dépenses et les préparatifs néces: saires pour les funérailles. Rien ne devait être oublié pour en augmenter la pompe et la magni: ficence. Plusieurs évêques, plusieurs abbés mitrés étaient nommés pour accompagner le corps, Le roi nouvellement élu, les officiers de la couronne et du grand-duché, les membres du sénat, les principaux dignitaires de la république, les gentilshommes, les officiers subalternes du palais, l'élite des troupes, la plus grande partie

de la noblesse, formaient le cortége, qui était conduit par un sénateur séculier qui fait les fonctions de maréchal et en porte le bâton.

La distance de Warsovie à Krakovie étant de quatre-vingts lieues de France, le cortége allait lentement, et s’arrêtait dans chacune des églises qu'il rencontrait sur la route, pour y célébrer la messe des morts

Arrivé à Krakovie, le cortége s’arrêtait dans le faubourg de Kleparz; le corps était déposé dans l’église de Saint-Florian, où il devait rester jusqu’au couronnement du nouveau roi. La constitution défendant à celui-ci d'entrer dans la ville, il habitait quelques jours le palais de /a Grande-Procuration, et lorsqu'il partait pour la cérémonie du sacre, il mettait pied à terre devant l’église de Saint-Florian : avant de ceindre la couronne, il devait prier pour celui qui avait régné avant lui. Une pensée religieuse réglait toutes ses démarches pendant les trois jours qui précédaient le couronnement : on voulait que le spectacle de la mort fût sans cesse devant les yeux de celui qui allait monter au premier rang parmi les hommes.

Le premier jour, il se rendait avec son cortége dans la chapeile de Saint - Stanislas nommée Skalka, mémorable par la mort de l'évêque Stanislas.

Le second jour était destiné à transporter le corps dans l'église cathédrale. Le nouveau roi était confondu dans le cortége ; il tenait, comme les autres assistants, un cierge à la main. Cette procession était si longue et si nombreuse, qu'elle commençait le matin et finissait le soir.

Enfin la grande cérémonie des funérailles avait lieu le troisième jour. L'église était tendue de draperies noires; leroi et tousles assistants étaient en deuil. Divers sénateurs portaient la couronne, le sceptre et le glaive renversés; les drapeaux des palatinats et des districts étaient portés de la même manière par les chevaliers de l’ordre Equestre. Au dernier acte de la solennité mortuaire, les maréchaux rompaient leurs bâtons contre le catafalque, les chanceliers leurs sceaux, et les hommes d'armes leurs armes.

Telles étaient les funérailles des rois de Pologne.

Les funérailles des reines n’étaient pas moins pompeuses. On trouve dans les Mémoires de Gaetani (1596) la description de celles d'Anna Jagel-

LA PFOLOGNE.

lonne épouse d’Etienne Batory. Nous y lisons que le corps était accompagné par les officiers de la . couronne, par des évêques des religions grecque et latine, et par les dames de la cour, conduites chacune par un cavalier; le roi suivit le convoi jusqu'à Krakovie. AE

Ces rites se perdirent avec le temps. Sous l'influence d'avides et ambitieux voisins, comment la Pologne aurait-elle gardé ses coutumes nationales, qui datent de plusieurs siècles ? |

$ IV. — Funérailles des seigneurs.

Les funérailles des seigneurs en Pologne ressemblaient beaucoup à celles des rois. Ici, comme partout ailleurs, les nobles tâchaient d'imiter la cour : manières, fêtes, mœurs, funérailles, ils cherchaient à tout copier ; aussi leurs cérémonies funèbres présentent-elles une magnificence presque égale à celles des rois.

Dans l'histoire ancienne nous trouvons mille exemples de la magnificence ec de la splendeur des funérailles des seigneurs. En voici un entre autres :

Les funérailles de Joseph Potocki, castellan de Krakovie, mort le 49 mai 1751, furent ajournées jusqu'à septembre à cause des préparatifs immenses qu'elles nécessitèrent. Elles eurent lieu à Stanislawow. Dix'évêques et leurs chapelains, soixante chanoines, douze cent soixante-quinze prêtres du rite latin, quatre cent trente du rite grec furent convoqués à cette cérémonie. Les

-obsèques durèrent quatre jours, et pendant ce

laps de temps, chaque chanoine reçut vingt louis d’or, et les autres douze. Les libéralités ne se bornèrent pas là : on continua encore pendant trois jours à distribuer un louis à chaque membre de l’église, et, outre cela, ils furent encore pendant leur séjour logés dans des habitations que l'on avait préparées pour eux, et où rien ne fut négligé pour témoigner de la largesse du défunt: le vin, l'eau-de-vie, la bière, le miel furent prodigués. Il y eut pendant cinq jours table ouverte dans les réfectoires des couvents, et dans le château douze tables étaient toujours servies. À chaque diner on consommait vingt tonneaux de vin de Hongrie, onze de Bourgogne, de Champagne et du Rhin. Pendant six jours, cent vingt canons en bronze appartenant au château ne cessèrent de gronder.

STANISLAS FALINSKI.

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