Kalinka, LaDikte de quatre a/is, II, p
156 LA POLOGNE INCONKOE
A aucun moment, cependant, dans le pass6 d'aucun autre peuple, il n'a jou6 peut-Mre un role aussi determinant qu*en cette crise des ann6es 1764-1792, ou, entre Tesprit de r6forme, repr6sente par la partie la plus saine et la plus ^clair^e de la nation, et Tesprit de conservation, soutenu par les influences du dehors, le sort de la Pologne a ete joue et decide.
Sur le terrain politique, le seul point oil la Pologne en mal de reforme et TOccident en mal de revolution se rencontrent sans se heurter est le cosmopolitisme. Avec, cependant encore, une certaine divergence d*idees et de sentiments, qui peut-etre tient k un degre different de sinc6rit6. En France, le seul citoyen de Vunivers qui ait pris cette qualite sans reserves mentales, selon les apparences, Anacharsis Clootz, etait un Allemand, et il est rest6 isol6. En AUemagne, il y en a eu davantage i cette epoque, mais c'etaient des poetes. Dans la pratique, sur le terrain international, la Convention ne s*est portee k aucun abandon des interets sp6cifiquement frangais, et, dans leur conception etroite et intransigeante, elle a marchd sur les traces de la monarchic. Au nom de la philosophic elle-meme, si fortement
engage qu'il fi^t dans le courani humanitaire, d'Alembert en personne a r6pudi6 Tidee d'un tel sacrifice S et les « declarations de paix » adressees aux peupleB europeens par la France r6volutionnee ont eu pour epilogue... la carrifere de Napoleon.
En Allemagne, le cosmopolitisme de Lessing, de Schiller ou de Wieland, avait aussi pour contrepartie Tesprit militariste des Gleim et des Scharnhorst, qui devaril bienl6t Temporter. En Pologne, Tid^al humanitaire a dfes le xvi* sifecle, sinon plus tdt, conquis la masse consciente et pensante, et elle lui est restee fidfele. NuUe trace, ici, de xenophobie, k I'egard meme des voisins avec lesquels on se trouvo en conflit, dont on a k se plaindre. Nulle preoccupation aussi d'imposer k quiconque sa langue, ses moeurs ou sa foi, aucun souci de pros61ytisme, aucun esprit d'exclusivite. Peut-etre est-ce, comme on Ta suppose, que, si indifferent au rayonnement exterieur de cette partie de sa personnalite, ce peuple ne lui est luim^me pas trfes fortement attache. Son patriotisme specifique evoluait plutdt dans le cadre des institutions politiques, qui etaient Texpression la plus originale de son genie. A la Diete de quatre ans, les plus ardents d6fenseurs de TintSgrite du sol national, les adversaires les plus decides de