‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 141 sur 180 · DES · texte numérisé non relu

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aubérges accueillent les voyageurs. Dans les environs, qui sont très-fertiles en céréales, on remarque les jolies campagnes et les châteaux de Bÿchawa, Jakobowicé, Rury, Osmolicé.

L'époque de là fondation de Lublin n'est pas mieux connue que celle des autres villes anciennes de la Pologne, elle remonte sans doute aux siècles reculés. Son histoire commence par le siége que fit, en 1205, Roman, prince russien, et qui après cinq mois de campement se retira avec honte. En 1240, les Tatars incendièrent la ville ; à leur suite vint le prince russieh Daniel, qui par un stiatagème se réndit maître de la ville, Il la fortifia ; et ce n'est que cinquante-sept ans plus tard que la Pologne ressaisit son patrimoine, Kasimir le Grand dota Lublin d'un château en briques. En 1447 il fut brûlé. En 1569, Sigismond-Auguste accomplit ici un acte trèsrare dans les annales du genre humain : deux nations, la Pologne et la Litvanie, alliées depuis à peu près cent soixante-dix ans, jurèrent de se soutenir toujours réciproquement, de partager la fortune bonne ou mauvaise, et de ne plus former qu’un seul Etat. Et, ce qui est plus édifiant pour l'humanité, elles tinrent et tiennent leur parole, malgré toutes les calamités, partages et transformations qu’on leur a fait subir.

Dans la guerre civile, sous le règne de Sigismond ll, la ville fut rançonnée et pillée par un chef des révoltés, Félix Herburt. Les élèves des Jésuites tombèrent sur les dissidents, rayagèrent leurs propriétés, renversèrent leurs églises. En 1655, les Kosaks, sous Zlotarenko, pour prendre leur revanche,s’approchèrent de Lublin, livrèrent les faubourgs aux flammes, bouleversèrent les plus beaux monuments, et se retirèrent après avoir pillé et rançonñé le reste des habitants. La même année les Suédois occupèrent la cité en ruines; et depuis cette époque elle ne put relever la tête, tant les malheurs et les désastres de la patrie se suivirent sans interruption.

$ IV. — Les habitants de la Grande et de la Petite logne : leur origine, religion, l'instruction publiqne, les classes, le caractère physique et moral.

Les habitants primitifs de la Grande - Pologne furent les Léchites, dits Polanie, les Kuïaviens et les Mazoures, en allant de l’ouest à l’est ; et dans là Petite-Pologne, ce sont les Krobates qui fornient la sôuche principale; les Podlaquiens, an-

ciens Jadzwingues, ne sont pas de la souche slavé, ils tranchent de la race litvanienne ét prussienne.

La Léchie avec la Silésie se fit chrétienne dans le xe siècle, et entraîna la Kuïavie, la Mazovie et la Krobatie à sa suite. Bientôt ces cinq rationalités n'en formèrent qu'une, unie par la foiet par l'idiome slave, et partagée seulement par les dénominations géographiques.

La religion catholique, apostolique, romaine, est celle de la nation; le protestantisme, le schisme et le judaïsme y jouissent de la liberté la plus complète. Les charges publiques sont distribuées indistinctement dans la religion chrétienne ; les Juifs en sont exclus. Ils ne jouissent d'aucun droit politique.

L'instruction publique diffère selon les gouvernements : dans le duché de Posen, elle est la plus répandue, positive, protestante ét allemande à la fois; en Galicie, elle est jésuitique, d’un philosophisme scolastiqué, parcimonieusement octroyée, même en sciences mathématiques. La starostie de Spiz subit la même éducation. Dans le royaume de Pologne elle fut de 4815 à 1818 libéralement repandue ; de 1818 à 1850 rétrécie, entravée, mais toujours façonnée à la française ; depuis 4831 elle suit l’impulsion donnée dans tout l'empire de Russie, où la foi grecque et le culte du tzar, c'est-à-dire l’obéissance passive et le servilisme le plus abject, forment le principe de l'éducation: La langue moskovite et la langue allemande sont indispensables, dans les pays polonais, pour obtenir les grades universitaires.

