UNE AMITIÉ DE FEMME
Les femmes tendres et faibles, et par là même ayant plus besoin de paix dans l'intérieur, sont plus exposées aux chagrins et aux peines secrètes dans le monde, elles sont presquetoujours forcées de jouer un rôle et emportent avec ellesune foule d'idées qu’elles cachent et qui leur pèsert. Pour les femmes, les choses ne sont rien et les personnes presque tout, elles vivent d'émotions, et l'indifférence est pour elles un état forcé, elles sont trop souvent la victime de ces douleurs qui frappent plus le cœur que l’orgueil, aussi doiventelles être plus ferventes pour l'amitié.
Mais ce sentiment demande de l'énergie dans l'âme et de la profondeur dans l'esprit; mais ce sentiment ne peut être le partage des êtres mé- -diocres, car l'amitié est une union religieuse qui consacre deux cœurs l’un à l’autre, transforme leur volonté eu une, et fait vivre deux êtres de la -même vie, de la même âme. L'amitié est imposante et sévère, elle demande un courage qui ne s'étonne point des sacrifices, elle demande un esprit qui ne s'irrite point de la vérité : aussi, a-t-on dit souvent que les femmes n'étaient point capables d'amitié, et c’est à tort ; les femmes, ou plutôt quelques-unes, sont susceptibles d’une belle et forte amitié ; mais, comme le génie, comme les grandes qualités, comme les grands crimes, c'est une exception. Quand cette exception divine se rencontre, une amitié de femme est la plus précieuse, la plus délicate, la plus tendre et la meilleure des affections. Les hommes ont les procédés de l'amitié, mais les femmes en ont le charme et la grâce; les hommes se dévouent un jour, dans une circonstance grave, ils vous sauvent d’un danger, mais ils ne vous consolent pas. Aux femmes seules appartient la sensibilité de détail, rien ne leur échappe; elles devinent l'amitié qui se tait, encouragent l'amitié timide, consolent l'amitié qui souffre. Avec des instruments plus fins, elles manient . plus aisément un cœur malade ; mais leur vo-