‹ La Pologne, historique, littéraire, monumentale et pittoresqueChapitre 86 sur 105 · SIGISMOND III · texte numérisé non relu

SIGISMOND III

L'archiduc Maximilien, battu sur tons les points cl voyant que son compétiteur remportait, quitta les environs de Krakovie et se porta vers Wiélun en faisant de grands dégâts. Zamoyski quitte les séances de la diète de couronnement (13 janvier 1588) et marche à la poursuite de l'ennemi. Maximilien, étonné de la célérité de celte marche, et croyant que Zamoyski n'oserait le poursuivre, s'arrêta à Byczyna (Pitschen) en Silesie. Fonde son droit, Zamoyski vint l'y trouver, et livra bataille près de Byczyna (24 janvier). Bailu en plein champ, l'envahisseur autrichien, encore une fois vaincu, s'enferma dans la forteresse. Désespérant de résister à la bravoure polonaise, l'archiduc Maximilien, le prétendu roi de Pologne, l'élu des factieux, se rendit prisonnier avec ses troupes et ses bagages. Il eut recours à la générosité nationale des vainqueurs, il obtint qu'il ne serait pas conduit à Krakovie, mais gardé dans un château.

La veille de l'attaque de Krakovie, dont nous avons parlé plus haut, Maximilien rêva que Jacques Sobieski, grand- enseigne de la couronne, ramassait à terre une couronne enrichie de pier-

reries et en ceignait le front du prétendant. En se réveillant, il crut à la réalité de ce songe ; nais il fut cruellement détrompé, car à la suite de ses défaites le hasard voulut que ce même Sobieski fût chargé de la garde de l'auguste prisonnier. Toutefois il était réservé aux Sobieski de sauver l'empire : quatre-vingt-quinze ans plus tard, Vienne et l'ingrat Léopold durent leur délivrance à Jean Sobieski, fils de Jacques !

Jean Zamoyski conduisit Maximilien prisonnier au château de Krasnystaw (entre Lublin et Zamosc), après avoir mis en liberté les Zborowski et leurs partisans. Mais il fut mal payé de ce noble procédé : les Zborowski firent des tentatives pour enlever Maximilien. L'archiduc fut traité avec égard, mais il conserva son orgueil et refusa de manger à la même table que Zamoyski; alors ce héros, pour lui faire sentir qu'il était prisonnier, le fit servir à part, mais on entoura la table d'une chaîne d'or.

La captivité de l'archiduc dura près d'un an ; pendant ce temps, le pape Sixte V et l'empereur Rodolphe II négociaient l'élargissement de Maximilien. Les commissaires polonais se réunirent à Bendzin, et ceux de l'Autriche à Bytom (Beuthen. Les pourparlers commencèrent le 1er janvier 1589, et l'affaire ne fut conclue que le 9 mars, par suite de la renonciation de Maximilien au trône de Pologne.

A peine Sigismond lii eut-il passé seize mois en Pologne, qu'il parut dégoûté du trône, où il voulait régner et gouverner sous le régime du bon plaisir. Il lui tardait du revoir son père. Après avoir obtenu la permission de la diète tenue à Warsovie (mars-avril), Sigismond partit au mois de juin et arriva à Revel en Estlionie (7 août 1589), où l'attendait son père Jean III. Les longues et secrètes conférences entre le père et le fils trahirent l'envie qu'ils avaient de repartir pour la Suède. La résistance que Sigismond avait opposée aux sollicitations des Polonais donna naissance à des bruits vagues, dont les résultats furent terribles plus tard. On prétendait que les deux monarques, dans leurs conférences, étaient convenus que Sigismond céderait la couronne polonaise» Ernest, archiduc d'Autriche, et que celui-ci épouserait Anna, sa sœur. Une guerre civile aurait éclaté sans l'envahissement des terres russiennes par les Tatars et les Turks qui vinrent assiéger Léopol (18 août). Cette circonstance ramena Sigismond 111 à Warsovie (25 septembre).

OGNE. 403

Le roi n'était pas encore revenu, que déjà Zamoyski, ayant ramassé en hâte une petite armée, entretenue à ses frais et à ceux de ses amis, marcha contre les Turko-Tatars et les força de se retirer.

La prudence de Zamoyski détourna le danger pour quelque temps; il promit aux Turks de punir les Kosaksde leurs excursions en Turquie. Paul Ucbanski, palatin de Belz, fut envoyé en ambassade à Constantinople (décembre 1589), mais la Porte- Ottomane ne voulait souscrire à aucun accommodement.

La diète de Warsovie, ouverte le 8 mars 1o90, établit des impôts extraordinaires ; mais la répugnance à payer ces impôts, la défiance du roi et la jalousie contre Zamoyski présentaient d'imminents dangers pour la république. Gorka, palatin de Poznanie, et ses adhérents, forcèrent le vieux primat Karnkowski à convoquer une assemblée à Kolo. Là, outrageant Zamoyski par de lâches calomnies, ses ennemis abolirent arbitrairement la perception de l'impôt qui venait d'être établi à la dernière diète. Heureusement, l'ambassadeur d'Angleterre à Constantinople déclara à la Porte, de la part de la reine Elisabeth, qu'elle prendrait fait et cause pour la Pologne. Cette énergique intervention eut son effet, et les Polonais, en reconnaissance de ce service, permirent aux négociants anglais de venir s'établir à Elbing.

Cependant le mécontentement général allait toujours croissant. Une nouvelle diète convoquée à Krakovie (3 décembre 1590 — 15 janvier 1591) n'apporta aucune amélioration à l'intérieur, mais on prolongea pour onze ans la trêve avec la Moskovie. Sigismond III, qui ne voulait se conformer ni aux mœurs ni aux lois polonaises, livré' aux Jésuites qui ne reculaient devant aucun moyen pour convertir les prétendus hérétiques ; le roi, qui s'enfermait avec l'alchimiste Wolski, pour chercher au fond d'un creuset l'or qui lui manquait toujours ; enfin son aveugle attachement à l'Autriche, dont la politique de tout temps a été si funeste à la Pologne, firent que l'irritation arriva à son comble. Aussi la noblesse se réunit à Chmielnik et à Lublin pour délibérer sur les mesures à prendre. C'est à cette même époque (1591 )queles étudiants et les bourgeois de Krakovie, poussés sous main parles Jésuites, bouleversèrent les temples des protestants qu»» lu tolérance de Sigismood-Auguste avait protégés jadis.

