XII S
en commençant et en finissant pp, et en réalisant la nuance apparemment opposée à la direction de la ligne mélodique, sans dépasser le m/' au grave. Le bienfait des gammes descendantes, commencées en
douceur est de faciliter le passage d'un registre à l'autre, dans l'étendue de la voix; — puisqu'on est convenu, tout à fait artificiellement, de reconnaitre dans chaque voix au moins deux régions distinctes. On exécutera ensuite d'autres gammes, en s'éloignant par demi-tons du mi ? ou de Yut^ soit vers le grave, soit vers l'aigu.
Exercice analogue avec les gammes ascendantes, ainsi nuancées.
de manière à réaliser cet apparent paradoxe qui consiste à adoucir le son d'autant plus quil est plus aigu. On acquiert ainsi une souplesse vocale, capable des plus beaux « effets », si l'on tombe d'accord que la beauté des voix réside plus dans la suavité que dans la violence.
Il est nécessaire aussi de pratiquer chaque gamme d'un bout à l'autre dans une seule teinte : soit pp, soit p, soit mf^ soit/*. Et l'on a ainsi le choix entre divers exercices dont les formes, par leur variété, stimulent l'attention des choristes et prennent un réel intérêt.
Il n'est pas moins utile de consacrer quelques minutes de la répétition à l'exercice (IX), qui met en action les consonances parfaites, conductrices de la polyphonie, à laquelle elles fournissent les repères indispensables. On le transposera à toutes les hauteurs, et, tout naturellement, dans le ton des pièces polyphones dont on devra, en la même répétition, aborder ou continuer l'étude.
Enfin tous les exercices susceptibles de division en deux chœure (I) (II) (III) (IV) (XI; etc., devront aussi, être exécutés par alter-
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nances de deux demi-chœurs, en ayant soin que ces alternances se fassent avec une précision qui ne laisse aucun vide entre les sons proférés par les deux parties vocales. Avoir soin aussi d'intervertir les demi-chœurs, à chaque réitération de l'exercice. Ce procédé a pour objet et pour résultat de rendre sûres les entrées vocales successives, quel que soit l'intervalle séparateur des parties en action.
En résumé, la prière collective de la polyphonie sacrée ne peut devenir digne du sanctuaire que si chaque partie vocale constituante, sûre d'elle-même, est capable cVentrei- avec assurance; de se maintenir avec fixité; de proférer des sons musicaux qui soient justes, fermes, vivants; de s'assujettir à l'ensemble choral, sans prétendre à prédominer sur les autres parties; de rester à la fois libre et déférente en face d'elles; d'accepter une rigoureuse et incessante discipline, exercée aussi bien par le chanteur, en lui-même, que par le maître de chapelle sur le chanteur.
Que ce chanteur et ce maître veuillent bien s'en convaincre : des forces contenues sont plus puissantes et plus efficaces, dans le domaine de l'expression, que des forces déchaînées; le rôle et le charme de la voix humaine, à l'église, résident plus dans la demi-teinte que dans l'éclat; l'éclat, d'ailleurs, est d'autant mieux produit, à l'instant voulu, qu'il a été plus discrètement ménagé et qu'il est plus rare. La prière est le plus souvent méditative.
La polyphonie sacrée qui appelle des qualités complexes que seule la persévérance peut engendrer, est une école de la volonté, autant que de l'oreille.
René Moissenet.
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