La politique du royaame dePologne^ Cracovie
2. Kolla tay^ Projei de Droit public, Varsovie, 1790; le m^ine, De Vordre physique et moral, Cracovie, 1810, p. 57.
Waliszewski. — La Pologne.
politiquement, noblesse et bourgeoisie, pour autant que celle-ci avail voix au chapitre, ne s'est pas ecartee du cycle d'idees ainsi profess^es. Et la pratique repondait k la theorie. La divergeace de direction, par rapport k I'Occident, s y accusait meme encore plus fortement.
De Casimir Jagellon k Auguste II et aux deux Czartoryski, oncles du dernier roi de Pologne, sur le tr6ne et dans les avenues du pouvoir, quelque trace d'inspirations, de velleit^s, apparentees avec le voisinage occidental ou oriental, se laisse bien decouvrir. A Sobieski lui-meme il a 6chapp6 de dire que a eventus non causae bellorum quasrentur^ ». Mais, pas plus dans la carrifere de ce h6ros que dans celle d'aucun de ses predecesseurs ou successeurs, rien, ou presque, ne s'en est transforme en action. Bathory a meditS de vastes projets de conqu^tes; Ladislas IV a eu des elans belliqueux ; Auguste le Fort s'est associd k Pierre le Grand en des entreprises de rapine. L'execution a to uj ours fait defaut. La raison d'fitat, Tinter^t de TEtat, couqus k la mani^re
1. DocuniBnts iM)ur le r^gne de Jean III, ^dit. de TAcad. dea Sciences de Cracovie, Cracovie, 1885-1887, Preface du !•' vol. p. xzii (K. Wallazewski).
^LEI^ENTS CONSTITUTIFS DU PH^lNOMfeNE 67
occidentale, s'y sont invariablementheurtes a des obstacles invincibles dresses par I'esprit national. En 1662, la raison d'Etat veut que soit bris6e Topposition faite par le mar^chal de la couronne, Lubomirski, aux plans de r^forme constitutionnelle, que favorise le roi Jean-Casimir, inspir6 par sa fenllne, Marie-Louise de Gonzague.
L'opposant a pris ouvertement figure de traitre et de rebelle. I) a d^bauch^ une partie del'armee, et k L^opol^ ou il a rejoint la cour, il lui tient tete et la menace. Dernier des Waza, le roi est homme k se laisser braver impun^ment. Mais point la reine. EUe porte en elle Tesprit et la tradition des families souveraines de France et d'ltalie, auxquelles elle tient par le sang et I'education. Elle a gagne k ses projets le grand general de la couronne et elle s'est mise en mesure de les faire aboutir par la manifere forte. Des soldats fidMes ferment les portes de la ville, d'autres cement la demeure du grand marechal. II sera arr6t6 avec quelques-uns de ses complices, jug6 sommairement et execute. La reine et ses conseillers ont consults les th^ologiens en renom, qui no se sont pas montr6s plus scrupuleux que ceux dent Catherine de M6dicis recueillait Tavis, et le coup va etre fait. Mais voici que les abords de la residence royale se remplissent de monde ; noblesse et bourgeoisie, toute la population de la ville s'est mise en mouvement, avec le dessein concerts
d'interyenir en arbitre dans cette querelle; des appels k la conciliation, au pardon mutuel, se font entendre, et ils sont ecout6s^
L'^pisode est typique; il illustre de fagon expressive les traits caracteristiques du gSnie national : temperament d^bonnaire, repugnant k la violence sous toutes ses formes et dans tons ses emplois; esprit d'individualisme, rSpudiant tout sacrifice de la personne k la coUectivite, et sentiment exalte de son moi, portant le moindre des sujets k traiter de pair avec le souverain. L'int6r6t de TEtat ne saurait ici prendre valeur de postulat absolu, parce que s'opposent k lui de multiples int^rftts rivaux. Le souverain ne rev6t pas les attributs de la divinity, comme dans la France de Louis XIY et de Bossuet, ou du moins il doit compter avec d'autres dieux, qui ^rigent autel contre autel.
Pour la m6me raison, il ne saurait y avoir, au m6me pays, de politique unifi^e et d6termin6e par les convenances du souverain. ou de TEtat. Celles de tout le monde et d'un chacun doivent 6tre 6galement prises en consideration, ainsi que les divers motifs determinants, d'ordre moral ou materiel, dont elles dependent. Au xvii'' siicle, Sobieski m^ditant, de concert avec la Suide, une revendication des territoires usurpes par la
1. K. Waliszewski, Les Relations entre la Pologne et la France aa XVW s.y Gracovie, 1880, p. Ill, 260.