SigismondlII, indifférent aux intérètsdn pays cl dédaignant la susceptibilité nationale, épousa à Krakovie l'archiduchesse Anna (21 mai 1592). La noblesse se réunit à Jendrzejow (1er juin) à l'effet de rompre ce mariage. Pour procéder plus régulièrement, on convoqua à Krakovie ( 10 septembre) une diète extraordinaire appelée diète d'inquisition, parce qu'on y examinait le procédé et les liaisons secrètes de la cour de Vienne. Zamoyski fut à latéte de l'opposition nationale. Le primat Karnkowski ouvrit la séance par un discours aussi éloquent que hardi.

A la suite de ce discours, les sénateurs commencèrent à voter. Zamoyski leur rappela le serment en appuyant sur ces termes : « Je » dénoncerai tout ce que je verrai de pernicieux » à la république.i en les avertissant d'observer scrupuleusement ce serment. Dans la séance du 8 octobre, Zamoyski prit la parole, lit des reproches amers an roi, et finit son discours en disant : « Je prie Votre Majesté d'agir sincère » ment avec nous, car, Sire, nous sommes les ■ membres d'une république, et non la propriété • de Votre Majesté. • Il invita ensuite le citoyen Cieklinski à exposer les griefs qu'on avait contre le roi, et chaque chef d'accusation, Zamoyski l'approuvait et l'appuyait par des preuves. On produisit les lettes autographes du roi à l'adresse de l'archiduc Ernest, et quoique Sigisroond ne niât pas sa signature, ses courtisans, complices de ses mauvaises actions, les disaient être controuvées, en les imputant à un secrétaire qui savait parfaitement imiter la main de Sigismond. Cependant cet homme, qui fut arrêté, emprisonné, torturé, ne put avouer le crime dont il n'était pas coupable, et on arracha à la vacillante conscience du roi une déclaration accablante en vérité, mais regardée par Sigismond lui-môme comme bien bénigne : < Quoi

> qn'il ait pu arriver jusqu'à présent, je pro-

> mets désormais de n'abandonner jamais la » Pologne, de ne dérober en rien aux privilèges » de la nation, de ne pas nommer un succes- » seur. * Les uns parurent ajouter foi à ces promesses, les autres n'y crurent nullement.

La diète avait déjà lini ses séances, les patriotes observaient la conduite du roi, lorsque parvint à Warsovie la nouvelle de la mort du roi de Suède, Jean III, décédé à Stockholm le 17 novembre 1592. Sigismond III, successeur légitime à la couronne de Suède, se prépara à partir, et les états réunis à Warsovie en diète

(mai-juin 1595) donnèrent au roi la permission d'aller a Stockholm prendre possession du royaume héréditaire. Les Polonais volèrent en outre des fonds extraordinaires ù cet effet. Sigismond quitta Warsovie le 5 août, et arriva à Stockholm le 50 septembre. Il prit avec lui peu de soldats, mais beaucoup de courtisans, de Jésuites, et le nonce du pape, François Malaspina. Ce fut alors que Charles, duc de Suderrnanie, oncle de Sigismond, résolut d'usurper la couronne de Suède. L'indolence de Sigismond, et son zèle intempestif à convertir les Suédois à la foi catholique, facilitèrent à Charles les moyens d'effectuer ses projets. Sigismond se donna beaucoup de mouvement pour n'être pas couronné par l'évêque luthérien, mais par le nonce du pape ; et ces manœuvres n'eurent d'autre effet que celui d'avancer les affaires de Charles. Après bien des débats, Sigismond, forcé de recevoir la couronne de Suède des mains d'Abraham, archevêque dTpsal (19 février 1594), confia les rênes de l'Éua à Charles, et s'embarqua pour revenir en Pologne (14 août).

A la même époque, les Tatars et les Transylvains cherchèrent o envahir les possessions pr. louaises. Jean Zamoyski et Stanislas Zolkiewski vont contre l'ennemi, le repoussent et concluent un traité avantageux (août-décembre 1594).

A la diète de Warsovie (février-mars 1595), Zamoyski rendit compte de ses victoires ; mais en même temps on apprit que, grâce à la duplicité de la cour de Vienne qui suscitait toujours des ennemis à la Pologne, il fallait faire uoe nouvelle expédition. Aussitôt Zamoyski entre en Moldavie, établit son camp à Cccora sur le Prutb, et termine heureusement la campagne (mai-septembre 1595).

Sigismond Ul se refusait à croire au machiavélisme de l'Autriche. Les conseils des Jésuites avaient force de loi auprès de lui, et pour leur plaire, il voulait convertir en Suède les Luthériens au catholicisme, et en Pologne les désunis. Dans cette vue, il envoya à Rome Laurent Gembiçki, grand secrétaire de la couronne. Ponr appuyer les projetsdu roi, le synode tenu à Brzesc- Litewski (1595) envoya de son côté les évèques Pociey et Terleçki. Dans une audience publique qu'ils obtinrent du pape Clément VIII ( 27 décembre 1595), ils accédèrent à l'union de l'Eglise romaine. Cette démarche souleva un grand méontenlcment, et une foule de désunis, ayant à

leur tête le prince Constantin Ostrogski, protestèrent contre l'union. C'est à cette époque que ceux qui s'unirent ù l'Eglise catholique furent appelés unis, et ceux qui demeurèrent attachés au schisme, les désunit.

L'exemple des victoires drs Polonais en Hongrie, en Transylvanie et en Walaquie, ne servit point aux Kosaks. Soudoyés par l'Autriche, ils se révoltèrent contre la Pologne (janvier 1596). Zolkiewski fut chargé de les soumettre. Il les défit dans les batailles de Bialacerkiew et d'Ostrykamien (avril 1596), et punit de mort les chefs Nalewayko et Loboda. Zolkiewski fit la relation de ses succès à la diète de Warsovic (mai). La conr d'Autriche, effrayée de voir que ses intrigues étaient découvertes, entama des négociations relatives a l'affaire de Bendzin; mais elles furent rompues (2 août).

La même année, la Pologne perdit le dernier rejeton des Jagellons dans la personne d'Anna, veuve d'Étiennc Batory. Cette vertueuse princesse mourut le 9 septembre 1596.

Les soins que Sigismond ne cessait de prendre pour propager en Suède la religion catholique facilitèrent au duc de Sudermanie les moyens de s'emparer de l'autorité suprême en dépit du roi de Pologne, qui se plaignait par ses commissaires de la violation de son autorité. Enfin, à la diète d'Abroga (février 1597), Charles lova le masque, désavoua Sigismond et s'empara de la Finlande. Nicolas Fleming défendit vaillamment celte province, mais la mort subite de ce capitaine seconda les vues de Charles. Sigismond essaya de négocieravec Charles, et lui envoya à cet effet Laski (9 février 1598); mais cela ne servit à rien. Alors Sigismond demande et obtient la permission à la diète de Warsovie (mars-avril) de partir pour la Suède. Zamoyski lui conseillait de prendre une armée d'une force imposante, mais il répondit que la persuasion et ses droits étaient plus forts que les armes. Le temps prouva que Zamoyski avait raison, mais il était trop tard.

