‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 16 sur 180 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

» Dosé , dosc orle, pogoni!

» Nie ostrz dzioba i broni : Na sasiednich narodôw dwôch meke, » Bo po groibach, po trwogach, » Wieloletnich pozogach, » Litwin Lachoin braterska dat reke:

VIFL.

» Obaj wzgodzie, w pokoju, 1 Biega razem do boju, » Niby jednych rodzicow dwa syny.

« Na puklerzu ich swieca, « Na choragwi ich leca » Pogen z orlem po wspélne wawrzyny.

ALexanper Conso.

Wladislas sentait le besoin d’une alliance avee Gédymin; pour développer des éléments de prospérité, la paix était indispensable. Il conçut donc le projet de marier son fils Kasimir à Ja fille du duc de Litvanie.

Gédymin avait sept garçons et trois filles. Aldona était son enfant bien-aimé, l'orgueil et ia joie de sa vie; le projet du roi de Pologne le flatta donc dans ses plus chères affections ; une

couronne pour sa fille adorée était le vœu qu'il formait depuis longtemps; mais il avait de grands obstacles, d'immenses difficultés à surmonter avant de réaliser cette union.

La Litvanie était païenne, il fallait lutter contre

ses croyances et contre l'influence si redoutable de ses prêtres. Gédymin usa d'habileté, il chercha à persuader le peuple, à lui prouver que son intérêt (et il disait vrai) exigeait impérieusement une alliance avec la Pologne. Le peuple murmura d'abord, car le nom chrétien lui était odieux, mais peu à peu il s’accoutuma à l'idée qui, tout d’abord, lui avait semblé un crime et un sacrilége.

C'est alors que l'ambassade de Wladislas-le- Bref arriva en Litvanie. La Pologne était représentée par le palatin de Krakovie Spytek de Mielsztyn, chef de l'ambassade, et l'élite des seigneurs de la cour; mais entre tous on remarquait Sigismond de Szamotuly, et Christin d'Ostrow.

En approchant du Niémen, les Polonais aperçurent un détachement de troupes litvaniennes, rangé en bataille; après s'être salué militairement, les'troupes se serrèrent la main et on “entra à Grodno.

David, castellan de Grodno, fut chargé de recevoir l'ambassade polonaise, et de faire les honneurs du château. David, pour récompense de sa bravoure et de son dévouement au pays, -était devenu le gendre du grand-duc; aussi il traita ses hôtes royalement ; belle réception, grande chère, luxe et abondance, rien n’était négligé, et du matin au soir les tables étaient servies magnifiquement. David, qui assistait au repas de ses hôtes, fut étrangement surpris en les -voyaut faire un signe de croix toutes les fois qu’ils portaient leurs verres à leurs lèvres; et s'adressant à Jacques Kotwicz, il lui dit: « Soyez tranquille, nous vous recevons loyalement, buvez eu paix, il ny à pas de poison dans les vins qu'on vous sert, mais s'il y en avait, croyez-vous que votre signe aurait la puissance de vous préserver, le croyez-vous ! Dans ce cas, vos miracles surpasseraient ceux que vous racontez de votre

Dieu. — Seigneur, répondit Jaeques, votre re-.

ligion tient tout de la terre, et rapporte tout à

la terre; la nôtre, toute divine, rapporte tout àu ciel; nos actions, nous les spiritualisons ; Dieu

est le but et la fin de tout: respectez ce signe de notre foi, et puissent nos prières vous convertir. — Oh! nous convertir, mes seigneurs! dites-

moi où est l'erreur, où est l'aveuglement, si ce n’est en vous; mais ne discutons pas ces graves questions, buvons à la santé de notre maître et seigneur Gédymia, il attend impatiemment votre arrivée à Wilna, et vous verrez tout ce que peut renfermer de franchise et de noblesse le cœur d'un prince païen. »

Les plus beaux appartements du château furent destinés à l'ambassade polonaise, et, par un soin tout plein de délicatesse et de courtoisie, un domestique polonais ‘fut mis aux ordres des

“nouveaux hôtes. Le serviteur paraissait d’un zèle

et d'un empressement qui passaient le devoir ;

‘regardant sans cesse Christin et Sigismond, ïl

les devinait avant qu'ils eussent parlé; tout à coup des larmes abondantes tombèrent de ses yeux, et se mettant à genoux, il dit d’une voix douloureuse : « Seigneur, je suis Polonais, je suis votre compatriote; mes cheveux ont blanchi dans l'esclavage, depuis trente ans je pleurs ma patrie. En vous voyant, je n’ai pas été maître de mon émotion; vous m'apportiez des émanations de ma Pologne, l'exil a tout à coup cessé quand j'ai entendu votre voix... Ah! pardonnez à ce vieillard que le malheur a rapproché de vous!

