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Kalinka, La DUte de quaire anSf U, p

ces mesures preventives a 6t6 le m&me de part et d'autre, bien que le caract^re en difT6r4t essentiellement. En Occident, elles ontd*abord affects un sens plut6t theorique que pratique. Prenant pour point de depart la philosophie, elles etaient mises en application par des ideologues. Fr^ deric II est lui-m^me un theoricien. II a foi en la toute -puissance des formules et admet la possibility absolue de les employer au fagonnement d'un organisme coUectif. Joseph II I'emporte encore sur lui k cet 6gard, et, en France, Turgot est un adepte de la tabula rasa. Avec quelques coups de plume, qui prendront forme d'6dit, il pr6tend determiner Tavenir de son pays.

Un autre trait commun k toutes ces entreprises reformatrices apparait dans leur dessein centralisateur, leur conception d*une CBUvre a realiser par TEtat et k son benefice. L'initiative privee n y a aucune place. Turgot n'imagine pas que ses theories economiques soient elles-m^mes suscepsibles d*une application qui en d^pendrait. En Italie, physiocrates et industrialistes de Tecole de Beccaria ne couQoivent pas le passage de la theorie k la pratique en dehors de leur propre participation au gouvernement. Les uns et les autres se poussent aussi au pouvoir, et, y arrivant, ils croient donner corps k leurs idees en les mettant en articles et en paragraphes.

Or, il se trouve que le levier gouvernemental

ainsi reconnu comme indispensable est paFtout d*une extreme faibles^e. Joseph II n'a de decision que sur le papier. Er wollte das Grosse, aber er prallle zuruck, a dit de lui le baron de Trenck. Au premier indice de mecontentement donn6 par le public, Louis XVI abandonne Necker apres Turgot.

II en va tout autrement en Pologne. Le procfes de renovation s y accomplit par voie d'un cheminement laborieux et douloureux sur un chemin sem6 d'obstacles et borde de precipices. Les objectifs *vis6s y sont essentiellement pratiques, en dehors de tout doctrinarisme ou idealisme theorique et ils comportent uii recours constant aux compromis de tout genre. Chefs du parti reformateur, les deux frferes Czartoryski, oncles du roi, se donnent Fair de faire le jeu de la politique russe. Sans doute, comme beaucoup de Polonais d'alors et d'hier encore, ils inclinent a apercevoir dans une union avec la Russie la seule solution satisfaisante du problfeme pose par Thistoire entre les deux rameaux de la famille slave. Leur origine lituano-russe les y porte pstrtieuliferement. Mais surtout, en dehors, sinon de Tappui, du moins de la tolerance qu'ils cherchent k obtenir, de ce c6te, pour leur programme, ils ne voient pas de jour k le mettre en cBUvre. Portant la peine d*un debut f^choux dans le r61e que Ton connait, devant son elevation au trdne, sans

autre litre apparent, au caprice d'une femme, double d'un calcul politique hostile k son pay9, suspect pour cette raison, m^me dans ses meilleures intentions, et m^connu jusque dans ses actes les plus meritants, le neveu est, lui aussi, condamne aux compromissions et aux palinodies par les n^cessit^s d'une t&che k laquelle une conscience moins lourde de souvenirs troublants, jun esprit plus elev6 et un caractfere plus ferme n'eussent pas suffi. Avant d y succomber, louvoyant k travers les ecueils, il aura cependant rendu de r^els services.

€ Le coup d'Etat i>, ainsi appel^, auquel il se prete en 1764, marque un pas d^cisif dans le sens des id^es que les ceuvres de LeszczyAski et de Konarski ont propagees. II maintient cependant le liberum veto, pour eviter un conflit trop violent avec Topposition et surtout pour en esquiver un avec Tenvoye de Catherine, Kaiserling, ange gardien de Tanarchie.

L'organisation d'un Conseil permanent en 1775 affecte Tapparence d'une concession faite aux ambitions du plus anarchique parmi les 616ments qui se disputent le poUvoir. L'oligarchie de jure qu'il constitue, selon Texpression d'un historien *, est cependant un gouvernement, le seul, selon les probabilit6s, que les circonstances

l.'Szujski, Hisioire de PolognCy IV, p. 531.

Waliszewski. — La Pologne. \\

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permissent de mettre sur pied, ei, si mauvais qu'il soit, pr^Krable au neant.

Get aspect du phenomene historique en Pologne est des plus instructifs, des plus encourageants aussi pour Tavenir. Poss6de par Tid^ologie dans tout le reste de TEurope, Tesprit r6formateur se fait paradoxalement pratique chez un des peuples les plus id^alistes qui fut janmis. Tel est Teffet d'une impirieuse necessite. On voudrait demeurer sur les hauteurs oil on s'est laiss6 porter par un rSve audacieux et continuer k y d^fier le destin. Mais la gageure devient trop p6rilleuse. En 1764, Tennemi, Autrichiens, Prussiens et Busses, frappait d^ji aux portes; en 1775 il est dans la place. L'heure de la lutte pour Texistence a sonn^. Et Ton se resigne k descendre, bien bas souvent.

Preface d*une vaste entreprise de r6organisation scolaire, rstablissement k la m^me 6poqu6 d'une Commission (Veducation a pour point de depart et pour moyen de realisation le pillage des biens appartenant k TOrdre des J^suites. Les plus mauvais sujets de la R^publique sont ainsi engages k favoriser une OBuvre oii ils mettent la main dans un but de lucre et dont les fruits seront, cependant, des plus bienfaisants.

Tout ce qui se fait de bien k ce moment se fait ainsi, par voie d'accommodements toujours p^nibles et souvent honteux avec les impedimenta du dedans et du dehors, les int^r&ts de caste ou

de personne, les pr6jug6s, les passions et les vices du plus grand nombre, ajoutant leur opposition k celle de Fennemi ext6rieur. Et, ainsi conditionn^e, s'accomplissant k la d^robee en quelque sorte, en manifere d'equivoque et de trompe- Fceil, la besogne se ressent des procedis qui y sont employes. EUe est incomplete et imparfaite. Ni le temperament de la nation, vici^ par Tabus de la liberty, ni le jeu de ses institutions, fauss^ par les interventions ext6rieures, ne permettent de donner k Toeuvre plus d'amplitude et de perfection. Telle quelle, elle a pourtant son prix, et, autre trait distinctif, elle est essentiellement un produit de Tinitiative privie.

'^Il y a i cela plusieurs raisons. L'une d'elles se trouve dans Tabsence totale de ce principe absolutiste qui gouverne, en Occident, toutes les entreprises de ce genre. L'absolu dans le domaine des id6es n'est qu'une des formes du despotisme. II n'y a pas ici de roi & qui un autre Turgot dise : « En vous tenant k la justice, vous pouvez, Sire, vous consid6rer comme un legislateur absolu et compter sur votre bon peuple pour exicuter vos ordres *. »

En France, d*autre part, k cette epoque, le monde politique et le monde intellectuel constituaient deux provinces distinctes et separees par une frontiire presque infranchissable. Selon une

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