L'armée de Sigismond était commandée par Georges Farensbach. Le roi débarqua à Kalmar le 8 août 1598; ses partisans commencèrent à se ranger autour de lui. Farensbach battit les carlistes à Slegeborg (9 septembre). Mais Sigismond, au lieu de marcher tout droit à Stockholm, comme le conseillait Farensbach, prit un chemin détourné pour rendre visite à sa sœur. Charles Mit mettre à profit la faute du roi : il réunit au plus vile les garnisons des forteresses, et, à la

tète d'une armée considérable, attaqua Sigismond près de Slegeborg (19 septembre) ; le combat n'ayant point ou de résultats décisifs, une nouvelle rencontre eut lieu à Strengbroo près Linkoping (25 septembre). Sigismond fut contraint de signer des conditions humiliantes, et prit honteusement la route de Dantzig (30 octobre).

La diète de Warsovie s'ouvrit sous de tristes auspices (février 1599). A la même époque, Charles de Sudermanie convoqua la diète à Linkoping, et fit signifier à Sigismond l'ordre d'y revenir ou d'y envoyer son fils pour être élevé dans les principes du luthéranisme. Une pareille arrogance équivalait à une déclaration de guerre ; mais comme Sigismond ne savait employer avec fruit ni ses trésors ni les bons conseils, la diète ne voulut plus intervenir dans les querelles suédoises, d'autant plus qu'il fallait pousser la guerre de Moldavie et de Walaquie.

Michel, hospodar de Walaquie, avait chassé de ses Etats Mohila, hospodar de Moldavie, fidèle tributaire de la Pologne. Fier de ce succès et des avantages qu'il avait remportés dans la Transylvanie, il aspirait à monter un jour sur le trône de Pologne. Les dissensions anarchiques de l'aristocratie polonaise furent cause qu'à la dernière diète on ne put obtenir les sommes nécessaires pour punir l'usurpateur. Alors Zamoyski lève des troupes à ses frais, plusieurs autres citoyens notables suivent son exemple. La campagne est ouverte (juillet 1599). Zamoyski s'unit à Zolkiewski près Fiiipkowce (30 septembre). L'armée ennemie est mise en déroute. L'hospodar Michel, battu, conclut une trêve (20 octobre). La Walaquie fut rendue à Siméon, frère de Mohila, et la Moldavie à Mohila, avec l'obligation d'en faire hommage à la république

Après le départ de Zamoyski, Michel voulut encore tenter la fortune, mais il fut battu par Jean Potoçki, staroste de Kamieoiec-Podolski, et Michel alla se réfugier a Vienne, sa constante alliée. A la diète de Warsovie (1600), on rendit à Zamoyski des actions de grâces pour cette brillante campagne, car on savait bien que ses talents et su fortune seraient d'une immense utilité dans la nouvelle guerre qui allait s'ouvrir avec la Suède.

Charles de Sudermanie, ne mettant plus de bornes à son ambition, fut cause que Sigismond réunit l'Esthonie à la Pologne (12 mars 1600). Charles conçut donc le projet d'envahir la Livonie. Ses troupes débarquèrent an mois de janvier

4601. Radziwill, Chodkiewicz et Dembioskî comT battirent vaillamment les Suédois. Mais Charles, étant arrivé avec une armée formidable au mois d'août, reprit quelque avantage dont il ne put profiter, car Zamoyski, qui prévoyait les obstacles que lui opposerait le gouvernement inepte de Sigismond, se mit à la tête de l'armée et changea la face des affaires (septembre). Sigismond y vint aussi (octobre) avec une cour plus nombreuse que l'armée; mais s'apercevant que sa présence était aussi inutile que peu agréable, il retourna à Wilna.

Quoique inférieur en npmbre, Zamoyski commença les hostilités avec sa valeur accoutumée. Charles avait déjà regagné Stockholm. Les Suédois, n'osaqt pas se mesurer avec les Polpnais en rase campagne, s'enfermèrent dans les forteresses. Zamoyski assiéga Wolmar, s'en empara (18 décembre 1601), et fit prisonnier Carolosin, fils de Charles, et le général en chef Pontus de La Gardie. Le premier, envoyé à Rawa, y mourut dans la captivité. Outre plusieurs châteaux forts, félin (17 mai 1602) et Bialykamien (Weissenstein) (27 septembre) tombèrent en son pouvoir. Déjà l'armée victorieuse touchait a l'Eslhonie, lorsque les troupes, ne recevant plus de solde, commencèrent à se révolter. Au lieu d'urgent et de munitions, Sigismond III envoyait des promesses. Irrité de cette coupable incurie, Zamoyski distribua aux troupes ses propres fonds, et se démit du commandement en faveur de l'illustre Jean- Charles Chodkiewicz, et se retira dans sa terre de Zamosc (décembre 1602). Son âge et ses blessures le forçaient au repos.

Pendant ce temps, Sigismond III s'occupait de convertir et d'intriguer avec la cour de Vienne, tout ceci le préoccupait beaucoup plus que la guerre de Livonie ; il amassait de l'argent, mais c'était pour avoir de quoi défrayer ses noces. A la diète de Warsovie (janvier-mars 1603), Zamoyski l'avertit des dangers d'une union avec l'Autriche; mais Sigismond fut sourd a ce conseil. Aussi Charles de Sudcrmanie profita de l'inconcevable apathie de son neveu, et se lit proclamer roi de Suède sous le nom de Charles IX (22 mars 1604). Ensuite il débarque en Livonie, remporte sur Chodkiewicz une victoire près de Weissenstein (25 septembre), et revient à Stockholm. Zamoyski, qui touchait à sa dernière heure, assista cependant $ la diète de Warsovie (janvier-mare 1605). Dans un long et mémorable discours, il apostropha le roi sur sa conduite privée et sur

sa politique. En le terminant, il s'écria : « Sire, » je vois qu'un danger imminent menace et notre

> patrie et Votre Majesté. La Suède vous a vn » naître, mais c'est la Pologne qui vous nourrit, » vous vivifie, vous protège, et c'est elle, par

* Dieu, qui vous supplie ; corrigez-vous. Si vota

♦ voulez être heureux, vous devez nous aimer tous » également; pensez à la Pologne si vous voulez » arriver à une longue vie et si vous est chère vo- » tre royauté ! » Sigismond ne put contenir sa colère, il parla avec, fureur, et se levant de son trône, il posa la main sur son épée. Les murmures partent alors de tous côtés, les sénateurs et les nonces quittent leurs places ; Zamoyski fait signe de la maiu, un profond silence s'établit, et il prononce ces mots : « Sire, ne touchez point à » votre épée pour que la postérité ne vous ap-

> pelle pas Caius César, et nous Bruius. Nous » faisons les rois, mais nous écrasons les tyrans.

