Niemcewicz, MdmoireSy Paris, 1846, p
LA CATASTROPHE d83
afFectueuse. L'ev^que garde Ja viesauve, Kosciuszko retient le commandement, et, quittant Varsovie, oil il aura passe les derniferes heures sous le toil du faux Robespierre, temoignage d'une reconciliation complete, il .va livrer combat aux Russes k Maciejowice (10 octobre 1794), oil il se battra comme un lion, mais, vaincu, bless6 et fait prisonnier, ne sauvera rien, et pas m^me rhonneur : car, k cette rencontre ou leur existence se jouera, les Polonais n'auront pas porte le dixieme des forces que, si faibles qu'ils fussent, ils etaient capables de reunir, et pas m^me toutes leurs forces disponibles.
L*arm6e de 100 000 hommes votee par la Difete n'a pas vu le johr. Sur le moment, sa mise sur pied d6passait probablement les ressources du pays, et plus tard les Russes ont mis obstacle i leur emploi pour cet objet. La DiMe ne s*est d'ailleurs pas pr^occupee des moyens d*execution, insouciance qui a rendu plus aisee sa decision, ainsi qu'il arrive souvent dans les assemblies d^liberantes. L'ancienne organisation militaire du pays fournissait cependant i Tinsurrection une base de recrutement, qui, utilisee k fond, eut permis un effort considerable. Mais, a cette heure decisive, le peuple et le chef choisi par lui ont donne leur mesure : Tun capable de concevoir de grandes choses et mfime de leur donner un commencement d'execution, mais manquant de souffle
pour lessoutenir; Tautre, &me noble et g6aereuse entre toutes, d'une puret6 de cristal, mais de trempe faible, intr6pide seulement sous la grWe des balles.
Pour concentrer contre les Busses de Fersen, dont, mal renseigne, il sous-estimait le nombre S toutes les troupes i sa disposition, le dictateur aurait dti, dans Temploi de ses pouvoirs discrfitionnaires, user d'une vigueur qui n*etait pas dans ses moyens, et il a engag6 la partie decisive avec 7 500 hommes !
Aprfes la bataille, il en restait encore une quarantaine de mille et quelque 200 canons. Le nouveau commandant en chef, Henri Dombrowski, proposa de tout ramasser, arm^e, gouvernement, tr^sor, avec le roi lui-m6me, et de se frayer passage k travers la Prusse, pour donner la main aux Frangais. Presentant un plan detaille de Toperation, il en indiquait les difficult^s, mais se portait garant de la possibilite de les surmonter. Entifere au premier moment, voire m6me enthousiaste de la part du gouvernement, plus r^servee mais pourtant formell6 de la part du conseil de guerre, Tapprobation donnee k ce projet devait dans la suite devenir de plus en plus hfesitante. Le roi ne se laisserait sans doute pas engager i
1. Nietncewicz, MSmoires, p. 219; Zaionczek^ MimoireSf Poznan, 1862, p. 174, 184; Seume, Einige Nachrichten Uher die Vorfalle in Polen, 1794, Leipzig, 1796, p. 101-102.
quitter la capitale, led officiers manqueraient de r^nergie nicessaire. Et Tidie fut abandonnie*. Les risques en ^talent cependant minimes, ce que la Pologne avait k perdre encore 6tant bien peude chose. Mais Danton ne pouvaitfaire 6cole dans ce pays. L'audace n y a jamais paru que dans les manifestations de la pens6e et du verbe, et Tetofife n6cessaire pour faire des conventionnels y manquait.
Le 30 decembre 1792, la Convention franQaise avait entendu un orateur polonais, un des opposants k la Di^te de quatre ans, Albert Turski, qui s'etait donn6 k lui-m^me la mission de protester k Paris contre la constitution du 3 mai, de faire au nom de ses compatriotes acte d'adh^sion aux principes revolutionnaires et de fraterniser avec les sans-culottes. Comme expression des tendances individualistes developp^es sous Tancien regime, Tinclination k s'attribuer, sans titre ni qualification d'aucune espece, des mandats de cette nature est restee jusqu'4 nos jours commuae k un grand nombre de Polonais. S6vferement r6prouv6 par KoUatay S le discours de cet ambassadeur motu propria etait dans le ton de Tauditoire auquel il s'adressait. Cependant, avant de se mettre en route pour Paris, Torateur avait
i. O^inski, M6moires, II, 72-75.
2. Koll^taj ^ Straser, 26 jaav. 1793, CorrespondancCf Poznaii,
d^ji public un acte de contrition k Tadresse de ceux dont il denongait maintenant Tceuvre constitutionnelle, comme attentatoire k la liberte*. II avait, y disait-il, entretenu d'abord la conviction qu* « il etait indiflfferent pour un Polonais de vivre sous une monarchie, qu'elle fut indigene ou 6trang6re, le joug en etant egalement insupportable k un homme libre » ; mais il s'6tait depuis persuade qu' ct aller contre le voeu de tout un peuple 6tait folie ou crime ».
Confession k mediter par beaucoup d'hommes politiques de notre temps. Celui-la n'etait qu'un opportuniste encore, et un representant parfait de sa caste, coBur mou et esprit pen ferme, un pen 6ceryele et passablement brouillon, mais point mechant homme dans le fond, le prototype des futurs politiciens polonais de Temigration, porteurs k travers I'Europe de mots d'ordre r6volutionnaires, sans mandat egalement ni qualite pour cet objet, mais toujours disposes k changer de conviction et de langage, an gre des circonstances ou des impressions du moment. Semblables tons k ce grand seigneur de leur pays, qui, epris de liberalisme, s*est mis en route pour rejoindre les bandes de Garibaldi, mais, k la suite d'une rencontre avec un autre coureur d'aventures heroiques, s*est decide k changer de direc-