— Levez-vous, brave homme, lui dit Sigismond, asseyez-vous entre nous deux, nous sommes vos frères, ouvrez-nous votre cœur.

— Quoi, vous compatissez à mes misères!

Dieu m'a regardé en pitié avant de m'appeler à dui; mais hélas! l'habitude de l'esclavage m'a rendu craintif et défiant ;.je n'ose parier, quand votre bonté m'’encourage; je n'ose parler, je n'ose pleurer; il me semble que ies paiens vont m'épier jusqu'ici. Oh! mes seigneurs, calmez mes angoisses ; prions ensemble, redisons cette prière qu'on nous apprend dans notre enfance. »

Les deux jeunes gens se mirent à genoux, et leur voix S’unit à celle du vieillard; quand ee

.pieux devoir fut accompli, le vieillard rassembla

ses souvenirs, et leur fit le récit de ses malheurs :

« Quand j'étais jeune, dit-il, on m’appelait André; mais aujourd'hui je n'ai plus de patrie, je n'ai plus de nom, les païens m’appellent l'es clave. J'étais riche, j'étais le chef d’une grande famille, j'avais un château, des terres, mais j'ai tout oublié; je ne saurais dire aujourd’hui où étaient situés mes domaines. |

— Peu à peu la mémoire vous reviendra, reprit Sigismond ; tâchez de vous rappeler où vous fâtes fait prisonnier ?

— Je ne sais plus, je ne suis plus que l'ombre

LA POLOGNE. Ms)

de moi-même ; je souffre, j'ai souffert ; je me rappelle les combats en regardant mes blessures ; à la dernière bataille contre les Litvaniens, je fas blessé à la tête; l'ennemi m'emporta, et j'étais l'esclave des paiens quand je revins à la vie.

> En vous voyant, mes seigneurs, le passé m'est apparu comme dans un songe ; il me semble que je portais des vêtements comme les vôtres, et.que mon rang commandait le respect à tout ce qui m’entourait; j'avais une femme, des enfants : 4h! pour cela la mémoire m'est resté au cœur ;

lés vois encore avec leurs blonds cheveux, jeur sourire caressant..… Ah !l’amour d'un père survit à tout; un enfant que j'aimais d'un cœur tendre et ardent; ils ont combattu à mes côtés ; eux, aussi, ils ont été la proie de l'ennemi. Vous n'imaginez pas l'horreur de notre esclavage; la mort serait un bienfait, comparée à tout ce que nous souffrons; on ous condamne aux plus rudes travaux ; c’est nous, malheureux prisonniers, qui élevons les forts et les châteaux. Un jour que je portais un sac de plâtre, j'aperçus deux jeunes gens qui succombaient sous le poids d'une énorme poutre : « Infâme, dis-je au maître qui les commandait, ne voyez-vous pas que le fardeau est au-dessus de leurs forces ! — Loup de chréen, me répondit cet homme, de quel droit osestu nous réprimander ? tiens, voilà le cas que nous faisons de tes leçons ; » et en disant cela, ils fustigaient à coups redoublés les deux prisonniers. Le plus jeune, sentant que la poutre allait lui échapper, dit à l'autre: « Reposons-nous un moment, mes bras faiblissent.. » Le maître, voyant qu'ils s'arrêtaient, courut à eux ; l'effroi fit lâcher la poutre à l'un des prisonniers, et l'autre, ce jeune homme si faible, qui demandait grâce d'une voix si suppliante, fut écrasé par le fardeau; ce jeune homme, c'était mon fils... Je tombai sans connaissance auprès de lui; mes blessures se rouvrirent, mais Dieu n’a pas permis que ce füt ma dernière douleur !:» Après ce récit le vieillard pencha la tête sur sa poitrine, et ne proféra plus une seule parole.

« Kotwicz, dit Spytek, n'abandonnons pas ce vieillard!” demandons sa liberté au grand-duc. — Kotwicz? s'écria le’ vieillard, qui a prononcé ce nom ? la mémoire me revient, les jours de ma jeunesse se représentent à ma pensée. Kotwicz.…. c'était mon nom...» Ces mots furent un trait de lamière pour le castellan de Lenezyça, il regarda le vieillard, puis il se jeta dans ses bras, en disant : & Mou frère ! comment tu ne me reconnais pas!

— Oh! mon Dieu! est-ce un rêve, une vision ? Par pitié, ne me trompez pas, ne m'enlevez pas à ce ciel de doux souvenirs; dites-moi que je suis votre frère, et que trente ans d’exil ne m'ont pas séparé de votre cœur !.…

— N'en doutez plus, reprit le castellan, je reconnais vos traits ; ils me rappellent ceux de notre père. Nous combattions ensemble sous les: ordres de Kasimir, duc de Lenczyça, au moment où le’ cruel Witenès entrait en Pologne par la Mazovie. Vous connaissez la fatale issue de la bataille de Sochaczew; notre duc et maître y mourut à la fleur de l’âge; le plus jeune de nos frères fut tué dans le combat, vous fütes blessé et fait prisonnier; moi j'échappai par miracle à ce carnage.