> Régnez, mais ne gouvernez pas! > Telles furent les dernières paroles d'un grand-général et d'un grand-chancelier de la couronne. Depuis, cet illustre citoyen alla à Zamosc ety termina ses jours le 3 juin 1605.

Charles IX, ayant tout préparé pour une nouvelle expédition, envahit la Livonie. Il assiéga en vain Riga, et apprenant que Chodkiewicz, posté à Kirchholra sur la Dzwina, n'avait plus que trois mille quatre cents hommes sous ses ordres, Charles, à la tète de dix-sept mille Suédois d'excellente troupe, vint cerner le général litvanien (27 septembre 1605).

En visitant les rangs, Chodkiewicz parla de la supériorité disproportionnée des forces de l'ennemi ; alors un de ses compagnons d'armes lui coupe la parole : « Nous compterons les Suédois » après les avoir vaincus. — Plaise à Dieu que » ta prédiction s'accomplisse, reprit le général ;

> quoi qu'il en soit, elle est de bon augure. » Le combat commence ; on se bat en désespérés pendant quatre heures. Chodkiewicz paie partout de sa personne. Pendant le carnage, un dragon suédois s'élance sur Chodkiewicz, et tue son aide de camp en croyant frapper le général ; celui-ci, irrité, s'élance sur le dragon, et lui tranche U tète d'un coup de sabre. Enfin, l'ennemi succombe sous la bravoure polonaise; les Suédois laissèrent neuf mille morts sur le champ de bataille. Charles IX lui-même ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval. Le bulletin de cette victoire fut lu et admiré dans toute l'Europe. Parmi les lettres do félicitations qui arrivaient de toutes

LA POLOGNE, parts à Sigismond 111 et à Chodkiewicz, celle du

pope Paul V, de la maison de Borglièse, était la plus flatteuse (9 décembre 1605). C'est sous de tels auspices que Sigismond épousa, à Warsoïie, l'archiduchesse Constance, sœur d'Anna, sa première femme (11 décembre).

Tant que recul Zamoyski, les fautes du roi étaient pnnies par des paroles franches et indépendantes; mais après loi il n'y eut plus personne ponr dire la vérité, et Sigismond put s'abandonner a toutes les inspirations de sa mauvaise nature. Zebrzydowski, palatin de Krakovîe, nommé, avec dent autres citoyens, tuteur du fils du grand Zamoyski, crut devoir s'ériger en délcnsenr de la cause publique, et apostropha le roi. Mais aussitôt il reçut ordre de quitter l'hôtel qu'il occupait à Krakovie en qualité de palatin. Alors il s'écria: < Je sortirai de l'hôtel, mais le roi sortira du » royaume. > Pendant que se réunissait la diète à Warsovie (7 mars 1606), Zebreydowski et ses adhérents se réunirent a Proszowice. D'autres réunions eurent lieu à Korczyn, Stenzyça, Lublin. Les négociations se prolongeaient entre le roi et les confédérés ; alors le roi engagea Zolkiewski à se mettre à la tète de troupes bien exercées, pour ouvrir ta campagne près de Ianowieç (octobre 1606). Zebrzydowski s'humilia ocrant le roi, promit de congédier les confédérés et de soumettre celte affaire à l'examen de la diète.

D'autres confédérés, indignés de la conduite de Zebrzydowski, et convaincus que les relations de Sigismond avec la cour de Vienne étaient préjudiciables aux intérêts nationaux, se réunirent d'abord à Kolo sur la Warta, ensuite à Iendrzeiow (20 mars 1607). A la diète de Warsovie (mai-juin), Sigismond se défendit comme il put de tout ce dont on l'accusait ; mais les confédérés n'en persistèrent pas moins dans leurs résolutions et proclamèrent la déchéance du roi, à Iezierno, le 24 juin. Le roi appela alors à son secours Chodkiewicz; une bataille fui livrée à Guzow, non loin de Radom (6 juillet), et les confédérés furent battus et dispersés. Les deux chefs, Zebrzydowski et Jaus Radziwill, se soumirent au roi, et cette affaire se termina (maijuin 1608).

La fin de la guerre civile était d'autant plus nécessaire que les Suédois envahissaient de nouveau la Livonie. Ils s'emparèrent de Dûnamonde, Kokenbausen, Fellin (juillet-août 1608); niais Cbodkiewics arrivant avea de nouvelles

troupes et apportant quelques sommes que la diète de Warsovie (janvier-février 1609) avait votées, reprit sur les Suédois les châteaux de Livonie (février-juin) et s'unit étroitement avec les Esthoniens. Depuis, la Livonie commença à se calmer, et le théâtre de la guerre sé transporta en Moskovic, livrée aux usurpations des tzars qui sentre-tuaient pour régner sur les peuples de ces contrées. Remontons à l'année 1584 et résumons-nous.

Yvan- Vassiliévitsch le Cruel mourut lé 1$ mars 1584 ; il laissa deux fils, Fédor et Démétrius. Fédor, valétudinaire et t'évot, était gouverné par Borys Godounoff. grand ècuyer el gouverneur de Vladimir. Borys lit périr en 1594, à Ouglitsch.le tzarévitsch Démélrius, et en 1598 il fit emprisonner le tzar Fédor et s'empara dé Moskou. Léon Sapieha, grand chancelier de Lilvanie, conclut avec le tzar, en 1601, au nom du roi, une paix pour vingt ans; mais comme Borys favorisait Charles de Sudermanie, Sigismond attendait avidement l'occasion de s'en venger, et celte occasion arriva : dès l'année 1603, il se présenta un homme qui se disait le tzarévitsch Démétrius, échappé par substitution à l'assassinat d'Ouglilsch. Arrivé chez le pribee Adam Wisniowieçki en Wolhynie , il produisit quelques preuves d'identité. Wisniowieçki mène le tzarévitsch chez Georges Hniszecli ; les Jésuites cherchent à le convertir à la foi catholique et obtiennent de lui la promesse que lorsqu'il serait monté sur le trône, il convertirait les Moskovites au catholicisme. Démétrius reçut un accueil favorable de Sigismond. Au commencement de l'année 1604, Borys Godonnoiïs'en effraya, el déclara que Démétrius était un imposteur, lean Zamoyski, qui partageait cette opinion, conseilla à Sigismond III de ne point se mêler de cettè affaire ; mais les intrigues de la cour eurent le dessus. Sigismond favorisa sous main Démétrius, et comme Mniszech était principal protecteur dé Démélrius, ils conclurent à Sambor, le 25 mai 1604, une convention, en vertu de laquelle Démélrius épouserait Marina Mniszech, aussitôt qu'il monterait sur le trône tzarien.

