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CHAPITRE XX

PREUVE DU NOMBRE DES QUATRE-MENDIANTS, DU NOMBRE DE LEURS PAILLARDES, MAQUEREAUX ET MAQUERELf.ES

Le nombre des Jacobins,' Cordeliers, Carmes et Augustins, est de 38.700, compris quelques valets et serviteurs. Le nombre de leurs paillardes est de plus de i3o.ooo, encore que plusieurs maquignonnent bien fort la sodomie ; pour témoignage de quoi , lisez le 4oe chapitre jusques au 5ie de ,1a Polygamie sacrée, vous verrez jusques à des plus signalées maisons corrompues par la brayette de ces besaciers, d'autres qui portent la garguesque(') de velours, d'autres de satin, d'autres en tel équipage, qu'il est bien aisé à connaître que les bourses de quelques grandes dames supportent de tels et semblables frais.

Reste à savoir si les besaces des Quatre-Mendiants sont suffi" santés pour nourrir un si grand nombre de personnes, vu qu'avec leurs bâtards et maquerelles ils font près de 3oo.ooo personnes que nous avons néanmoins réduits à la moitié, pour les raisons déduites ailleurs. Qui considérera le nombre de paroisses qu'il y a en ce royaume, et qu'il n'y en a pas une sur laquelle ces vénérables ne prennent, l'un portant l'autre, plus d'un setier de blé et un setier de vin, on trouvera au premier coup la certitude de la preuve : telle paroisse, voir telle famille y a, qui leur baille chaque an, plus de quatre à cinq setiers de froment, sans les légumes et autant de vin.

(!) Sortes de haut-de-chausses, dont les femmes d'orient se ceignaient les reins.

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Ils célèbrent chaque jour plus de 3o,ooo messes, de laquelle, l'une portant l'autre, ils tirent plus de 12 deniers ; pour cette raison leurs messes valent par jour 000 écus, et par an reviennent à i82.5oo écus. Si vous dites que leurs messes ne valent rien, telle y a-t-il de laquelle ils exigent plus d'un écu.

En chaque paroisse, ou peu s'en faut, ils font un ou deux prêches ou exhortations une fois l'année, comme aux jours de vogues (') et autres semblables. La quête de ces prêches vaut bien peu s'ils n'en tirent l'écu : j'ai vu emporter dix écus pour un sermon de Saint-Fiacre. Voyez à quoi peuvent revenir les autres saints, qui guérissent de grandes maladies. De mettre en avant que la doctrine de l'Evangile a bien rabattu le profit et émolument de telles vogues, vous vous abusez. Pourvu qu'il soit question de faire danser le peuple, et que la paillardise soit ouverte au milieu de telles assemblées, vous y aurez toujours plus de peuple qu'il ne serait à désirer. Ainsi nos vénérables besaciers tirent chaque an de cet article plus de 182.000 écus, sur la généralité de l 'église Gallicane.

Leurs carêmes et avents, qui sont tous confits de sermons et prêches, outre le droit que les prédicateurs en leur particulier mettent en leurs bourses, reviennent au profit du général, à plus de 200.000 écus : la preuve est si familière et oculaire, que je ne la poursuivrai davantage ; car jusqu'aux cuisiniers, pourvu qu'ils aient un cahuet (2) sur la tète, on leur fait faire quelques prêches.

Par toutes les villes de ce Royaume, signamment dans les lieux où sont situés et assis telles gens, les quêtes y sont si assiduelles, que jusques à leur chandelle, sel et autres choses requises pour leurs ménages, on leur donne et distribue ; on ne saurait assez priser le revenu qu'ils en tirent ; c'est un des principaux éléments de la besace.

La quête qu'ils font sur les prélats, abbés, couvents et prieurs, comprise aussi celle qu'ils ont des Rois, Princes et grands seigneurs, et généralement de toutes les maisons des

(i) Fêtes de villages, en Dauphiné.

(2J Capuchon.

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gentilshommes de ce Royaume, vaut par chaque an plus de 200.000 écus. De dire que la diversité des religions leur apporte quelque diminution, tant s'en faut, elle leur augmente plutôt; car si le gentilhomme est huguenot et sa femme papiste, la hesace en est tant plus recommandée, et par derrière, la femme leur distribue tout ce qu'elle peut. Je ne dis pas que là où toute la famille du gentilhomme est réformée, la besace y soit bien venue, mais en récompense, les voisins papistes amplifient leurs aumônes à l'envi les uns des autres, chose qu'on peut bien apercevoir ; car depuis la publication de l'Evangile en France, si vous y prenez bien garde, la besace est mieux remplie qu'elle n'était auparavant. Pour le moins on n'aperçoit point que le nombre de leurs paillardes soit diminué : ceux qui savent le nombre des maisons des gentilshommes qui sont en France, et le nombre des prélats, abbés et prieurs qu'il y a, tiennent cet article pour bien et suffisamment vérifié.

Le principal émolument de leur besace gît en ce que vous avez i3a.ooo curés et i3a.ooo vicaires, qui font 264.000 personnes, le moindre desquels distribue chaque an plus d'un écu à la besace. A la vérité, c'est une troque spirituelle qui se pratique ainsi entre eux, car pour une infinité de confréries, pardons, indulgences, anniversaires, obsèques et autres causes pies, les curés ou vicaires font faire des sermons et prêches qui ne se font jamais sans quête, tant en argent qu'autre chose. Il est vrai que le curé ou vicaire y participe au prorata, lequel est bien petit, s'il ne vaut à chaque fois un écu pour la besace. A en faire, comme ils font, cinq ou six fois l'année en chaque paroisse, je vous laisse à penser comme cela peut monter. Toutefois, nous réduirons le présent article seulement à 264.000 écus, encore qu'ils en tirent chaque an plus de 600.000.