Les habitants de ces pays se divisent en cinq classes : les paysans, les bourgeois, les colons allemands, les Juifs et les nobles. Les paysans sont libres et propriétaires dans le grand-duché de Posen; libres et pourtant corvéables, avec toutes les conséquences de Ja corvée, dans le royaume de Pologne; ils subissent la loi du seigneur dans la Galicie, sans être esclaves; de même dans la starostie de Spiz; dans la province de Bialystok, incorporée dans l'empire russe, le paysan est serf, dme qui à son prix fixe et qui se vend avec la terre et ïe bétail: il n’ÿ a que l'arrondissement de la ville de Krakovie où lagriculteur est homme, dans toute l’acception de ce mot. il y est maître de sa terre et dé ses fruits, il dispose de son temps et de ses bras comme il l'entend, et il n’est responsable de ses

actions que devant Dieu et la justice du pays. Il y est citoyen. Tel serait le sort de tous les paysans de la Pologne, si la Pologne disposait d’ellemême. — Le petit bourgeois ne diffère guère, dans les bourgades, du paysan, excepté qu’il a de la liberté dans ses actions; mais il fournit des recrues comme le paysan ; son éducation peut le rendre apte à remplir les fonctions publiques, mais dans le service militaire il n’a aucun privilége. — Le colon allemand vit ordinairement retiré au sein de sa famille, et ne s'occupe que de son industrie. On le respecte, parce que ordinairement ses métiers avantagent les produits du paysan et donnent de l'occupation au bourgeois; son caractère paisible et probe satisfait à toutes les exigences. — Le Juif vend l’eau-de-vie et la bière à la campagne et à la ville; trompe les villageois et les bourgeois; crédite, double et triple la dette avec une impudence etune adresse remarquable; il vend et achète tout ce qu’on veut, tout ce qu'on peut vendre et acheter, les graines, les vieilles hardes, le bois, les quincailleries, la vertu d’une fille malheureuse, l’héritage d’un enfant prodigue; il espionne pour l'un et l’autre parti en temps de guerre. Au jour de Ia résurrection de Ia Pologne, on aura beaucoup à faire pour réformer ce peuple malheureux , fdigne d'intérêt par sa vive intelligence, et qui forme la dixième partie de la population. On s’occupa à leur donner une éducation nationale dans le royaume de Pologne; un comité établi près du ministère des cultes et de l’instruction publique examina ses livres religieux, veilla sur les rabbins. Depuis 1832 cette institution est faussée. L'avenir profitera du passé. Le Juif n’est soldat qu’en Galicie et dans le pays de Bialystok ; il se libère du service dans les autres Etats par un impôt spécial. — Le noble, depuis 4791, est devenu peu à peu citadin à tradition nobiliaire, ou bien il est resté propriétaire rural, jouissant des distinctions honorifiques, et ce n’est que dans l'arrondissement de Bialystok, et actuellement dans le royaume, qu'il n'est pas forcé au service militaire : il est libre de capitation dans l’empire de Russie. Dans les autres parties il est égal, quant aux impôts, à tous les habitants du pays. La noblesse se partage en deux divisions : petite noblesse, égale presque des bourgeois, et noblesse titrée et riches propriétaires ; ce sont ordinairement des comtes ou des barons de création allemande ou russe. La première habite la campagne, cultive la terre et