Georges Mniszech réunit une troupe de volontaires près de Lcopol, Démétrius se met à leur léte , franchit le Dnieper à Riiow (novembre 1604) et remporte des avantages. Yvan Godounoff, frère du tzar Borys, et les Schoulskoï marchent au-devant de Démélrius; mais ce dernier, après plusieurs combats, marche sur Moskou

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mars 1605). Sur ces entrefaites, le tzar Borys meurt subitement à Moskou (avril), et au mois de juin, Démétrius fait son entrée triomphale dans la capitale; on le proclame tzar. Il entra alors en pourparlers avec Sigismond. Schouîskoï, qui se soumit avec l'intention de trahir son mattre, obtînt que Démétrius enverrait Yvau-Àlhanase Bezobrazoff pour épouser, par procuration, Marina Mniszrch, et sous main il avait mission d'offrir la couronne tzarienne à Wladislas, fils de Sigismond. Le roi fut trèsréservé sur cette proposition, et en attendant, la cérémonie du mariage se fit à Krakovie (novembre 1605) ; les Jésuites obtinrent que le pape Paul Y écrirait de Rome (5 décembre) une lettre de félici talion à la nouvelle tzarine. Marina, arrivée à Moskou, fut couronnée le 29 avril 1606; les fêtes durèrent pendant dix-huit jours; mais Vassili Schouîskoï , ayant préparé une conjuration, tombe sur Démétrius, l'assassine; les Moskovites massacrent en même temps un grand nombre de Polonais, envoient Marina et son père au fond de la Moskovic, et Vassili est proclamé tzar de Moskou. Vassili fit exposer sur la place publique les restes inanimés de Démétrius pour prémunir le peuple contre les séductions d'une nouvelle intrigue. Mais vainc précaution : il se présente un nouveau Démétrius qui, ressemblant au premier, soutenait qu'il avait été préservé de la mort par un coup du Ciel (1607).

Le nouveau prétendant réunit autour de lui une troupe et s'établit à Touseliino. près de Moskou, et bat les Moskovites de Schouîskoï. George Mniszechetsa fille Marina, par l'intervention de la Pologne, obtiennent leur liberté ; mais lorsqu'ils furent à la portée du camp de Touschino, ils parvinrent à y entrer, et l'ambitieuse Marina, qui ne put résister aux attraits de la couronne tzarienne, avoua que le nouveau Démétrius était son époux légitime. Les Polonais, qui voulaient venger la mort de leurs compatriotes, embrassèrent son parti. Leur attitude en imposa tellement aux Moskovites, que d'une part ils appelèrent le roi de Suède à leur secours, et que de l'autre ils offrirent la couronne à Wladislas, fils de Sigismond 111.

C'est en présence de ces événements que la diète s'assembla à Warsovie (janvier- lévrier 1609). Une amnistie fut accordée aux confédérés de la dernière guerre civile ; et on vota l'impôt pour soutenir la guerre contre la Moskovie.

Pendant que les Suédois guerroyaient du c6té de Pskow et de Novogorod-la-Grande, pour la cause de Schouîskoï, Sigismond se mit à la tète de trente mille hommes et assiégea Smolensk (29 septembre) vendu par Glinski, du temps de Sigismond Ier. Le siège se prolongeant, les négociateurs se croisaient entre Smolensk, Moskou et Touseliino sans amener aucun résultat. Enfin la conduite déréglée de Démétrius le força à se sauver à Kalouga, et Schouîskoï, aidé par les Suédois, put réunir des forces pour dégager Smolensk et repousser Sigismond. L'irrésolution de ce dernier qui gâtait tout, força Zolkiewski à tenter un coup de main hardi. Les Moskovites et les Suédois étaient au nombre de quarante mille hommes; les Polono-Litvaniens n'étaient que huit mille. Zolkiewski fait une marche rapide, arrive sur le terrain à KIouschino (au-dessus de Gjatsk), attaque l'ennemi et remporte une des victoires les plus mémorables dans les annales de la Pologne (4 juillet 1610). Les Moskovites épouvantés déposent leur tzar Vassili Schouîskoï (27 juillet). Zolkiewski établit son quartier gcnéi al aux portes de Moskou, et, après des pourparlers, il signe, conjointement avec les plénipotentiaires moskovites, le diplôme de l'élection de Wladislas au tzarat (27 août). Ensuite Zolkiewski repousse au loin le faux Démétrius, revient à Moskou et établit son quartier général au Kremlin (octobre 1610).

Une ambassade moskovite se prétente chez Sigismond, près de Smolensk (28 octobre). Le diplôme de l'élection de Wladislas portail qu'il partirait à l'instant, qu'il observerait les mœurs et usages de ses nouveaux sujets, et qu'en se couronnant il embrasserait le rit grec. Ce dernier point dérangeait complètement les vues des Jésuites. Sigismond changea aussi d'avis, et il voulut pour lui-même la couronne tzarienne, les courtisans étant jaloux de la gloire de Zolkiewski. Ce dernier, fatigué d'attendre la réponse du roi, et, atterré de voir méprisé ses conseils, laissa à Moskou le commandement d'une partie de ses troupes à Gosiewski et arriva chez Sigismond, menanl prisonniers le tzar Schooî»koï et ses deux frères, dont l'un commandait en chef les Moskovites à KIouschino. Sur ces entrefaites, le faux Démétrius fut tué par ses soldats (23 décembre 1610) et Marina fut emprisonnée. Il n'y eut jamais de circonstances plus favorables pour unir deux peuples rivaux. Sigismond tenait entre ses mains le sort de toute la Slavonie ; s'il

s'en fût servi pour répandre la liberté et la civilisation, la Pologne aurait changé toute la politique du Nord ; niais la stupide indolence du roi et les intrigues de la camarilla gâtèrent tout. Zolkiewski, navré de douleur, quitta la Moskovie et alla en Ukraine pour surveiller les Walaques et les Moldaves. Chodkiewicz fut alors appelé à prendre le commandement. Smolensk se rendit (13 juin 1614), et quand Sigismond fut rentré à Warsovie, Zolkiewski lui amena ses prisonniers, le tzar Scbouiskoï et ses deux frères (29 octobre 1011).