Des obsèques, anniversaires, confessions, fêtes des morts et autres exercices et suffrages extraordinaires qui s'exercent dans les couvents des Quatre-Mendiants, ils en tirent plus de 100.000 écus par an. La preuve est bien facile à faire ; car en tous tels et semblables exercices, les moines même touchent deniers, excepté pour confessions. Tel novice y a-t-il qui, seulement pour dire les psaumes les jours des morts, ou bien le De

Profanais a reçu deux et trois écus. Ils sont plus de 3o.ooo, tant grands que petits; quand ils ne prendraient qu'un denier pour le De Prnfundis et autant pour les psaumes, cela revient à une très grande somme. Les confessions leur valent beaucoup, et encore plus les anniversaires. Nous ne touchons rien des communions, d'autant qu'elles sont comprises sous l'article des messes ci-dessus.

Ils ont plusieurs autres droits et pratiques dont ils tirent plus de 300.000 écus de profit, comme des cours souveraines, Chambres des comptes, Sièges présidiaux, Baillages, Sénéchaussées, et plusieurs autres degrés et juridictions. Jusques aux Trésoreries de France et généraux des finances, il n'y en a pas un qui ne leur fasse faire une ou deux taxes l'année, voire en tous les départements, comme du don et octroi, augmentation de la gendarmerie, tailles et autres, jamais ils ne sont oubliés, et encore moins les maisons de ville, communautés, changes : même aux compagnies qui se font pour le commerce, l'article d'aumône pour les Quatre-Mendiants est toujours couché ; outre cela en plusieurs sentences, jugements et arrêts, on leur adjuge chaque an plus de 20.000 écus à cause des amendes.

Le principal de leur revenu gît en petites autres pratiques subtiles et ingénieuses, tant spirituelles que temporelles. Les uns jouent merveilleusement bien de l'aiguille soit à faire tapisserie, broderie et autres ouvrages, aucuns à composer des eaux de senteur, d'autres se mêlent de guérir des fièvres et autres maladies, d'autres à faire du vinaigre rosat, d'autres après les jardinages, d'autres ceci, d'autres cela : bref, il n'y en a pas un, qui, outre son bréviaire, ne s'applique à faire quelque chose. Tellement que de leur industrie, ils savent si bien la dispenser et mettre en main non ingrates, qu'ils en tirent deux fois autant qu'elle vaut, et si retiennent toujours à leur dévotion (en ce faisant) ceux qu'ils doutent s'en vouloir retirer. Il n'y a pas encore six mois qu'une dame de par le monde, pour une fiole en laquelle ingénieusement un cordelier avait mis en cire une demi -douzaine de roses, et le portrait au vif de son mari, donna un accoutrement de pied en cape au cordelier, 5o écus pour son couvent ; encore fut-il rapporté qu'elle donna à part au cordelier 10 écus. Bref, se trouveront mar-

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chancls en France, qui leur donneront chaque an de leur industrie de leurs mains 200.000 écus, pourvu qu'ils veuillent travailler comme ils font.

Il ne se passe année qu'on ne leur donne, en legs par testament et ordonnance de dernière volonté, plus de 3o.ooo écus.

Le domaine des Jacobins et des autres religieux qui en ont, compris certaines pensions, vaut par an plus de 100.000 écus.

Calcul fait, leur besace revient à la somme de plus de 1400.000 écus. Sans y comprendre le blé et vin, lequel blé, vin est suffisant pour les nourrir.

A savoir mon donc si de 1 .400.000 écus ils peuvent pas bien nourrir iSo.ooo paillardes. Toutefois, pour ne leur couper si fort l'herbe sous le pied, nous les réduirons à la moitié. L'auteur du traité de la Polygamie sacrée leur assigne beaucoup plus grand revenu pour leur besace, et montre comment et par quels moyens ils s'habillent, et aux dépens de qui; mais j'aime bien mieux me restreindre au peu qu'au prou afin qu'eux-mêmes me soient témoins de la certitude de cette preuve.

Auparavant que d'avoir connaissance de l'opulence et richesse de leur besace, j'admirais leur pauvreté, et, à dire vrai, j'en avais grande commisération ; mais me représentant le grand nombre de tant d'hommes qui se plaisaient à la porter, et que parmi eux, il y en avait aussi un grand nombre doués de grand savoir et d'esprit, j'avisai qu'il fallait bien qu'il y eut quelque secret caché en leur cabale, qui puisse retenir la capacité de tant €t si excellents cerveaux, sous le vœu de pauvreté. Quelle pauvreté? Telle que les hommes sont plus qu'aveugles, s'ils ne voient par cette preuve, de combien l'aise, le repos et la richesse de leur besace est digne de satisfaire et contenter tout le sexe féminin qui les suit. Aussi regardez-les à leur trogne, il n'y en a pas un qui ne soit gaillard et dispos, et ils sont si accorts et adroits en leurs paillardises, qu'elles ne sont si éventées ni divulguées que celles des moines et chanoines. Par quoi ci :

Quatre- Mendiants et leurs serviteurs. 38.700

Putains 67.000

Bâtards 67.000

Maquereaux et maquerelles. . . . 10.000

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