— Tous mes souvenirs reviennent clairs et précis. Un chef-litvanien fit soigner mes blessures, et voyant qu'elles n'étaient pas mortelles, il me-garda, pensant qu’on me rachèterait à prix d'or. C’est ici que j'appris que ma femme et mes fils avaient été faits prisonniers ; vous savez que j'ai été témoin de la mort de l’un d'eux ; mais les autres que sont-ils devenus? Ils sont morts sans doute, notre vainqueur est avide du sang chrétien; ces édifices, ces châteaux, sont élevés sur des ossements polonais; quand vous verrez des constructions nouvelles, pleurez, pleurez à chaudes larmes, car là, ont été ensevelis vos compatriotes ; priez pour eux, ils sont morts dans les angoisses de l'exil.

>» Après dix ans d'un horrible esclavage, David me prit à son service ; ma vie était triste, douloureuse, mais Dieu m'aidait à la supporter ; je n’espérais plus ma patrie, j'attendais le ciel... Enfin, je vous revois, et j'ai trouvé ici-bas le prix de ma résignation. Mais dites-moi, mes amis, la Pologne est-elle heureuse ? l'antique patrimoine des Piasts a-t-il retrouvé sa gloire et sa force primitive ? Wladislas-le-Bref, duc de Kuïawie, vit-1l encore ?

— Oui, répondit le palatin de Krakovie, il est. roi des Polonais, et c’est lui qui nous envoie en ambassade pour racheter nos frères prisonniers des Litvaniens.

— O-Dieu de nos pères, dit André, la Pologne est encore grande et glorieuse ; j'ai revu mes compatriotes, j'ai serré mon frère contre mon cœur, je puis mourir tranquille ! »

Les ambassadeurs polonais et André Kotwiez passèrent la nuit à se parler des événements qui les avaient séparés; le lendemain, lorsque le

castellan David se disposait-à les accompagner à Wilna, Jacques Kotwicz s'approcha de David, et lui dit: « Nous devons vous remercier de votre honorable hospitalité ; votre réputation militaire se rehausse encore à nos yeux, par votre bonté toute franche et délicate, et nous présumons tant de vous,.que nous n’hésitons pas à vous demander une grâce. Le serviteur que vous aviez chargé de. notre service est notre compatriote, nous le réclamons, et veuillez nous dire Le prix jue vous mettez à son rachat. — Un prix ?.— Oui; combien voulez-vous d’or ou d'argent pour nous rendre cet homme? — De l'argent, de l'or, nous ne savons pas ce que c'est dans nos heureuses contrées, mais j'attache une grande importance à ce prisonnier, car je le crois un personnage émivent; cependant il y a pour moi un bien audessus de tous les autres, c'est l'estime d'un noble seigneur, reprenez donc votre compatriote, il est à vous : les chrétiens font des sacrifices, les paiens ne se font pas. un mérite d'une bonne action, elle est volontaire. »

Jacques Kotwicz serra la main de David, et s'adressant à André, il dit d’une voix émue : « Mon frère, tombe au pied de ton libérateur, c'est à : lui que tu dois tout. »

- Le grand-duc. de Litvanie Gédymin, assis sur un tronc d'arbre, présidait aux travaux de la ville naissante de Wilna, lorsqu'un courrier expédié par le castellan de Grodno vint lui apprendre que l'ambassade polonaise était aux portes de ta ville ; aussitôt le grand-duc se rendit au château . pour y ordonner les préparatifs de la réception.

Mais le peuple murmurait, la conviction du souverain n'avait pas encore pénétré les esprits ; le . peuple voyait d’un œil défavorable une alliance

avec la Pologne.

. Les ambassadeurs furent ‘introduits dans la grande salle d'audience, «et le. palatin de Krakovie prononçaun discours, dans lequel il éxpasa les motifs de son arrivée, et rendit hommage aux vertus.guerrières du grand-duc et à sa puissance. Gédymin tendit la main au palatin, et après la

lui avoir serré cordialement, il invita les ambas- |

sadeurs à passer dans la salle du festin. | Auprès d'une table chargée, ou plutôt surchargée de mets, étaient assises les deux filles de Gédymin : Aldona et Danmila. Aldona était d’une beauté irréprochable; sa taille, son visage appartenaient pour ainsi dire à une perfection idéale ;

mais sa sœur avait un charme plus pénétrant, et

pourtant tous les regards se fixèrent sur Aldona.