La diète s'ouvrit le 9 novembre. On donna alors l'investiture de la Prusse ducale à Jean-Sigisroond, marquis de Brandebourg, après la mort d'Albcrt-Frédéric d'Anspacli, ci l'on prescrivit les conditions de l'hommage qu'il jura à l'issue de la diète, après quoi il reçut l'investiture ordinaire. Quant aux affaires de la Moskovie, on en délibéra avec mollesse, et ou n'établit qu'un faible impôt, à peine suflisant pour payer les troupes à Moskou. Les Moskovites, voyant que Sigismond les jouait, se révoltèrent. Vn combat terrible dura trois jours (18, 39, 50 mars 1611). Ce dernier jour un incendie détruisit les deux tiers de Moskou, et la guerre se prolongea jusqu'au 7 janvier 1612. Alors une grande partie des troupes polonaises, fatiguées d'attendre inutilement des secours, évacuèrent la capitale, firent une confédération sous le maréchulat de Joseph Cieklinski, revinrent en Pologne, et prirent pur force leur solde arriérée sur les domaines <!u roi et du clergé. Ceux qui restèrent en Moskovie formèrent aussi une confédération, car aux lettres pressantes de Chodkiewicz, Sigismond répondait par des promesses mensongères.

Enfin ladiètedeWamovies'assembla (juin 1612), et quand elle eut terminé ses travaux, Sigismond et Wladislas quittèrent Warsovie et arrivèrent à Orsxa, Mais il était trop tard, les Moskovites avaient élu au trône Michel Romanoff, elle roi retourna en Pologne, où il trouva une nouvelle confédération militaire sous le marécbalal de Jean Zaliwski. Marina Mniszech et son fils, poursuivis par les ordres du nouveau tzar, furent noyés dans le Volga (décembre 1612).

Au moment où Sigismond quittait la Pologne pour ouvrir la nouvelle campagne de Moskou, an orage s'élevait du coté du Midi. Constantin Mohila, bospodar de Moldavie, refusait de payer le tribut ordinaire à Achmeih do Turquie. Le tomk n,

sultan chassa Mohila et nomma a sa place Etienne Tomssa. Etienne Potoçki, gendre de Mohila, réunit quelques troupes, voulut rétablir son beau-père; battu (sur les bords du Prulh, il fut fait prisonnier et conduit à Constanlinople (août 1612). Les princes Koreçki et Wisniowieçki, cousins de Mobila, ne furent pas plus heureux dans celte entreprise.

Au milieu de ce conflit, des diètes s'assemblèrent à Warsovie, la première en février et l'autre en novembre (1613). Celles de février 1615 et d'avril 1616 n'amenèrent aucun résultat. Cette dernière cependant finit par reconnaître la nécessité de tenir tète à la Turquie et à la Moskovie. Les Turks envahirent les possessions polonaises (5 mai 1617 ). Stanislas Zolkiewski fut nommé commandant de celle expédition ; n'étant pas en état de soutenir le choc de l'ennemi, il finit par conclure la paix avec la Porte, à Bosza sur le Dniéster (26 septembre 1617), en lui cédant la Moldavie. Celle paix était humiliante, mais Zolkiewski n'avait agi que d'après les ordres du roi. 11 est vrai que l'invasion des Turks avait eu lieu au moment où le prince royal Wladislas allait ouvrir la campagne de Moskou. En effet, Wladislas quitta Warsovie le 6 avril, ei fut reconnu comme tzar à Viazma (29 octol>re 1617). Le parti dévoué à Michel Romanoff s'y opposait. Wladislas et Cbodkiewicz arménien vue de Moskou, où l'aitaman des Kosaks, Pierre Konaszewicz, s'unit aux Polonais (octobre 1618) ; cependant les prétentions de Wladislas n'eurent aucun résultat satisfaisant, et, après de longues négociations, on conclut à Divlina (H décembre 1618) une trêve pour quatorze ans, en vertu de laquelle les provinces de Sevérie, de Czerniechow et de Smolensk demeurèrent à la Pologne. Celte trêve portait en outre que les prisonniers de guerre seraient échangés. C'est à celte époque que commença la guerre de trente ans (1618-1648) ; elle éclata en Allemagne entre l'empereur et les catholiques d'une part, et les protestants d'Allemagne, de Bohême et de Hongrie de l'autre. Sigismond voulait intervenir dans cette guerre, à cause de ses liens de parenté et d'amitié, et de sa commune croyance avec la maison impériale ; puis il avait l'espoir qn'il obtiendrait de l'empereur des secours contre les protestants de Suède , dans le cas ou l'empereur aurait triomphé de ceux d'Allemagne. A b diète de Warsovie (mars 1619) on rota de nouveaux impots, et au mois de janvier 1620,

les troupes polonaises, appelées lisiovtennet, du nom de leur chef Alexandre Lissowski, firent des prodiges de bravoure en Hongrie, en Silésie et en Bohême, et coopérèrent puissamment aux victoires remportées par les armées impériales.

Pendant que Sigismond faisait verser le sang polonais pour une cause étrangère, pour notre étemel ennemi , Bethlem Gabor, prince de Transylvanie, qui ambitionnait le trône de Hongrie, poussa les Turks et les Tatars à la guerre contre la Pologne. Les Turks chassèrent Gracien, hospodar de Moldavie, ami de la Pologne. Zolkiewski se met alors de nouveau à la tète de huit mille hommes, et franchit le Dniéster (septembre 1620), et il établit son camp à Cécora sur le Pruth. Mais Gracien trahit les Polonais. Attaqué par des nuées de Turks, l'illustre Zolkiewski est obligé de reculer. Après une retraite de huit jours à travers des flots de Turks et de Tatars, Zolkiewski arrive vers le Dniester, sa dernière heure approchait! Quelques-uns de ses compagnons lui conseillent de négocier, et Zolkiewski répond : « Dieu m'a confié l'hon- » neur des Polonais, c'est à lui seul que j'en dois • compte. Mourons, mais ne nous soumettons » pas! » 11 se jette au milieu de l'ennemi, son sabre tranche encore quelques tètes, et bientôt il succombe ( 7 octobre 1620). Zolkiewski était Agé de soixante-treize ans. Stanislas Konieçpolski, qui commandait en second, fut conduit prisonnier à Constantin© pie. Les Tatars, ne trouvant plus de résistance, dévastèrent les terres russiennes, et le sultan, fier de cette victoire, déclara la guerre à la Pologne.

La diète convoquée à Warsovie (3 novembre) délibéra sur les moyens de conjurer ce malheur. Au mois de janvier 1621, Sigismond envoya des ambassadeurs auprès des puissances européennes, et confia le commandement des troupes à Chodkiewiez. Lubomirski et le prince royal Wladislas servirent sous ses ordres. Le clergé offrit spontanément 150,000 florins pour celte expédition.