aime sa patrie, la Pologne; la seconde cherche du vernis dans les cours, dans la diplomatie, dans les armées des oppresseurs de sa nation ; c'est la vraie aristocratie, détestée de la masse du peuple, méprisée par ceux qu’elle sert, étrangère à la nation qui la voit singer les manières courtisanesques, suspecte à la cour, par la défiance qu'on a pour une nation opprimée. Elle cherche à se donner une teinte de patriotisme, pour avoir de l'importance aux yeux des gouvernements ; elle brigue les titres et les honneurs pour imposer à la nation par ses dignités à la cour. La cour la trompe et se sert de ses prétentions ; la nation, trompée par la cour et par la haute noblesse, abhorre l’une et se défie de l’autre. Pendant la dernière guerre, le peuple disait : « C’est bien, allons nous battre pour la patrie, mais faites en sorte que nos seigneurs ne nous trahissent pas. » — Quant au caractère national, en général, le Polonais est-il de la Grande ou de la Petite Pologne, citadin ou noble, il aime le brillant : l'ambition qui approche de la vanité le porte à des actions d'éclat; la guerre lui convient le mieux, car c’est là que la gloire s’acquiert le plus vite. L'intelligence d'un Polonais est susceptible d’un grand développement, mais l'amour de la patrie l’occupe exclusivement, il ne rêve qu'indépendance ; son cœur bat vivement au récit de tant de désastres et de tant de gloire ; il se précipite en aveugle sur le pas de ses prédécesseurs ; vole au combat, lutte avec témérité et se désespère au premier revers ; mais bientôt il revient à la charge avec des forces et des espérances nouvelles. Cette inépuisable disposition à combattre promet à sa patrie encore un bel avenir. Une fois l'indépendance conquise, on saura facilement tourner son activité vers la régénération de ce pays qu'il aime si vivement et pour lequel aucun sacrifice ne lui coûte.

Le paysan polonais, bon catholique et braye soldat, aime son sol natal, et ne hait que ses oppresseurs. Le curé du village est son prophète ; et comme en général les prêtres en Pologne sont des gens honnêtes et de bons patriotes, le paysan, malgré sa misère, est aussi ardent ami de l'indépendance nationale que le plus grand propriétaire de l’ancienne famille. Le paysan polonais sait bien que son état serait plus supportable si l'étranger ne dominait pas dans le pays. La religion catholique et la Pologne, voilà deux mots qui ferment son oreille à toutes les insinuations des cabinets de Berlin, de Vienne et de Saint-Pé-

térsbourg. Il est hohnèête et prévenant dans ses manières, docile aux bons. eonseils, enclin à boire outre mesure : l’éau-de-vie c’est sa consolation pour les misères de ce monde.

Les femmes du peuple ordinairement ont une belle earnation ; leur visage est vermeil ; elles ont le regard vif, le sourire aimable ; les dames polonaises sont célèbres par leur beauté et leurs manières distinguées. Elles exercent une influence salutaire sur l'esprit des hommes, poussent à des actions grandes et nobles. Les Polonaises sont des patriotes à toute épreuve.

$ V.— Coup d'œil historique sur la pelite el la, Grande pINEnE:

Quelle est l'origine du nom de la Pologne? — Du champ (pole) ou de la plaine (plaszezyzna), comme on veut nous le faire croire? ou bien des Polanié, peuple slave habitant les bords de la Warta et du Pnieper.… ou bien del’héritage de Lech, Leszek.… (po Lechu, po Leszku, d'où viendrait Polechia, Poleszka, Polszka, enfin Poiska). Nous ne pouvons résoudre cette question avec certitude. La dérivation de la plaine ne convient pas à un pays montagneux, comme celui de Krakovie ; le nom de Polanié ne pouvait être imposé aux Krobates qui ne cessaient de vivre en bonne harmonie avec les Slayes de la Warta; la dernière hypothèse paraît la plus probable, pourtant nous ne l’affirmons pas. 2

Le nom de Pologne se montre constamment dans les pages de l’histoire depuis le x1£ siècle, quand Boleslas le Grand, après avoir chassé les Tszèks ( Bohémes) de la Krobatie, vint, dans l'an 1000, à Gnèzne, où l'empereur Othon Ili Jui ajouta le titre de roi des Slaves au delà de

l'Oder et sur l’Elbe. Depuis cette époque, les.

deux provinces principales, la Léchie et la Krobatie-Blanche, prennent les dénominations de la Grande-Pologne et de la Peuite-Pologne. H paraît que les épithètes de grande et petite ne marquaient alors que l'étendue du territoire. Voilà le point de départ de la Pologne chrétienne.

Boleslas, une fois maître de la Petite-Pologne, établit sa résidence à Krakovie, pour persuader aux Moraves et aux Tszèks qu'il est prêt à s'y maintenir par la force. À sa mort en 4025, les Czechs envahirent la Petite - Pologne et ravagèrent Krakovie. La Silésie, possession polonaise, subit le même sort. La Grande-Pologne ne fut pas plus ménagée ; la Poméranie se révolta

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