Pendant le repas on fit des à-parté, il y avait la-contrainte d’une réunion officielle; mais au moment où l'on allait se lever de table, David, qui savait qu'Aldona aimait passionnément la musique, invita Sigismond et Christin à jouer du luth et à chanter. Les deux seigneurs chantèrent en s'accompagnant.

Aldona recevait toutes les impressions avec violence ; sa joie était du délire, son bonheur était de l'ivresse ; le chant, les accents si suaves de ce luth, lui causèrent d’ineffables transports ; elle embrassait les mains de son père, elle soupirait; elle était enivrée..... Peut-être la musique lui avait-elle révélé l'amour !

Quand tout le monde se fut retiré, le grandduc dit à sa fille : « Comment trouvez-vous les ambassadeurs polonais?

— Oh! mon père et seigneur, je ne saurais exprimer toute ma pensée, je suis ravie, je crains d'être un mauvais juge; mon sang-froid m'a abandonnée, toutes mes paroles seront enthousiastes, Cette musique vibre encore dans mon âme; je croyais que les Polonais ressemblaient ° tous à vos prisonniers, mais les deux seigneurs qui ont chanté me semblent plus beaux que tous mes. souvenirs, et plus accomplis qu'un rêve de mon imagination...

— Aldona, reprit le grand-duc, je vous ai demandé votre opinion sur les ambassadeurs polonais, pour savoir si vous n'aviez pas pour leur nation quelque répugnance invincible; dans ce cas, il faudrait l’immoler à votre patrie, car nos intérêts exigent une alliance avec la Pologne, et le roi Wladislas-le-Bref sollicite votre main pour son fils unique Kasimir. — Mon père, je suis restée franche, parce que vous avez toujours été juste et bon pour moi; je vais vous ouvrir mon cœur, Comment puis-je répondre à la proposition que vous me faites? impressionnée comme je le suis, la voix de ce jeune chanteur, m'a fait comprendre des sentiments, un bonheur, une vie que je n’avais pas encore entrevus; voir Sigismond, l'entendre toujours, me semblent un bien préférable à une couronne. — Aldona, je ne

-m'irrite pas de votre résistance, votre franchise

est un trésor que je ne veux pas altérer; mais sachez que l'âme des princes ne doit connaître qu ‘une vertu : le dévouement ; à la foule, les passions, les sentiments; à nous les idées et la force. Je ne m'arrête pas à ce caprice de jeune fille ;

reine de Pologne, vous l'oublierez; mais pour vous unir à Kasimir, il faut que vous renonciez à la foi de vos ancêtres, consultez votre conscience. — Ah ! monpère, vous n’avez donc pas pensé au chef suprême de notre religion, à implacable Krewe Kreweyto, il me poursuivrait de sa vengeance ; jamais il ne me pardonnerait un parjure. — J'ai assez de pouvoir pour combattre la puissance de ce prêtre; mais le secret est indispensable dans cette affaire, il faut que tout le monde croie que l'ambassade polonaise a pour but nos différends avec les chevaliers Teutoniques. Pensez à ce que je vous ait dit; pensez surtout que vous deviendrez chrétienne en devenant reine.

— La religion du Christ, m'a-t-on dit, est pleine d'espérance et de consolation ; toute contraire à la nôtre, elle a horreur du sang ; nos divinités sont menaçantes, et le Dieu des Chréliens est miséricordieux... Souvent ces pensées sont venues ébranler mes croyances; mais comme je vous l'ai dit, mon père, je redoute le courroux de nos prêtres. — Votre conscience doit vous servir de guide, et quelle que soit votre détermination, Aldona, ma force saura vous protéger, »

La lune s'élevait au-dessus de Wilna ; un vent d'ouest balançait gravement les branches épaisses de la forêt consacrée au dieu Perkounas ; tout reposait dans la ville : un homme veillait, agité par les fureurs de la haine et de l’ambution ; cet homme, c’est le grand-prêtre Krewe Kreweyto, l'ennemi des Chrétiens, l'ennemi de tout ce qui porte ombrage à sa puissance. « Cruelle pensée, dit-il, trait qui déchire mon cœur! comment je verrais les ennemis de notre foi renverser nos autels! cette ambassade cache un effroyable mystère... » L'arrivée de deux hommes coupa court à ses réflexions. » Que venezvous faire dans ma demeure, à cette heure avancée ? dit le grand-prêtre.

— Nous sommes les ministres de nos divinités méconnues; nous sommes victimes de la persécution des chevaliers Teutoniques, et nous venons chercher en vous secours et protection pour notre foi.

— Grâces soient rendues à celui qui gouverne le ciel, l'enfer et la terre, s'écria le grand-prêtre, il existe donc des êtres dignes d’adorer notre culte? Venez et racontez-moi l'objet de votre mission. :

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