Le 10 mai 1621, le sultan Osman quitta Constantinople, et s'arrêta à Ceçora (Tscbotschora) le 10 juillet. Le 28 juillet, Chodkiewicz arrive I sur le Dniester et le franchit (H •16 août). I Le 22, Osman s'établit en vue de Chocim, et le premier engagement eut lieu le 28 août. Chodkiewicz s'était déjà retranché autour de Chocim. A une masse compacte et présente sous les armes de cent vingt mille Turks, Syriens, Tatars,

Walaques, etc., Cbodkiewicz n'avait i opposer qu'à peu près trente mille Polonais, Lilvaniens, Russiens et Kosaks. Plusieurs combats furent livrés, et les Turks ne purent parvenir à ébranler les colonnes des Polonais. Cbodkiewicz, âgé de soixante-trois ans, le sabre à la main, paie de sa personne et répand la terreur jusque dans le camp du sultan. Mais tant de campagnes, tant de fatigues affaiblirent son corps débile et le mirent hors de combat. Semant sa (in approcher, il se fit transporter dans sa tente, et là, sur son lit de mort, il se démit du commandement en faveur de Lubomirski ; en exhortant ses compagnons d'armes à la persévérance, il rendit le dernier soupir (24 septembre 1621). Enflammés par ia vertu de l'illustre guerrier, les Polonais revinrent à la charge, ils couronnèrent leur victoire en réduisant l'ennemi à demander la paix. Cette paix fut signée le 9 octobre : le traité portait que les Tatars et les Kosaks ne feraient plus d'incursions; que l'ambassadeur de Pologne résiderait toujours à Constantinople, et que l'hospodar de Moldavie serait désormais un chrétien, attaché aux Polonais. Osman retourna à Constantinople où les janissaires l'assassinèrent, pour le punir d'avoir perdu soixante mille hommes dans cette campagne.

Durant cette guerre, le jeune Gustave-Adolphe, qui régnait en Suède, voulut profiler des embarras de Sigismond. Il envahit à ('improviste la Livonie (4 août 1621), et s'empare de Riga (16 septembre). 11 pousse jusqu'à Mittau en Kourlande, et finit par signer une trêve qui dura jusqu'au 1er juin 1624, et fut prolongée jusqu'à 1625. Les deux diètes de Warsovie de 1622 et 1623 ne prirent aucune détermination. Sigismond fait une excursion à Dantzig; Gustave en fait autant, mais revienten toute bâte à Stockholm pour observer les mouvements de la Pologne et en proGler. Sigismond était menacé par les Tatars qui envahirent les terres russiennes (août-septembre); et au lieu de repousser l'ennemi, il s'occupait du clergé qui avait perdu un de ses prélats, Josaphat Koncéwicz, assassiné iWiiebsk le 12 novembre 4623,

Les diètes de Warsovie de 1624 et 1625 votèrent des impôts ; car, outre l'envahissement des Tatars, il fallait combattre la révolte des Kosaks. Le roi envoya contre eux Koniecpolski (juilletoctobre 1625). Au milieu de ces graves circonstances, Gustave-Adolphe envahit la Livonie (30 juillet). Les Suédois s'emparent de plusieurs

places fortes et de Bine en Litvanie (aoùl). Gustave bat les Polonais à Waltaof en Kourlande (7 janvier 1626), et revient ensuite à Stockholm.

A peine la diète de Warsovie (janvier 1626) avait-elle voté des impôts, qu'il fallut envoyer des troupes pour repousser une nouvelle invasion des Suédois. Gustave débarque à Pilawa (Pillau) le 4 juillet ; l'électeur de Brandebourg et duc de Prusse trahit la Pologne et embrasse le parti des envahisseurs. Gustave parcourt le Warmic, enlève les archives et les bibliothèques polonaises qu'il fait transporter à Upsal, s'établit à Tczew (Dirschau) sur la Wistule.et serre Dantzig.

Sigismond, qui apprend une nouvelle invasion des Turks et des Tatars en Ukraine, charge Etienne Cbmielecki de repousser cette invasion, et lui-même avec son fils Wladislas part pour Dantzig. Gustave est battu à Gniewo (Mewe) le 17 septembre, et le 5 septembre il quitta Pillau pour revenirà Stockholm.

La Pologne respira un moment. La diète de Thorn (19 novembre 1626) put ouvrir ses séances. En attendant, Konieçpolski, étant appelé en Prusse, reprit aux Suédois Puçk (Put» zig), 2 avril 1627, les battit ensuite à Hammersstein. Alors Gustave-Adolphe débarque de nouveau et assiège Dantzig (2 juin). La Hollande et l'Espagne cherchent par leurs ambassadeurs à négocier le rapprochement entre la Pologne et la Suède ; et les négociations n'aboutissent à rien. Gustave revient en Suède; mais, le 23 avril 1628, il débarque de nouveau et arrive à Kwidzyn (Marien w erder). La diète de Warsovie (juillet) fournit de nouveaux fonds; en attendant, Brodniça (Strasbourg) sç rend aux Suédois (4 octobre), et ils poussent leurs incursions en Mazovie. Après ces exploits Gustave retourne à Stockholm, mais la guerre ne cesse point. Les Polonais sont battus a Gorzno M2 février 1629) et s'approchent de Thorn. La diète de Warsovie délibère en attendant (février); on se prépare à de nouveaux événements, et Gustave envahit la Pologne pour la septième fois (mai 1629). Attaqué par Konieçpolski près de Stum (f 8 juin), Gustave fut battu, blessé, et faillit être fait prisonnier. Il proposa la paix en promettant de céder toute la Livonie et l'Esthonie, à condition que Sigismond renoncerait à la couronne de Suède. L'Angleterre, la France, la Hollande, conseillèrent d'agréer cette proposition, et les Polonais étaient de cet avis ; mais l'Autriche, qui avait intérêt à attiser la guerre

LA POLOGNE. 411 en loi promettant des secours en hommes et en

argent. Les secours arrivèrent, à la vérité, sous les ordres d'Arnheira ; cependant ce général, fidèle aux instructions dû la cour de Vienne, trahit les Polonais, et, en feignant de les aider, il les jetait dans de nouveaux embarras en demandant des sommes énormes pour payer ses troupes. Les Autrichiens, que Wallenstein avait accoutumés à vivre dans la plus grande licence, indignèrent les habitants de la Prusse polonaise par les excès qu'ils commirent.

Cependant le baron de Charnacé, que le cardinal de Richelieu avait envoyé à Copenhague pour détourner Christian IV du projet de faire la paix avec l'empereur, ayant échoué dans sa mission, fut envoyé en Prusse pour négocier un accommodement entre les rois de Suède et de Pologne. Les conférences s'ouvrirent à Starygrod (Aitmark) dans le palatinat de Malborg, le 9 août. Zadzi k, Wessolo wski «Jacques Sobieski , Ossol inski et Doenhoff représentaient la Pologne; Wrangel et Banier étaient pour la Suède. Sigismond III, s'étant décidé à donnera Gustave-Adolphe le titre de roi de Suède, en se réservant néanmoins, par un acte secret, ses droits à celte couronne, parvint à signer, le 26 septembre 1629, une trêve de six ans.

