PRÉFACE. VII
voir de cœur envers les membres illustres de la famille polonaise. — Comment céder la Pologne du nord, renier Copernic? — Céder la Lithuanie! c'est Mickiewicz et Kosciusko. — Cracovie? les sépulcres de tous les Jagellons, le tombeau de Sobieski.
Mais ces membres eux-mêmes s'élancent vers la réunion. Au moment où je parle, voici l'Ukraine, le pays des Cosaques, qui, dans un fort beau livre, réclame, pose son droit antique et sa gloire d'être Polonais*.
Ainsi se refait la Pologne, dans les cœurs et les volontés. Elle pousse sa conquête morale. Elle étend autour d'elle le royaume de l'âme, l'héroïsme, le Sursùm corda!
• Publié chez Dentu (1863), avec une noble préface de Ladislas Mickiewicz.
Tiii PRÉFACE.
La Russie, d'autant, se défait et se cadavérise. C'est son progrès ; je l'ai marqué, et pour les temps dont elle est le plus fière. Plus elle a conquis dans l'espace, plus elle est entrée dans la mort. Le brutal Pierre le Grand crée l'empire, tue la nation. La fangeuse Catherine, Nicolas le féroce, autant de meurtriers de la Russie. Sous Alexandre II, à quel état est-elle de décomposition!
Mort certaine! et les vers y sont. Croyez-vous que, sans cela, on parlerait de l'ogre avec cette liberté ? Croyez-vous que, s'il n'était pas mort, le vieux lord Palmerston eût nettement flétri le dernier guet-apens, appliqué au fer chaud le mot qui restera: «Conscription? non, proscription. «
Avec les morts ou les mourants, on parle sans façon. On prend cette franchise. Et cela les achève.
PRÉFACE. ix
Quand j'ai dit et prédit ce qu'on voit, il y a déjà longtemps, qui avais-je avec moi? personne.
On sait quel était le profond respect du dernier gouvernement pour l'empire russe. 11 prenait à la lettre tous les mensonges du duc de Raguse et autres sur les forces de la Russie.
Mes amis les plus éclairés n'étaient pas loin eux-mêmes d'adopter , comme prédiction sérieuse, la sinistre chanson de Béranger sur le Cosaque, sur la fatalité qui le conduit vers l'Occident.
Chose curieuse! les Polonais, plus que personne, croyaient à la Russie. Tel, et des plus vaillants que je pourrais nommer, par une modestie de héros, s'exagérait fort l'armée russe. Tel {le christ, le martyr de la réconciliation) , par un énorme sacrifice, réhabilitait les bourreaux. Abel pardonnait à Caïn.
Faut-il le dire aussi? Ce Nicolas, par sa foi superstitieuse à son rôle de Fléau de Dieu, par son exécrable ostentation à étaler tout ce qui fait horreur, avait fait impression. Il se crutiwan le Ter-