Les Tatars, profitant des embarras des Polonais, envahirent la Pologne (octobre 1629) ; ils furent battus à Monasterzysko et à Bursztynow, après quoi la diète se réunit à Warsovie (novembre), et ratifia la trêve de Starygrod.

Tout semblait respirer, lorsque la révolte des Kosaks exigea une prompte et énergique répression. Le grand-général Konieçpolski quitta alors la Prusse et arriva sur les bords du Doieper. Il passe par Kiiow, marche sur Peréaslaw, serre les Kosaks, et ces derniers se soumettent (1630).

Toutes ces expéditions ne pouvant pas être régulièrement payées, une partie de l'armée se confédéra àGlioiany (pahtinatde Russie-Rouge) ; la diète tenue à Warsovie (mars 1631) remédia tant qu'elle put à cet inconvénient.

La fin de Sigismond approchait ; mais avant de nous arrêter à cet événement, nous allons jeter un coup d'oeil sur la politique et la législation de

La mort de Sigismond-Auguste avait entraîné la ruine de l'Etat, et les quatre premières années du règne d'Etienne Batory avaient démontré combien l'exclusive domination de la noblesse

entre la Pologne et la Suède, détourna Sigismond était funeste aux intérêts du peuple. Le juste et

sévère Etienne chercha à réprimer les abus; mais quand les mains débiles de Sigismond eurent pris les rênes du gouvernement, la république fut en butteù des troubles incessants fomentés parl'aristocralie. Pendant que la Pologne attendait sa réforme sociale, la Litvanie croissait en prospérité, et, guidée par un esprit de haute sagesse, elle se prescrivit le troisième itatut, sanctionné par le pouvoir diétal à Krakovie, le 28 janvier 1388. Ce statut, jusqu'alors obligatoire pour la Litvanie, était écrit dans la langue russienne ; il fut traduit en langue polonaise. Le texte mssien était d'abord seul obligatoire ; mais In texte polonais passa peu ù peu en usage (1614); il fut dans la suite converti en loi, et le texte russien tomba en désuétude. Plus tard, différents fragments du texte polonais complétèrent la législation lilvanienne.

D'autres provinces avaient aussi leurs statuts. La Muxovie, sous le règne de Batory, adopta quelques livres du Code de la couronne, à quelques exceptions près. Elles parurent en 4577. Les progrès de la législation étaient lents (1589) ; une commission spéciale fut nommée pour en accélérer la marche. Janusxowski, parles soins de Firley, palatin de Krakovie, rédigea les (ois dans un meilleur ordre, les Gt imprimer et les soumit à l'examen de la diète de Warsoviede 4592. Depuis cette époque, les particuliers seulement s'occupaient du soin de recueillir les lois.

La province prussienne et les villes qui en ressortissaient suivaient, de temps immémorial, les lois allemandes de Lubeck. A la suite de la réunion intime de la Prusse à la couronne, la noblesse se formalisa d'être au niveau des bourgeois, et manifesta des vœux pour le changement des lois. Ces vœux furent comblés sous Sigismond 111, en 1598. La noblesse prussienne convertit, sous la dénomination de Variantes, ces lois bourgeoises en lois nobles, et en obtint la

Les paysan», les agriculteurs, qui formaient la classe vitale du pays, éprouvèrent, sous le règne de Sigismond, des vexations toujours croissantes de la part des nobles. Les villes, pour la plupart bâties en bois, sans fortifications, étaient en butte à la concussion, a la tyrannie des starostes et des palatins. Les Juifs, qui jouissaient d'une certaine prospérité, furent vexés et opprimés, quoiqu'ils rendissent en usure ce qu'ils perdaient en considération. La noblesse seule était dominante; elle seule était tout ; elle seule faisait des lois et rem-

plissait les diètes de bruit et de confusion. Lei besoins de la république n'étaient que d'un ratérêt secondaire dans ces assemblées; les sommité aristocratiques, pour se distinguer de la petite noblesse et pour soutenir leur orgueilleuse grandeur, établirent des majorais. Les princes du Saint-Empire romain, Nicolas, Albert et Stanislas Radziwill établirent le majorât d'Olvka en 1580; Jean Zamoyski, celui de Zamosç en 1589; les marquis italiens, Pierre et Sigismond Mjrsr.kowski, celui de Pinestow en 1601 ; le prince mssien Janus Ostrogski, celui d'O&trogetdeDubnoen 1618. Entourés d'une foule nombreuse de courtisans, les magnats cherchaient à se surpasser en luie, et, fiers de leurs privilèges, ils entretenaient des corps de gens armés avec lesquels, et selon les circonstances, ils faisaient la guerre civile ou 1a guerre étrangère.

Tel est le tableau du règne de Sigismond Ut, et la fatalité voulut qu'un homme si nul régnât durant quarante quatre années!

En 1631, la santé du roi s'affaiblit beaucoup; la même année, il eut le malheur de perdre sa femme, Constance (22 juillet). Cet événement lui causa une profonde douleur. Il assista encore en personne à l'ouverture de la diète de Varsovie, le 1er avril 1632; mais le 23 son agonie commença, et il s'éteignit le 30 avril 1532, âgé de 66 ans, et dans la 41* année de son règne. H fut enterré à Krakovie.

Sigismond III était certain que la pluralité des suffrages serait pour son fds Wladislas, mais la noblesse voulut que l'élection se fît dans tontes les formes usitées. Jean Wenzyk, primat do royaume, annonça donc l'interrègne, et indiqua la journéedu2â juin pour la réunion de la diète de convocation. Elle devait avoir lieu à Warsovie.

Dès l'ouverture de la diète, les envoyés de l'électeur de Brandebourg, duc de Presse, » plaignirent et demandèrent que leur maître fit invité aux délibérations des états, pour qn'H pnt concourir à l'élection du roi. La noblesse ne se prêta point à cette demande, parce qu'elle redoutait les intrigues brandebourgeoises. Les dissidents parlèrent chaudement en faveur de leurs coreligionnaires.

A la diète d'élection (27 septembre), les mésintelligences éclatèrent; heureusement, la guerre civile se changea en controverse»

théolopiques ; enfin, la nouvelle de l'invasion des Moskovites et le siège de Smolensk, ainsi qoe la mort de Gustave* Adolphe à Lutzen (6 novembre), bâtèrent le moment de l'élection. Outre cela, Wladislas donna la promesse solennelle de concilier les partis à leur mutuelle satisfaction. Les états assemblés proclamèrent donc Wladislas roi (13 novembre). On rédigea en langue polonaise les paeta contenta. Le roi prêta serment pour leur observation.

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